EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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REDEKER Robert
 
Nouvelles figures de l'homme

Essai philosophique
Collection : documents
128 pages
Format: 14 x 21,5
Date de parution : septembre 2004
ISBN : 2-911803-97-3

Prix de vente public : 16 euros TTC
Port et emballage compris en CEE
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L'auteur: Robert Redeker, philosophe, est membre du comité de rédaction de la revue les Temps Modernes. Il a publié Aux Armes citoyens (Bérénice, 2000), Le Sport contre les peuples, (Berg International, 2002), Inhuman. The Internet, Education and Humanity. (Bethesda Londres, Dublin, Academica Press, 2003). Il a été traduit en Italie, Japon, Brésil et Royaume-Uni. Il écrit régulièrement articles et tribunes dans les journaux le Monde, Marianne, Libération, etc. Il enseigne dans un lycée de la banlieue de Toulouse.
 
Le Livre: L'homme a été l'un des visages de l'humain. Quel est, ou quels sont le/les visages(s) suivant(s) ? Comment les penser avec des matériaux (concepts, théories, approches) spécifiquement philosophiques ? Peut-on user des outils légués par la tradition philosophique pour appréhender cet humain ? Comment penser, sur la base de ce changement de visage de l'humain, la politique, présente et à venir ?
Trois grands axes de réflexion se dégagent de prime abord: l'humanitaire, le biopouvoir/la biopolitique et la doxocratie. Politique est un vocable qui se référait à une forme de l'humain apparue dans la Grèce antique. Tout au long de son œuvre, Cornelius Castoriadis a travaillé cette émergence conjointe de l'homme comme appelé à devenir l'homme occidental et de la politique chez les anciens Grecs. Du coup, une question s'impose : ce terme de " politique " est-il encore adéquat pour désigner la manière actuelle de régir les sociétés ? Sont-elles régies par du gouvernement politique, ou bien cela se passe-t-il autrement, ou bien autre chose est-il en train de naître ? La critique de la dérive technocratique et gestionnaire du pouvoir politique ne tire qu'à blanc : elle se déploie à partir de conceptions de l'homme et de la politique tombées réellement en caducité. Ne faut-il pas repenser toutes les catégories de la philosophie politique ?
" L'originalité de notre situation est la suivante : la mal nommée démocratie contemporaine, ou doxocratie, fonctionne sans la volonté générale, celle-ci étant remplacée par les préoccupations de l'homme de la rue dans ce qu'il a de non-public, le privé. La démocratie contemporaine, doxocratie, et même biodoxocratie, voit surgir un autre phénomène : ce qui est privé à chaque homme, son intime et sa santé, devient l'objet de la politique publique. "
Un livre important et accessible qui entend poser les nouvelles questions de philosophie politique. Un livre qui s'adresse par conséquent à celles et ceux qui cherchent à penser leurs actions dans la cité.

The new face of humanity.
Redeker, Robert. Trans. by Philip Beitchman.
Academica Press, LLC, ©2007 114 p. $69.95 T14
978-1-933146-32-4
The exhaustion of ancient ideals, the collapse of metaphysics, and the exponential progress of technology and scientific discoveries have destabilized the features in people that make them human. Redeker explores this destabilization from such perspectives as architecture and philosophy, the vanishing universal, and sports as the planetary manufacture of dehumanization. Originally Published as Nouvelles figures de l’homme (Éditions Le Bord de l’eau, 2004). (Annotation ©2007 Book News Inc.

Les archives de l'Humanité

Vers un nouvel humanisme ?
Essai. Les catastrophes politiques et morales du XXe siècle sonnent-elles le glas de tout projet d’émancipation humaine.
La réponse du philosophe Robert Redeker.
Nouvelles figures de l’homme, par Robert Redeker,
Édition Le bord de l’eau, 2004, 128 pages, 16 euros.
 
Pour créer, explique la stylicienne Jannette Laverrière, il faut toujours reposer le problème à la base. Avec Nouvelles figures de l’homme, le philosophe Robert Redeker ne tente pas autre chose. L’homme, diagnostique-t-il, au sens de l’humanisme, est mort, et l’humain, l’homme retourné à l’état de nature, l’a remplacé. Chassé de l’abri stable d’une essence, l’homme s’est transformé en être de trajet. Mais faute d’habiter théoriquement, philosophiquement, idéologiquement, politiquement cette réalité de l’être humain d’aujourd’hui, règnent le déshumain (l’homme qui se défait), le néghumain (l’homme qui ne parvient pas à être), autant de marques d’une grave défaite anthropologique.
Redeker écrit : « Il est arrivé quelque chose à l’homme au XXe siècle : un retournement s’est opéré, un mouvement entamé depuis plusieurs siècles a changé de direction. Nommons universalisation de l’homme (les humains devenant de plus en plus hommes) ce mouvement aujourd’hui arrêté. (...) Les Lumières puis l’Occident se planétarisant au cours des XIXe et XXe siècles ont conçu l’homme comme l’être universel. Ce mouvement est datable, son archéologie est possible. Une date religieuse : les origines du christianisme, dès saint Paul. Une date philosophique : Descartes et sa récupération philosophique de l’universalisme chrétien. Une date politique : la Révolution française, 1789. »
Avec les catastrophes du XXe siècle, les deux guerres mondiales, Verdun, la Shoah, Hiroshima, l’humanisme classique dépassé et enfin la mondialisation, c’est l’idée même d’universalisation et son corollaire, l’émancipation, qui sont comme anéantis. « Tout horizon d’émancipation s’est évaporé, assure Redeker, puisque l’homme comme universel n’est plus une émancipation collective de l’espèce humaine (comme l’Occident y songeait depuis le Kant de Qu’est-ce que les Lumières ?), c’est devenu une idée dénuée de sens, son sol s’étant historiquement dérobé sous elle. »
Le capitalisme qui, dans sa forme outrancière, fait exploser les cadres temporels, spatiaux de l’existence humaine et place le consommateur au centre, participe bien évidemment de cette rupture anthropologique. Aussi, la démocratie est en danger car menacée d’être supplantée par ce que Redeker nomme « doxocratie », à savoir le pouvoir des affaires privées. Et le public s’épuisant dans l’expression du privé, « l’homme n’est plus un animal politique »... On le voit, cet essai parle de notre monde occidental où le libéralisme a imposé un état de guerre en temps de paix et où les usines à divertissement fabriquent « des humains sempiternellement adolescents, incapables de parvenir à la maturité ». Redeker touche à quelque chose qui tient à coeur. C’est toute la force et l’intérêt de son livre qui ose s’attacher à notre présent. Cependant il n’offre que peu de place aux formes de résistance des sujets qui refusent la captation, la phagocytose des marchands. Car on sait qu’une sorte de révolution individuelle s’opère qui n’a pas été récupérée et qui n’a pas renoncé au politique et n’est nullement antagonique avec des formes de mobilisation et d’organisation collectives. Mais la réussite de cet ouvrage tient dans le fait que le lecteur, une fois le livre refermé, a envie d’écrire la suite, une suite où lui-même participe des activités des hommes et des femmes faisant leur propre histoire. Une suite qui fasse de la défaite anthropologique diagnostiquée, ici, un point de départ pour une construction d’une pensée, d’une action pour l’émancipation humaine.
Car il semble que la fin décrite par Redeker n’est rien d’autre, comme l’avait fait en son temps Foucault, que celle de l’humanisme anthropocentriste. C’est-à-dire d’un humanisme qui attribue à l’homme la place exclusive, au lieu d’un nouvel humanisme qui le considère comme étant nécessairement avec ou bien parmi les autres êtres vivants, la nature par exemple. Un humanisme de l’homme avec, de l’homme parmi.
Valère Staraselski

 
Critique au sein des rédactions de divers journaux (Le Monde, Marianne…), philosophe, membre du comité de rédaction des Temps Modernes, et auteur d'essais remarqués (Le sport contre les peuples, Berg International, 2002 ; Le Progrès ou l'opium de l'histoire, Pleins feux, 2004), Robert Redeker donne ici un ouvrage dont le lecteur ressort bouillonnant de questions. Et ce n'est pas mince. René Daumal l'affirmait avec vigueur : les questions que l'on se pose sont la seule vérité qu'un livre peut nous apporter. Dans la lignée d'une critique du Progrès en tant qu'idéologie, de l'humanisme en tant que déshumanisation elle-même idéologisée, en débat face aux pensées de Négri ou de Agemben, le philosophe s'interroge sur l'homme que nous sommes en train de devenir, que, déjà, peut-être, nous sommes devenus.
Aux yeux de Robert Redeker, l'homme connaît une nouvelle époque, sa figure est nouvelle : c'est l'homme de la rupture du pacte de stabilité, de la rupture de ce qui faisait de l'humain un homme. Cet homme n'est pas devenu " inhumain ", même si, affirme avec justesse Redeker, l'inhumain a été l'homme lors de l'extermination nazie. Et en cela, l'auteur confronte vivement sa pensée à celle de Agemben, considérant que, finalement, l'écrivain italien minimise ce que furent les camps d'extermination : véritablement un Mal absolu. Redeker propose ainsi de réserver le concept d'inhumanité à la tragédie subie par les victimes des nazis. Ce qui le conduit naturellement à proposer d'autres concepts afin de caractériser les nouvelles figures de l'homme. Ce dernier est un " déshumain " (un homme qui se déshumanise) et un néghumain (un humain qui ne se déploie plus en tant qu'homme).
Avec ces concepts, avec ce livre et ce regard porté sur ce que nous sommes devenus, Robert Redeker pourrait donner le sentiment de développer une philosophie pessimiste. Penser cela serait une erreur : il pose le socle d'une pensée du déshumain en tant que possibilité d'une ré-humanisation de l'homme. C'est donc une philosophie des possibles.
Robert Redeker, Nouvelles figures de l'homme, Bordeaux, Le Bord de l'Eau, 2004, 127 pages, 16 euros.
 
Matthieu Baumier, Le Journal de la Culture, n° 13, mars-avril 2005.