L'auteur: Robert Redeker, philosophe, est membre
du comité de rédaction de la revue les Temps
Modernes. Il a publié Aux Armes citoyens (Bérénice,
2000), Le Sport contre les peuples, (Berg International,
2002), Inhuman. The Internet, Education and Humanity.
(Bethesda Londres, Dublin, Academica Press, 2003). Il a été
traduit en Italie, Japon, Brésil et Royaume-Uni. Il écrit
régulièrement articles et tribunes dans les journaux
le Monde, Marianne, Libération, etc. Il enseigne
dans un lycée de la banlieue de Toulouse.
-
- Le Livre: L'homme a été l'un des visages
de l'humain. Quel est, ou quels sont le/les visages(s) suivant(s)
? Comment les penser avec des matériaux (concepts, théories,
approches) spécifiquement philosophiques ? Peut-on user
des outils légués par la tradition philosophique
pour appréhender cet humain ? Comment penser, sur la base
de ce changement de visage de l'humain, la politique, présente
et à venir ?
Trois grands axes de réflexion se dégagent de prime
abord: l'humanitaire, le biopouvoir/la biopolitique et la doxocratie.
Politique est un vocable qui se référait à
une forme de l'humain apparue dans la Grèce antique. Tout
au long de son uvre, Cornelius Castoriadis a travaillé
cette émergence conjointe de l'homme comme appelé
à devenir l'homme occidental et de la politique chez les
anciens Grecs. Du coup, une question s'impose : ce terme de "
politique " est-il encore adéquat pour désigner
la manière actuelle de régir les sociétés
? Sont-elles régies par du gouvernement politique, ou
bien cela se passe-t-il autrement, ou bien autre chose est-il
en train de naître ? La critique de la dérive technocratique
et gestionnaire du pouvoir politique ne tire qu'à blanc
: elle se déploie à partir de conceptions de l'homme
et de la politique tombées réellement en caducité.
Ne faut-il pas repenser toutes les catégories de la philosophie
politique ?
- " L'originalité de notre situation
est la suivante : la mal nommée démocratie contemporaine,
ou doxocratie, fonctionne sans la volonté générale,
celle-ci étant remplacée par les préoccupations
de l'homme de la rue dans ce qu'il a de non-public, le privé.
La démocratie contemporaine, doxocratie, et même
biodoxocratie, voit surgir un autre phénomène :
ce qui est privé à chaque homme, son intime et
sa santé, devient l'objet de la politique publique. "
Un livre important et accessible qui
entend poser les nouvelles questions de philosophie politique.
Un livre qui s'adresse par conséquent à celles
et ceux qui cherchent à penser leurs actions dans la cité.
- The new face of
humanity.
Redeker, Robert. Trans. by Philip Beitchman.
Academica Press, LLC, ©2007 114 p. $69.95 T14
978-1-933146-32-4
The exhaustion of ancient ideals, the
collapse of metaphysics, and the exponential progress of technology
and scientific discoveries have destabilized the features in
people that make them human. Redeker explores this destabilization
from such perspectives as architecture and philosophy, the vanishing
universal, and sports as the planetary manufacture of dehumanization.
Originally Published as Nouvelles figures de lhomme (Éditions
Le Bord de leau, 2004). (Annotation ©2007 Book
News Inc.
- Les
archives de l'Humanité
Vers un nouvel humanisme ?
- Essai.
Les catastrophes politiques et morales du XXe siècle sonnent-elles
le glas de tout projet démancipation humaine.
- La réponse
du philosophe Robert Redeker.
- Nouvelles
figures de lhomme, par Robert Redeker,
- Édition
Le bord de leau, 2004, 128 pages, 16 euros.
-
- Pour créer, explique la stylicienne Jannette
Laverrière, il faut toujours reposer le problème
à la base. Avec Nouvelles figures de lhomme, le
philosophe Robert Redeker ne tente pas autre chose. Lhomme,
diagnostique-t-il, au sens de lhumanisme, est mort, et
lhumain, lhomme retourné à létat
de nature, la remplacé. Chassé de labri
stable dune essence, lhomme sest transformé
en être de trajet. Mais faute dhabiter théoriquement,
philosophiquement, idéologiquement, politiquement cette
réalité de lêtre humain daujourdhui,
règnent le déshumain (lhomme qui se défait),
le néghumain (lhomme qui ne parvient pas à
être), autant de marques dune grave défaite
anthropologique.
- Redeker écrit : « Il est arrivé
quelque chose à lhomme au XXe siècle : un
retournement sest opéré, un mouvement entamé
depuis plusieurs siècles a changé de direction.
Nommons universalisation de lhomme (les humains devenant
de plus en plus hommes) ce mouvement aujourdhui arrêté.
(...) Les Lumières puis lOccident se planétarisant
au cours des XIXe et XXe siècles ont conçu lhomme
comme lêtre universel. Ce mouvement est datable,
son archéologie est possible. Une date religieuse : les
origines du christianisme, dès saint Paul. Une date philosophique
: Descartes et sa récupération philosophique de
luniversalisme chrétien. Une date politique : la
Révolution française, 1789. »
- Avec les catastrophes
du XXe siècle, les deux guerres mondiales, Verdun, la
Shoah, Hiroshima, lhumanisme classique dépassé
et enfin la mondialisation, cest lidée même
duniversalisation et son corollaire, lémancipation,
qui sont comme anéantis. « Tout horizon démancipation
sest évaporé, assure Redeker, puisque lhomme
comme universel nest plus une émancipation collective
de lespèce humaine (comme lOccident y songeait
depuis le Kant de Quest-ce que les Lumières ?),
cest devenu une idée dénuée de sens,
son sol sétant historiquement dérobé
sous elle. »
- Le capitalisme qui, dans sa forme outrancière,
fait exploser les cadres temporels, spatiaux de lexistence
humaine et place le consommateur au centre, participe bien évidemment
de cette rupture anthropologique. Aussi, la démocratie
est en danger car menacée dêtre supplantée
par ce que Redeker nomme « doxocratie », à
savoir le pouvoir des affaires privées. Et le public sépuisant
dans lexpression du privé, « lhomme
nest plus un animal politique »... On le voit, cet
essai parle de notre monde occidental où le libéralisme
a imposé un état de guerre en temps de paix et
où les usines à divertissement fabriquent «
des humains sempiternellement adolescents, incapables de parvenir
à la maturité ». Redeker touche à
quelque chose qui tient à coeur. Cest toute la force
et lintérêt de son livre qui ose sattacher
à notre présent. Cependant il noffre que
peu de place aux formes de résistance des sujets qui refusent
la captation, la phagocytose des marchands. Car on sait quune
sorte de révolution individuelle sopère qui
na pas été récupérée
et qui na pas renoncé au politique et nest
nullement antagonique avec des formes de mobilisation et dorganisation
collectives. Mais la réussite de cet ouvrage tient dans
le fait que le lecteur, une fois le livre refermé, a envie
décrire la suite, une suite où lui-même
participe des activités des hommes et des femmes faisant
leur propre histoire. Une suite qui fasse de la défaite
anthropologique diagnostiquée, ici, un point de départ
pour une construction dune pensée, dune action
pour lémancipation humaine.
- Car il semble que la fin décrite par Redeker
nest rien dautre, comme lavait fait en son
temps Foucault, que celle de lhumanisme anthropocentriste.
Cest-à-dire dun humanisme qui attribue à
lhomme la place exclusive, au lieu dun nouvel humanisme
qui le considère comme étant nécessairement
avec ou bien parmi les autres êtres vivants, la nature
par exemple. Un humanisme de lhomme avec, de lhomme
parmi.
- Valère
Staraselski
-
- Critique au sein des rédactions de divers
journaux (Le Monde, Marianne
), philosophe, membre du comité
de rédaction des Temps Modernes, et auteur d'essais remarqués
(Le sport contre les peuples, Berg International, 2002 ; Le Progrès
ou l'opium de l'histoire, Pleins feux, 2004), Robert Redeker
donne ici un ouvrage dont le lecteur ressort bouillonnant de
questions. Et ce n'est pas mince. René Daumal l'affirmait
avec vigueur : les questions que l'on se pose sont la seule vérité
qu'un livre peut nous apporter. Dans la lignée d'une critique
du Progrès en tant qu'idéologie, de l'humanisme
en tant que déshumanisation elle-même idéologisée,
en débat face aux pensées de Négri ou de
Agemben, le philosophe s'interroge sur l'homme que nous sommes
en train de devenir, que, déjà, peut-être,
nous sommes devenus.
Aux yeux de Robert Redeker, l'homme connaît une nouvelle
époque, sa figure est nouvelle : c'est l'homme de la rupture
du pacte de stabilité, de la rupture de ce qui faisait
de l'humain un homme. Cet homme n'est pas devenu " inhumain
", même si, affirme avec justesse Redeker, l'inhumain
a été l'homme lors de l'extermination nazie. Et
en cela, l'auteur confronte vivement sa pensée à
celle de Agemben, considérant que, finalement, l'écrivain
italien minimise ce que furent les camps d'extermination : véritablement
un Mal absolu. Redeker propose ainsi de réserver le concept
d'inhumanité à la tragédie subie par les
victimes des nazis. Ce qui le conduit naturellement à
proposer d'autres concepts afin de caractériser les nouvelles
figures de l'homme. Ce dernier est un " déshumain
" (un homme qui se déshumanise) et un néghumain
(un humain qui ne se déploie plus en tant qu'homme).
Avec ces concepts, avec ce livre et ce regard porté sur
ce que nous sommes devenus, Robert Redeker pourrait donner le
sentiment de développer une philosophie pessimiste. Penser
cela serait une erreur : il pose le socle d'une pensée
du déshumain en tant que possibilité d'une ré-humanisation
de l'homme. C'est donc une philosophie des possibles.
- Robert Redeker,
Nouvelles figures de l'homme, Bordeaux, Le Bord de l'Eau, 2004,
127 pages, 16 euros.
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- Matthieu Baumier,
Le Journal de la Culture, n° 13, mars-avril 2005.
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