Entretien avec Fabrice Bugnot
Pourquoi avoir publié ce livre, avec quelle intention ?
Je crois qu’il y avait d’abord l’envie de partager mes réflexions et vécus sur la paysannerie, avec le double regard du praticien et du philosophe, pour prendre du recul personnellement mais aussi pour contribuer à penser ce que nous sommes en train d’expérimenter dans ces interstices du système productiviste-consumériste. C’est essentiel de penser nos pratiques, y compris de façon critique, mais aussi d’ouvrir la possibilité que nos pensées soient bousculées par nos pratiques. C’est un projet qui traînait un peu et il a fallu un déclencheur. La lecture du livre de Michel Onfray, co-écrit avec la présidente de la Coordination rurale (CR), qui s’appelle Entendez-vous dans vos campagnes4, m’a permis de mesurer l’ampleur de l’offensive culturelle d’une vision rance de la paysannerie. À peu près au même moment, début 2025, on avait les résultats des élections des chambres d’agriculture, qui a vu une percée historique de la CR. Je me suis vraiment dit qu’on était à un point de bascule, une forme de retour en arrière des années 1930, où sévissait une forme de fascisme rural. Le contexte est très différent mais les mots, les méthodes et les horizons sont les mêmes. Un élan réactionnaire et conservateur, une volonté sécessionniste, une exacerbation du corporatisme, auxquels s’ajoute un « pétro-masculisme » débridé avec ces manifestations de gros tracteurs où la démonstration viriliste et machiniste se conjuguent. Que la philosophie soit mise au service de ce projet, ça m’a un peu mis en colère !
