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Publié le : 19 mai 2026

Le Monde|Gilles Savary, mémoires d’un élu socialiste entre deux siècles

Le monde 20 mai 2026

Gilles Savary, mémoires d’un élu socialiste entre deux siècles

Dans un ouvrage, Gilles Savary livre avec franchise le récit de son parcours singulier en politique, de sa rencontre avec Philippe Madrelle, ancien député de la Gironde, au pas de deux avec Emmanuel Macron.

Par Nathalie Segaunes

Livre. Il est rare qu’un homme politique prenne la plume de façon désintéressée, dans le seul but de partager son expérience de la vie politique, une fois le rideau tiré. C’est le travail qu’a entrepris Gilles Savary dans ses Mémoires politiques d’entre deux siècles (Le Bord de l’eau, 490 pages, 28 euros), admettant volontiers la « dimension narcissique »de son entreprise.

De l’enfance heureuse entre Limousin et Saintonge dans les années 1950, à la défaite aux élections législatives de 2017, l’ancien élu socialiste, aussi volubile à l’écrit qu’à l’oral, fait donc le récit « d’une époque charnière d’entre deux siècles dont [il] peine à identifier les continuités, tellement la société française d’aujourd’hui ressemble peu à celle des années de [sa] jeunesse ».

Né dans une famille modeste, cet enseignant-chercheur en économie, entré en politique « par inadvertance », mêle ses réflexions sur les aléas de l’actualité politique avec les détails de son parcours personnel. De sa rencontre avec le socialiste Philippe Madrelle, figure politique de la Gironde, aux côtés duquel il pose les fondements de la décentralisation, jusqu’au Parlement européen et à l’Assemblée nationale, l’auteur donne à voir la politique dans toute sa crudité, telle qu’elle se fait au jour le jour dans les exécutifs locaux ou dans les écuries du Parti socialiste (PS).

Passionné d’action publique

Amené à côtoyer, au fil de ses pérégrinations politiques, quelques « grands notables », Gilles Savary en livre des portraits acérés. Comme celui d’Alain Juppé, maire (RPR) de Bordeaux, qui n’est « brillant et à l’aise que dans la domination », mais « perd le contrôle de ses nerfs » lorsqu’il est pris en défaut, griffe-t-il, pour lui avoir tenu tête de 1995 à 2004 au conseil municipal de Bordeaux.

Ou celui de Ségolène Royal, dont il fut l’éphémère porte-parole durant la campagne présidentielle de 2007, dont le QG, boulevard Saint-Germain, « nous renvoyait aux mœurs surannées de vieilles duchesses du grand siècle ».

Il brosse aussi un portrait inattendu de Jean-Michel Baylet, potentat du Tarn-et-Garonne, « à la réputation d’enfant gâté fantasque et capricieux », dont il fut le « conseiller particulier » au début des années 1980. Celui-ci lui révéla presque incidemment la « solide amitié » avec René Bousquet, patron de la police de Vichy, organisateur de la rafle du Vel d’Hiv, qui liait les familles Baylet et Mitterrand.

Séduit par le ministre de l’économie Emmanuel Macron, Gilles Savary l’invita, en août 2015, à s’exprimer devant un parterre de militants et de citoyens anonymes dans sa circonscription, au sud de Bordeaux. « C’est là que tout a commencé… », confiera plus tard le chef de l’Etat. Le député de Gironde n’a pas pour autant quitté le PS, ce qui lui a valu d’être confronté, en 2017, à une candidate étiquetée « macroniste » et de perdre son mandat. « J’étais finalement trop passionné d’action publique et trop peu de pure compétition politique pour être un vrai politique », conclut-il, sans regret.

« Mémoires politiques d’entre deux siècles », de Gilles Savary, Le Bord de l’eau, 490 p., 28 €.

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