Par Raphaël Gani.
En octobre 2020, Samuel Paty présente à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet en réponse à une prescription curriculaire d’enseigner la liberté d’expression dans le cours d’Enseignement moral et civique. Paty offre à ses élèves, âgés d’environ 13 ans, la possibilité de détourner le regard ou de sortir de la classe. La présentation des caricatures ne dure que quelques secondes au sein d’une séquence de sept séances. Cette séquence est organisée autour d’une problématique (être ou ne pas être Charlie ?) reliée aux attentats contre le magazine satirique qui a publié les caricatures. Les élèves abordent donc un enjeu au programme, soit celui de la liberté d’expression. Bien qu’absente de la classe au moment du dévoilement des caricatures, une élève transmet une version erronée des faits à ses parents : l’enseignant aurait ciblé les élèves musulmans en leur demandant de quitter la classe afin de montrer une image du prophète nu. Le père de l’élève absente, qui est musulman, diffuse cette version des faits sur les réseaux sociaux, où elle devient virale, jusqu’à atteindre un homme de 18 ans, radicalisé à l’islam djihadiste. Sans connaitre Paty, il se venge par le meurtre de l’enseignant. La lecture croisée de deux ouvrages récents, parus respectivement en 2023 et 2024, nous dévoile cette affaire sous un format true crime, suivie d’une analyse académique, de manière à faire comprendre aux lecteurs les tenants et aboutissants d’un geste pédagogique aux conséquences fatales
