Le siècle des Lumières, qui fut aussi celui des révolutions, a largement structuré les sociétés occidentales telles que nous les connaissons aujourd’hui : place prééminente réservée à la raison et à la connaissance, redéfinition du rapport de la société à la religion, tolérance, liberté individuelle, égalité des droits…
Les Lumières sont donc à la fois un moment historique et un héritage intellectuel et politique.
Loin d’engendrer un bloc doctrinal monolithique, le moment historique des Lumières a au contraire présenté une grande diversité selon les auteurs et les pays. Les legs actuels reflètent logiquement cette pluralité : à titre d’exemple, les Lumières italiennes n’ayant pas eu le caractère radicalement anti-religieux des françaises, la forme de laïcité qui en a découlé sur la péninsule est aujourd’hui fort différente de celle en vigueur dans l’hexagone, laquelle apparaît comme bien plus rigoureuse.
De façon plus générale, l’héritage des Lumières est aujourd’hui doublement contesté : outre le courant réactionnaire (« anti-Lumières »), trouvant actuellement une nouvelle vigueur dans le paysage politique européen, se développe ces dernières années une critique post-coloniale de l’universalisme des Lumières. Mais s’il est vrai que la colonisation a souvent été engagée au nom des Lumières qu’il s’agissait prétendument de répandre, les combats libérateurs des colonisés s’en réclamèrent également… Romain Gary, qui dénonçait dans Europa l’écart existant entre l’Europe mythique des Lumières et une réalité moins reluisante, considérait cependant que la première pouvait être une ressource pour changer concrètement la seconde. Pour réconcilier, en somme, esthétique et éthique.
Le sujet est donc à la fois d’une grande complexité et d’une insondable richesse, dans ses dimensions historique et actuelle, diachronique et synchronique. Aussi, la collection « les Lumières » des éditions Le bord de l’eau se caractérise par une approche résolument pluridisciplinaire. Elle a vocation à rassembler des travaux universitaires en sciences humaines relevant de cette thématique.
Jean-Guy Talamoni est avocat et universitaire, Docteur Habilité à Diriger des Recherches à l’Université de Corse et au laboratoire CNRS LISA. Il enseigne dans des matières juridiques et littéraires. Ses intérêts de recherche concernent principalement l’histoire de la littérature et l’histoire des idées politiques. Il dirige la revue Lumi dédiée aux études sur l’âge des Lumières et des révolutions (Université de Corse, CNRS, Unesco, https://m3c.universita.corsica/lumi/), ainsi que le programme scientifique Paoli-Napoléon.