Alexandre Péraud, chercheur : « Littérature et économie prétendent toutes deux proposer une représentation du monde et des scénarios possibles »
Propos recueillis par Pascal Riché
Entretien | Le thème de la dette est commun à de très nombreux romans au XIXᵉ siècle. Partant de ce constat, le professeur de littérature, montre, dans un entretien au « Monde », comment l’essor du roman, genre dominant de la littérature, a accompagné celui du capitalisme financier.
Dans un livre très savant, Le Récit économique (Le Bord de l’eau, 288 pages, 25 euros), Alexandre Péraud, professeur de littérature et président de l’université de Bordeaux-Montaigne, explore les liens de gémellité et de rivalité entre la littérature et l’économie. Tout commence avec Honoré de Balzac (1799-1850), dont il est un des meilleurs spécialistes.
A priori, rien de plus éloigné que la littérature et l’économie. Qu’est-ce qui vous a amené à soutenir la thèse qu’elles sont faites du même bois ?
On les oppose, en effet : le discours économique est associé à l’idée de rigueur scientifique ; la littérature, à celle de liberté et de sensibilité. Mais un thème est omniprésent dans la littérature, depuis l’Antiquité : celui de la dette. J’en ai pris conscience alors que je travaillais sur Le Marchand de Venise, de Shakespeare. Car la pièce ne parle pas seulement d’argent, de crédit, de dette ou d’abus usuriers, elle est entièrement organisée autour du mouvement d’une lettre de change.
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