Une
campagne contre Alain Juppé
Préface de Arnaud MONTEBOURG
" Il faut se plonger dans ces pages qui décrivent
au jour le jour les longues journées de cette candidature
et observer comment Marion surmonte et entraîne avec son
énergie. Son discernement et son sens de l'action politique,
son charme intellectuel et personnel n'y sont pas pour rien.
Mais cette femme de conviction connaît mieux que d'autres,
la nécessité de ne pas laisser le monde qui l'entoure
tel qu'il est. Le doute de la jeune mère de famille rejoint
alors l'espoir de la jeune femme engagée pour l'avenir
de ses enfants dans la cité qui s'abîme.
Marion Paoletti traverse le 21 avril 2002 avec les mêmes
peurs que celles qui nous ont transpercés et glacés.
Elle nous fait voir à quel point l'engagement politique
et électoral transfigure la révolte et parfois
la colère et transforme les mains qui protestent en mains
qui bâtissent."
Arnaud Montebourg
En novembre 2001, Marion Paoletti est désignée
par le Parti socialiste pour affronter Alain Juppé aux
élections législatives de juin 2002 à Bordeaux.
Chaque jour, de janvier à juin 2002, elle notera sur un
cahier à spirales le déroulement de ses journées
de campagne électorale ; journées où s'entremêlent
les courses pour mener les enfants à l'école, la
vie professionnelle, les luttes entre " amis politiques
", les joies, les réunions de campagne, le porte-à-porte,
les atermoiements, les ruptures, les accolades
Marion Paoletti est maîtresse
de conférences en science politique à Bordeaux
IV, auteure de La Démocratie locale et le référendum
(éditions de l'Harmattan). Elle est membre du Parti socialiste
depuis 1993 et membre fondatrice de l'association Convention
pour le 6e République.
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DANS
LA PRESSE

13 novembre 2003
Le carnet de Paoletti
par Benoit LASSERRE
AU JOUR LE JOUR.
C'est en novembre 2001 que Marion Paoletti est désignée
par le Parti socialiste pour affronter Alain Juppé sur
la deuxième circonscription. Cette jeune universitaire,
très proche d'Arnaud Montebourg - « Ma vraie rencontre
politique », dit-elle - a déjà deux campagnes
électorales sur le quatrième canton bordelais.
De janvier à juin 2002, elle a noté ses joumées,
partagées entre les réunions, les distributions
de tracts sur les marchés, les ma- nifestations mais aussi
les soirées à la maison pour passer l'aspira- teur
ou faire manger les enfants, ou encore les séances shopping
pour s'acheter « des chaussures de fille ». Dans
ce journal à chaud, elle ne cache rien des en- gueulades
et des ruptures avec certains camarades. Elle ne cache pas non
plus que, certaines fois, vaincue par la flemme, elle pré-
fère rester chez elle plutôt que battre le pavé,
ce qui lui vaut quelques remarques acides des militants. Ce livre
devrait lui en at- tirer pas mal d'autres.
« Sud Ouest » Pourquoi publier votre journal de
campagne?
Marion Paoletti
Ce n'était pas du tout prévu lorsque j'ai commen-
cé à noter au jour le jour le dé- roulement
de cette campagne. Et puis, j'ai montré mon carnet à
Jean-Luc Veyssy, des Éditions du Bord de l'eau. qui est,
comme moi, très impliqué dans la Convention pour
la sixième République (C6R) et le courant Nouveau
Parti socialiste (NPS). Il l'a trouvé intéressant
et m'a proposé de le publier. J'ai repris un peu le journal
mais j'ai consevé le caractère à chaud de
mes impressions. le livre aurait-dû sortir plus tôt
mais nous avons été très absorbés
par la préparation du congrès PS de Dijon et Jean-Luc
Veyssy lui-même a eu son emploi du temps bouleversé
par l'affaire Cantat qui venait de publier un livre d'entretiens
au Bord de l'Eau.
N'avez-vous pas l'impression que é est un peu immodeste
?
Je ne sais pas.
Je me dis que si un éditeur l'a trouvé intéressant,
ce- la peut intéresser des lecteurs. Je pense que la politique,
ce sont des idées mais c'est d'abord de l'humain. Ce que
je souhaitais montrer par le journal, c'est l'aller-retour entre
le domestique et le public. Et montrer aussi qu'une femme qui
a des enfants et un travail peut aussi faire de la politique
tout en préparant la cuisine ou en faisant le ménage
certains soirs. Cela dit. il ne faut pas se mentir. Faire de
la poli- tique et une campagne électo- rale, cela incite
au narcissisme et développe une légère parano.
Votre livre
est sous-titré« Une campagne contre Alain Juppé
» mais on a !'impression que vous cognez plus souvent votre
propre camp.
Ce journal reflète
ce qui s'est pas- sé pendant la campagne. Alain juppé.
je critique sa conception de la démocratie locale et son
au- toritarisme mais je ne peux pas beaucoup parler de lui puisqu'il
avait choisi de m'ignorer pendant cette campagne sauf une fois
où il m'a serré la main en me la broyant. Concernant
le Parti socialiste, je sais que quatre ou cinq personnes se
sont senties agressées par certains de mes propos mais
j'ai envie de dire que c'est la monnaie de la pièce de
leur attitude pendant la campagne. Eux-mêmes n'ont pas
été très corrects avec moi. Encore une fois,
je note à chaud ce que je ressentais mais je ne rapporte
que des propos publics et pas des bruits de couloir ou d'alcôves.
J'ajoute enfin que c'est avec mol que je suis la plus dure parce
que s'il m'arrive de m'envoyer des fleurs, je n'hésite
pas non plus à me trouver super-nulle quand je l'ai été.
Au sein de
votre parti, cer tains vous reprochent d'être «une
intello» et de n'appa- raître que pour les élections.
Sur l'appellation
d'intellectuelle, d'abord. Pour moi, un intellectuel est quelqu'un
qui a fait une uvre considérable et considérée
par ses pairs. 1'en suis loin. Cela dit, il est exact que je
suis uni- versitaire mais, pendant la campagne, un ouvrier intérimai-
re qui figurait dans mon équipe m'a assuré que
je n'avais ni à en rougir ni à m'en justifier.
Pour ma présence, je suis au PS depuis 1993 et je me suis
présentée pour la première fois sur le quatrième
canton en 1994. Après, j 'ai eu des obligations professionnelles
qui m'ont fait quitter Bordeaux et il y a eu la naissance de
mes deux enfants. C'est vrai que je ne me suis vraiment rendue
disponible à la politique qu'à partir de 2000,
mais depuis tte date, je suis vraiment à fond. On
a beaucoup travaillé avec le courant NPS, notamment pour
la rédaction du livre « Démocratiser la démocratie
locale» qui paraîtra en janvier.
Votre nom circule avec insistance pour la liste PS des régio-
nales. Vous avez envie de ce mandat ?
D'abord, nous
estimons que le courant NPS doit avoir sa place sur la liste
des régionales puisqu'il a fait 12,5 % en Gironde. Or,
je suis porte-parole de NPS et, en plus, je suis une femme. Donc,
oui, je souhaite être élue conseillère régionale
et c'est aussi pour cela que je suis au PS. Parce que c'est un
parti de gouvernement, ! sur le plan national et sur le plan
local. Si je n'étais que dans la contestation, je militerais
à l'extrême-gauche. !
Enfin, je considère que la Région est une collectivité
très in- téressante et j'estime qu'Alain Rousset
a mis en place de vrais mécanismes de solidarité
qui font contrepoids à la politique du gouvernement qui
est résolu- ment hostile aux démunis.
Cela dit, je vous rassure -, si j'ai ce mandat, je ne ferai pas
tout mon possible pour le garder à vie. Je continue de
penser que la limitation des mandats est le meil- leur moyen
de régénérer la démocratie et nos
institutions.
Propos recueillis par Benoît Lasserre
- Marion Paoletti,
"Cahiers de campagne".
- Une campagne
contre Alain Juppé.
Préface d'Arnaud Montebourg. Éditions Le Bord de
l'eau.
- 20 euros.
Pour commander borddeleau@aol.com
-
- Samedi
6 décembre 2003
- Paoletti
au silence
Marion Paoletti et ses amis du courant Nouveau Parti socialiste
devaient tenir mardi une conférence de presse pour dénoncer
l'éviction de cette dernière de la liste PS que
conduira Alain Rousset aux prochaines régionales.
La conférence de presse a finalement été
annulée. Il semble que la consigne soit venue de Vincent
Peillon. Fondateur de NPS avec Arnaud Montebourg, qui préfère
calmer les choses sur le plan départemental et tenter
de résoudre le contentieux au niveau national.
A Bordeaux aussi, certains membres de NPS considèrent
que Marion Paoletti doit se faire un peu oublier, d'autant plus,
rappellent-ils, qu'elle n'est pas porte-parole officielle de
NPS. « Le problème de Marion, dit l'un d'entre eux,
c'est qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de parler. Et maintenant,
voilà qu'elle se met à écrire ». Allusion
au journal de campagne contre Alainjuppé qui vaut à
Marion Paoletti sa mise au ban du PS.
- Vendredi
6 janvier 2004
-
- Paoletti
est pressée
Suite à la parution des «Cahiers de campagne»
de Marion Paoletti, des adhérents du PS ont de mandé
la saisine de la commis sion des conflits du PS. Et l'intéressée
souhaite que cette procédure aille à son terme
ra-pidement. «A l'issue de ce processus, écrit-elle
à Alain Anziani, ou .
je serai exclue, ou je pourrai reprendre normalement ma place
de militante ».
Pour ce dernier, le cas Paoletti a été réglé
une première fois par l'éviction de cette candidate
sur la liste des régionales. Pour le reste, il, aurait
préféré attendre mais bon, il répondra
au souhait de Marion Paoletti.Mais il rappelle toutefois que
contrairement à ce qu'elle affirme, les adhérents
du PS n'ont pas réclamé son exclusion du parti.
Ils ont simplement demandé à ce que la commission
des conflits (composée de douze membres n'ayant aucune
responsabilité à la fédération) soit
saisie de ce différend. La commission reste libre de décider.
- Nouvelles
vagues
- Numéro
24 - Bimestriel - Janvier / février 2004
-
- Nous avons essayé
de lire " Cahiers de campagne " paru chez une maison
d'édition locale de gauche installée sur la lointaine
rive droite. L'uvre de Marion Paoletti (34 ans) ne restera
pas dans les mémoires, sauf à Sciences Po où
elle a la chance de sévir.
L'outsider (en français, disons plutôt la sparring
partner) du PS bordelais a eu en 2002 le mérite de s'engager
avec foi dans une cause perdue d'avance : battre Juppé
aux élections législatives. Résultat : ballottage,
belle perf au pays des premiers tours sur du velours. Voici donc
un " Journal d'une campagne contre Alain Juppé "
(c'est édifiant, elle se bat non
pas " pour " quelque chose mais " contre "
quelqu'un), beaucoup de bruit pour rien dans le landerneau !
C'est aussi chiant que la balade de Fabius, l'ennemi des rénovateurs
du PS dont ferait partie la Marion (voir plus loin).
Les petits règlements de compte entre amis foisonnent,
tant mieux pour la rubrique de Sud
Ouest " Ne le répétez pas ", ex "
Tire-bouchon ", qui adore les querelles de cour d'école.
Devinette : mais qui sont donc ces Thierry, Paul, Jacques et
les autres ? Les noms de famille sont absents, certainement pour
préserver l'anonymat des gentils comme des méchants,
comprenne qui connaît le who's who de la militance du cru.
On aime bien le qualificatif utilisé par Montebourg, pote
de Paoletti et animateur du Nouveau parti socialiste, dans la
préface torchée entre une réunion pour la
6è République et une visio-conférence sur
l'utilité de la particule au 21E siècle : en bref,
Juppé est " irréparable ". Cela me rappelle
un sublime dessin de Barros !
Quoi de plus ? Lisez-le livre, vous verrez bien. Honnêtement,
j'ai irréparablement décroché au quart des
200 pages. Sympas, les clins d'il à " Stéphane
" (Lhomme, le militant bordelais par excellence quand il
garde la tête plus froide qu'un réacteur nucléaire)
et à " Karfa " (Diallo, l'homme politique qui
s'en défend et qui croit pouvoir donner tout seul des
couleurs à la démocratie). Rigolos, les coups de
griffe au traître courant de baïne de la " fabiusie
locale " : " Rive droite, si tu n'es pas fabiusien,
la vie socialiste est très compliquée" (citation
de " Seddik ", un sage qui " passe à la
maison ").
La jeune maman, elle, reconnaît qu'elle va parfois au Mc
Do ! Cela dit, niveau confidence et transparence, on aurait espéré
davantage: les arcanes du pou- voir et les clés de la
domination sociale d'une élite sur un peuple aliéné
à dessein? Rien de tout ça, en tout cas jusqu'à
la page 55, ma patience ayant des limites. Allez, de bonnes sorties
pour la cause des meufs en politique ou sur la méthode
Juppé et sa supercherie des conseils de quartiers et autres
outils de promotion municipale et de retournement d'initiatives
associatives à l'avantage exclusif du bon maire et de
ses sous-fifres. Vous pouvez respirer. On apprend avec un immense
intérêt qu'elle est fan du Café des Arts.
Celui du monopolisateur dandy Jean-Do ou celui où allaient
les ouvriers de chez Courbu au milieu du siècle dernier
?!
Citations: " Le débat à TV? est passablement
tronqué. " Pléonasme! " Un militant barbu
et édenté de la LCR ". Délit de sale
gueule? " Je lui achète Rouge ". Un poil condescendant,
mais en progrès, passe en classe supérieure. Allez
donc faire comprendre à la France d'en bas sa post-face
de tête chercheuse (" Un autre regard, braconnages
entre science et politique, un regard croisé de politiste
et de politique, une campagne à la croisée des
intérêts et des passions, la diffusion de l'utilitarisme
dans l'univers militant, avant le calcul: les identités
") !
Depuis la parution de son bouquin, la porte-parole départe-
mentale du PS est persona non vraiment grata sur la liste giron-
dine aux régionales de mars prochain. Ejectée,
au profit d'une autre universitaire, la mère Cocula. Quelle
histoire! Bordeaux rive droite champagne, rive gauche caviar,
ton univers impitoyable. Pas très intello, comme chute.
Je n'ai que bac plus trois. CQFD.
FD
* Le Bord de l'Eau, Latresne (octobre 2003, 20 euros, collection
" Hors format"
versant dans le pipole d'aqui, S. Simon, C. Dugarry, B. Cantat,
bientôt P. Obispo ?)
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- Samedi
29 mai 2004
- Paoletti blanchie
La commission fédérale des conflits du Parti socialiste
vient de blanchir Marion Paoletti des demandes de sanction a
son encontre réclamées par douze militants girondins
qui se disaient « trahis » ou «jetés
en pâture» par l'ancienne candidate aux législatives
contre Alain Juppé dans son livre, «Cahiers de campagne ».
Un livre qui lui avait notamment coûté sa place
éligible sur laliste d'AlainRousset aux régionales.Il
n'est pas sûr que Marion Paoletti puisse se consoler avec
les européennes. Elle figure certes sur la liste du Grand
Sud-Ouest, mais à la dix-huitième place, alors
que le PS compte avoir au moins trois élus. Pour quelqu'un
qui compte siéger à Bruxelles, elle est un peu
dans les choux.
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