Par Emmanuel Picavet (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre de philosophie contemporaine).
Éric Fabri interroge dans cet ouvrage les manières de justifier la propriété privée – autrement dit, les manières de faire ce que l’on omet d’habitude de faire, en raison de la présupposition d’une liaison de principe entre liberté politique et prédominance d’un régime de propriété privée. Loin des thèses outrancières du libertarisme, il s’agit la plupart du temps de simples préoccupations « libérales », au sens d’un libéralisme politique soucieux de la protection d’un ensemble minimal de droits ou prérogatives des individus ou des foyers. L’association historique du souci collectif des libertés et du respect de la propriété privée (ou d’un certain respect du moins) et, par ailleurs, du mépris des libertés par le pouvoir et du mépris pour la propriété privée, voilà aussi ce qui peut conduire à penser que la propriété privée – dont l’importance est d’ailleurs proclamée dans les principales déclarations des droits de homme – est l’un des remparts collectifs protégeant la liberté individuelle et celle d’autres composantes de la société, telles que les associations, les entreprises ou les familles.
