« Si l’école est gratuite, c’est vous qui êtes le produit ! »
Dans les discours critiques à l’égard des réseaux sociaux, on entend souvent cette remarque : « si le produit est gratuit, c’est vous qui êtes le produit ». Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, toutes ces nouvelles puissances de médiation sociale, nous « feraient bénéficier » du principe de gratuité pour mieux, invisiblement, vendre (et nous vendre) des produits dérivés de nos préférences. Vendre nos données personnelles, notre consommation publicitaire, notre consommation tout court.
Serait-il déplacé de se demander si la gratuité du système scolaire, appareil de médiation sociale finalement récent dans l’histoire française et européenne, ne peut être interprétée de cette façon ? Ce qu’on appelle « l’État » n’aurait-il pas cherché à nous « faire bénéficier » du principe de gratuité de l’instruction, puis de l’école, pour mieux tirer, invisiblement, les fruits de certaines de nos propriétés, données que nous produisons apparemment « naturellement », sans même nous en rendre compte ?
Ces propriétés, qui sont des contreparties, peut-être à notre insu, ayant de la valeur sur un marché (celui de l’emploi par exemple), lorsque nous participons au système scolaire dit républicain, ne sont-elles pas plus exorbitantes que ne le sera jamais la revente de certaines de nos données pas les GAFAM ? Et si c’est le cas, la « nouvelle école capitaliste » n’est-elle pas construite sur les fondements d’une école moderne conçue comme une institution de transaction, au sens d’un réseau capitalisé de médiation sociale, déjà vieux de presque 150 ans ?
Vincent Legeay est enseignant à l’INSPE de Créteil et chercheur à l’Université Paris Est – Créteil, au sein du laboratoire Lettres Idées Savoirs. Il s’intéresse à l’histoire longue des catégories du jugement scolaire (aptitudes, compétences, etc.), à leurs usages contemporains, et tente de formuler une critique spinoziste de ces usages.
| Format | 16,5×23 |
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| ISBN | 9782385192426 |
| Pages | 192 |
