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D'abord instrument démocratique de la justice sociale, garant de la légitimité des distinctions, le mérite apparaît aujourd’hui bien davantage comme l’outil de circonstance du néolibéralisme. Autrefois vertu publique, il serait désormais mesure de la valeur individuelle indexée sur l’effort. Ainsi est-il aujourd’hui communément convié pour justifier non seulement les distinctions sociales, mais aussi chaque situation particulière, et notamment les situations difficiles. Le mérite se diffuse de la sphère professionnelle dans la sphère privée au gré de cette acception négative, qui rend compte des épreuves en en faisant le signe d’une défaillance. Chômage, maladie, rupture… voilà ce qui attendrait ceux qui ne font pas les efforts nécessaires pour les éviter.
L’essai, placé sous la double référence à Hannah Arendt et au paradigme du don, soutient une approche du mérite dans la perspective de la reconnaissance. La thèse en est que le mérite comme instrument idéologique tire sa force de constituer plus largement un rempart fantasmatique contre la précarisation caractéristique de la société néolibérale. Plus nous croyons au mérite, plus nous nous sentons assurés que ce qui nous arrive dépend de nous et s’explique simplement comme le résultat proportionnel de nos efforts. Face à la violence néolibérale, se développe alors une autre violence : violence non seulement des dominants, mais du corps social tout entier, qui, pour se protéger de l’angoisse de la l’exclusion et de l’invisibilité sociales, stigmatise et décuple la souffrance en la déclarant méritée. Un texte qui déconstruit la petite musique issue de l'usine à récits néolibérale qui murmure sans cesse que "Les pauvres sont responsables de leur misère ! Ils n'ont (comme tout le monde) que ce qu'ils méritent !". |
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| La société du mérite Idéologie méritocratique et violence néolibérale Dominique Girardot Collection Les voies du politique 20 € TTC |
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Prix : 22 € TTC
(port et emballage compris) |
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Professeur de philosophie Dominique Girardot a enseigné en lycée à Toulouse. Elle a publié deux articles remarqués dans la Revue du M.A.U.S.S. : "Devons-nous mériter notre salaire ?" (2007), et "Les Apories du mérite" (2008).
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Valeur accordée non à la naissance mais aux compétences et aux efforts, le mérite semble inséparable des principes d’égalité et de justice sociale ,pleinement cohérent avec l’idéal démocratique et la valorisation moderne du travail, de l’individu et de la raison. Il est devenu un lieu commun. On constate pourtant une augmentation du sentiment d’injustice et même des réactions de violence. C’est à l’examen de cette réalité que l’auteur s’attache en prenant appui sur le travail d’Hannah Arendt. Car le mérite est devenu une idéologie et il est désormais comme une autre face de l’utilitarisme, aussi ambivalente. Seuls ont véritablement droit de cité les utiles et les méritants. Il n’y a plus d’inconditionnalité, de générosité ou de gratuité ; l’esprit du don est totalement perdu. « On n’a rien sans rien » et cela contribue à légitimer une incroyable explosion des inégalités. Le mérite d’aujourd’hui est par ailleurs lié à la notion de maîtrise, il s’agit de « maîtriser sa carrière », sa vie, comme si une valeur objective pouvait s’imposer d’elle-même, sans aléa, sans coopération et sans interdépendance. Le mérite procure alors une fausse reconnaissance par les autres et détourne l’aspiration à la réalisation de soi en mise en concurrence universelle des individus. Il confère à la violence néolibérale l’apparence de la légitimité et engendre une société du mépris et de la cruauté indifférente. Ce livre de philosophie politique, riche et complexe, est une initiation à repenser la notion de mérite et sa place dans notre société. (Camille Renouard) |
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