- George Sand : « Il
[Pierre Leroux] a la figure belle et douce, lil pénétrant
et pur, le sourire affectueux, la voix sympathique [
].
Il était alors le plus grand critique possible dans la
philosophie de lhistoire et, sil ne vous faisait
pas nettement entrevoir le but de sa philosophie personnelle,
du moins il faisait apparaître le passé dans une
si vive lumière, et il en promenait une si belle sur les
chemins de lavenir, quon se sentait arracher le bandeau
des yeux comme avec la main. »
- ***
- Pierre Leroux : « Nous
ne faisons pas de lhistoire pour faire de lhistoire ;
nous ne remuons pas les ruines du passé pour le plaisir
de troubler les cendres des morts dans leurs tombeaux ;
nous étudions lhistoire et nous nous occupons du
passé en vue de lavenir. »
- Au début du 20e
siècle, les dictionnaires allemand et anglais citaient
encore : « Il existe deux inventeurs du socialisme
le Français Pierre Leroux et lAllemand Karl Marx
»
Depuis Pierre Leroux (1797-1871) est tombé dans un des
nombreux puits de lhistoire des idées.
Vincent Peillon, agrégé de philosophie,
est directeur de recherches au CNRS.
- Il a publié
:
- La Tradition de lesprit,
itinéraire de Maurice Merleau-Ponty, Grasset, 1994 ;
- Jean Jaurès et
la religion du socialisme, Grasset, 2000.
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DANS LA PRESSE
- Le
Nouvel observateur
31 mai - 6 juin 2007
- Les
boussoles de Peillon
- Et si,
avant de rénover la gauche, il fallait redécouvrir
les grands classiques du républicanisme ?
- par
François Bazin
-
C'est
Philippe Chanial, un sociologue, secrétaire de la "
Revue du Mauss ", qui va dire l'essentiel en quelques mots.
Il a livré une belle préface à la réédition
de " la Morale sociale "
de Benoît Malon. Sur cette figure oubliée de
la gauche française de la fin du XIX' siècle, théoricien
méconnu d'un socialisme réformiste et républicain,
il est intarissable. Malon l'éclectique, comme disait
Marx avec mépris ? Et alors... Avec lui, autour de lui,
parfois même contre lui, c'est toute une école qu'on
redécouvre. Pas simplement par goût de l'érudition
académique. Derrière " la Bibliothèque
républicaine" (1) que lancent les Éditions
du Bord de l'Eau, il y a un projet intellectuel et politique
de première importance. Philippe Chanial en est conscient
: " La droite s'est ressourcée, à partir des
années 1970, dans une relecture critique des théoriciens
du libéralisme français, Tocqueville ou Constant.
Si la gauche réformiste, à son tour, ne fait pas
ce travail avec les siens, alors... " Refondation ? Dites plutôt redécouverte.
Le chef d'orchestre de cette opération s'appelle Vincent
Peillon. Il est parlementaire européen. C'est un des espoirs
du PS, où l'on reste un jeune quand on n'a pas encore
50 ans. Philosophe et militant. Historien et élu. Peillon
est un cas. Encore un éclectique... Le drame du socialisme
français s'est noué à ses yeux en 1905,
quand Jaurès, pour obtenir l'unité de l'organisation,
a cédé l'essentiel au marxisme vulgaire de Guesde
en comptant sur le temps pour rattraper le terrain perdu. Ce
temps lui a manqué un jour d'août 1914. La gauche
ne s'en est jamais remise. C'est tout un continent intellectuel qui a ainsi
disparu, il y a de cela un siècle. Des socialistes libertaires,
des républicains de progrès, des utopistes, des
laïques, des associatifs aussi... Tellement divers mais
finalement si proches. Parfois datés mais souvent riches
de problématiques qu'une gauche vaguement marxiste n'a
eu de cesse de disqualifier. Quoi de commun entre Ferdinand Buisson
et Pierre Leroux ? Quel rapport entre
Alfred Fouillée et Célestin
Bouglé ? Quels liens entre Benoît Malon et Léon
Bourgeois ? Ceux-là ne forment pas une école à
proprement parler. Ils dessinent plutôt une communauté
de pensée. Ils ont tous leur place dans la même
bibliothèque.
Curieux hasard - mais en est-ce vraiment un ? - que ce retour
à des auteurs oubliés au moment même où
la gauche réformiste cherche, dans la défaite,
de nouvelles boussoles. D'autant qu'avec Bourgeois, Malon, Fouillée
and Co, c'est toute une génération de jeunes historiens,
philosophes et sociologues qui s'affirme ou pointe le bout de
son nez. Vincent Peillon réédite. Eux préfacent.
Leurs noms ? Philippe Chanial mais aussi Jean-Fabien Spitz, auteur
il y a quelques années d'un très remarquable "
Moment républicain en France " (Gallimard), ou Serge
Audier, dont l'ouvrage sur "le Socialisme libéral
" (La Découverte) aurait mérité d'être
davantage commenté, à gauche notamment. Tous disent
finalement la même chose. Le réformisme, dans la
tradition française, n'est pas qu'un pragmatisme au [d
de l'eau. Le républicanisme est une école qui mérite
mieux que les statues de marbre qui lui ont été
consacrées. Le reconnaître, n'est-ce pas déjà
reconstruire ?
François
Bazin
-
- (1) Déjà
publié aux Éditions Le Bord de l'Eau : " Pour la laïque et autres textes ",
de Jean Jaurès ; " la
Morale sociale ", de Benoît Malan ; " la Foi laïque ",
de Ferdinand Buisson.

LE MONDE | 09.01.04
-
- Vincent Peillon
redécouvre le socialisme français prémarxiste
- par Nicolas
WEILL
Pierre Leroux et le socialisme républicain. Une tradition
philosophique, de Vincent Peillon, Le Bord de l'eau éditions,
330 p., 22 .
Que le socialisme français vive une crise d'identité
aggravée par l'échec de Lionel Jospin à
l'élection présidentielle de 2002, voilà
un constat que Vincent Peillon, ancien porte-parole du PS et
l'un des animateurs du courant Nouveau Parti socialiste (NPS),
avait sans doute à l'esprit en rendant ce vibrant hommage
à Pierre Leroux (1797-1871). En cherchant à restituer
la dimension philosophique de cette figure oubliée du
socialisme français prémarxiste, cet ouvrage vise
aussi un autre objectif : replacer la réflexion au cur
de la politique.
- M. Peillon, qui, depuis
la présidentielle, reproche à son parti et à
sa direction le goût des "synthèses molles
et des équilibres d'opportunité" (Le Monde
du 30 août 2002), estime en effet que la crispation sur
l'orthodoxie marxiste ne sert désormais plus qu'à
couvrir l'opportunisme politique. Non sans originalité,
il montre que le pragmatisme en politique relève, en réalité,
d'un choix théorique. En l'occurrence, une adhésion
sans nuance à la fameuse onzième thèse de
Marx sur Feuerbach (1845) - "Les philosophes n'ont fait
qu'interpréter le monde de différentes manières,
mais il s'agit de le transformer" -, qui a institué
en dogme, dans le mouvement socialiste, que la vérité
est action et non réflexion.
- En cela, M. Peillon risquerait
de prendre de front la culture marxisante de nombre de militants
à l'heure où se profile une fusion de deux courants
minoritaires - NPS et Nouveau Monde, d'Henri Emmanuelli et Jean-Luc
Mélenchon - contre les " dérives social-libérales
" du PS. Pour éviter que la mise à distance
du modèle marxiste, jamais officiellement révoqué
par le PS, ne soit interprétée comme un abandon
de la "question sociale", la référence
à une pensée socialiste d'avant Marx et le marxisme
joue ici un rôle-clé.
-
- SOUCI DE REFONDATION
-
- Pierre Leroux ne se targuait-il
pas d'avoir, en 1834, inventé le terme de "socialisme"(en
réalité, on le trouve dès 1803 sous la plume
d'un certain Giuliani) ? A travers lui, le fil serait renoué
avec une tradition que M. Peillon préfère appeler
"socialisme républicain" plutôt qu'"utopique".
Une tradition qui réconcilie un socialisme réformiste
et résolument hostile à la violence révolutionnaire
avec des promesses du libéralisme trahies par les libéraux
"doctrinaires" à la Guizot.
- Bien qu'enfoui sous la
vulgate marxiste, ce "socialisme en un autre sens"
se serait maintenu au XXe siècle. Le ralliement d'un Pierre
Mendès France au mouvement socialiste, en 1959, constituerait
la preuve d'une alternative possible à la "déviation
marxiste".
- Cette démarche
de redécouverte militante et érudite ne comporte-t-elle
pas toutefois le risque de faire oublier les faces sombres de
cette version-là du socialisme ? On peut regretter que
M. Peillon, dans son empathie avec cette uvre, ait insuffisamment
rappelé que toutes les conceptions de Leroux ne sont pas
forcément transposables aujourd'hui. Celui-ci n'a-t-il
pas commis, par exemple, des écrits antijuifs, comme tant
d'autres socialistes du XIXe siècle ? L'actualité
d'un penseur se mesure à ses quelques zones d'ombre, même
s'il ne s'agit pas de l'y réduire.
- En revanche, il est une
actualité de Leroux particulièrement forte en ces
temps de laïcité militante. Celle d'un moderne paradoxal
qui s'efforce de réconcilier le socialisme républicain
avec l'idée religieuse. Si, pour lui, la religion est
avant tout "religion de l'humanité", l'ambition
du socialisme républicain n'en reste pas moins d'accomplir
ici bas le programme que le christianisme a failli à réaliser.
Cette vision, quoique séculière, n'en aboutit pas
moins à une véritable théologie laïque.
En cela, suggère M. Peillon, auteur chez Grasset d'un
Jean Jaurès et la religion du socialisme (2000), elle
pourrait porter les prémices d'une laïcité
plus conciliante et plus respectueuse du pluralisme.
-
- Nicolas Weill
-
- ARTICLE
PARU DANS L'EDITION DU 10.01.04
- Supplément
du Tageblatt - An9 - 16 janvier 2004
- Pierre Leroux,
en Lazare du socialisme
- Par Robert
Redeker
-
-
- Le souvenir de Pierre
Leroux (1797-1871) a été effacé sa
figure a été renvoyée à la préhistoire
du socialisme, à son enfance autant dire à sa puérilité.
Il nétait plus quun nom dans les dictionnaires,
celui du philosophe qui, le premier, mit en circulation le vocable
« socialisme ». Cet effacement na
nullement été un oubli, mais une occultation dont
lenjeu fut de permettre la mainmise du marxisme, de son
dogmatisme et sa vision totalitaire du monde, sur le socialisme.
Vincent Peillon figure de proue du courant rénovateur
dans le Parti Socialiste (français), et, comme Jean Jaurès
jadis, agrégé de philosophie tire de loubli
ce penseur étonnant. Grâce à la composition
de ce livre où à la suite de létude
de Peillon se trouvent, opportunément, 130 pages de textes
auteur volontairement signés Leroux il est possible
de saisir quel philosophe denvergure fut cet auteur précipité
dans la caducité de lhistoire.
-
- Malgré Jaurès,
le socialisme « français » a été
trahi par le marxisme. Ce dernier un scientisme à
la langue de fer la mis à mort. Jaurès
lui-même, qui reprend toute la pensée de Leroux
et dont luvre ne se peut expliquer sans lui, sest
senti obligé de taire le nom de son inspirateur pour mieux
répandre sa pensée. La censure imposée par
le marxisme fut si forte dès lorée du XXème
siècle que le nom de Leroux devint, dans la gauche française,
un nom aussi maudit quinterdit. Peillon lobserve :
« Jaurès emprunte à Leroux lessentiel
de sa pensée
mais Jaurès ne le cite jamais ».
La chape de plomb imposée par le marxisme contraignit
très tôt ceux qui souhaitaient faire fructifier
lhéritage de Leroux à employer une stratégie
intellectuelle analogue à cet « art décrire »
dont parle Leo Strauss au sujet de Machiavel ou de Maïmonide.
En parler sans le citer !
Pourquoi cette malédiction ? Bien avant Marx, « en
contradiction, nous dit Peillon, avec la lecture que ce dernier
donnera des socialistes français de la première
génération », Leroux découvre
la division de la société en deux classes :
Bourgeois et Prolétaires. La définition proposée
par Leroux de ces deux concepts est exactement la même
que celle, postérieure, de Marx dans le Manifeste
peut-être, dans lostracisme anti-Leroux des marxistes
y a-t-il une jalousie de paternité conceptuelle ?
Derrière le vol de paternité gisent des enjeux
de pouvoir et dinfluence sur lhistoire. Pour saisir
la véritable cause de cet ostracisme, il convient prendre
pour guide cette observation : « le geste spécifique
de Leroux, celui dailleurs qui constitue le fil conducteur
de son uvre et lui donne son caractère encyclopédique,
cest quil prétend constituer le socialisme
non comme une tradition, mais comme laccomplissement de
ce quil peut y avoir de vrai dans la tradition jusque là ».
Nous y sommes : le socialisme nest pas une rupture,
il est un accomplissement, et en particulier laccomplissement
du libéralisme.
La non-rupture entre le libéralisme et le socialisme présuppose
une vision de lhomme et une vision de la tradition (le
socialisme étant la philosophie qui recueille la tradition
de lhumanité). Ces visions se construisent dans
une synthèse des trois adversaires de Leroux: le rationalisme
géométrique issu de Rousseau et qui allait conduire
au socialisme dogmatique (Saint-Simon), lempirisme venu
de Locke qui sachève dans légoïsme
libéral de Bentham, et la pensée réactionnaire
de Chateaubriand et De Maistre qui a bien vu les causes de léchec
de la Révolution tout en ne proposant rien dautre
que le retour du passé. La Révolution française
sest abîmée dans léchec du fait
de son incapacité à fournir une religion en relais
au christianisme. La religion est linstance unissant de
lintérieur chaque être à lhumanité
en actualisant un « lien invisible ». Chaque
homme puise la sève de sa vie à la tradition, dont
la religion est souvent le vecteur principal, et dans laquelle
il importe de voir lhumanité nourrissant chacun
dentre nous de ses produits antérieurs, enrichissant,
une génération par dessus lautre, une innéité
dynamique. Tradition : « cest véritablement
de sa vie que nous nous nourrissons, que nous vivons ; seulement,
nous nous en nourrissons en proportion de la force assimilatrice
qui est en nous », écrit Leroux ; cest
pourquoi connaître « est réellement se
nourrir de la vie dun homme antérieur ».
Briser ce lien personnel à lhumanité possibilisé
par la tradition et la religion (songeons aux Khmers Rouges)
revient autant à détruire lhomme quà
stériliser ses conditions dexistence. Par suite,
il importe pour la réalisation même du socialisme
(légalité et la reconnaissance de lautre
comme mon semblable) que sédifie une religion de
lhumanité dans laquelle saccomplirait lessence
commune de toutes les religions passées. Le socialisme
républicain, écarté aussi bien de lindividualisme
absolu (Bentham) que du socialisme absolu (Saint-Simon), devrait
prendre cette religion de lhumanité pour assises.
On saisit maintenant les causes de la peur panique que ce socialiste
des premiers temps, devenu socialiste maudit, Pierre Leroux,
a pu inspirer au socialisme rapté par le marxisme et aux
sinistres socialismes réels.
-
- La philosophie est enseignante
davenir. Pour beaucoup de peuples de la terre, « socialisme »
est lautre nom du malheur. Mais le socialisme peut-il prendre
un autre cours, peut-il sentendre en « un autre
sens » ? Vincent Peillon le pense ce salut
du socialisme, sil est possible, doit sauter par dessus
« lhistoire rompue », afin de relier
la philosophe et la politique à des figures comme celles
de Leroux. Nous navons pas à nous prononcer ici
sur ce point. Par la vertu de Peillon, voilà Leroux devenu
une sorte de Lazare du socialisme, le voilà remis à
sa vraie place, celle dun philosophe dont il sera désormais
impossible de se passer.
-
- ROBERT REDEKER "TAGEBLATT"
-
- semaine du
5 au 11 janvier 2004
- Socialistes cherchent
socialisme, désespérément
- C'est un réflexe
de survie: quand le socialisme français se perd suffisamment
pour se chercher enfin, il revient à sa source, la République.
Cette quête anime deux sans-mandat, Vincent Peillon et
Jean-Luc Mélenchon, qui tentent, dans leurs livres, de
forger l'alternative au hollando-fabiusisme, ce pragmatisme au
fIl de l'eau.
L'un et l'autre ont de la politique une très haute idée;
leurs ouvrages planent donc dans des sphères inaccessibles
aux « star académiciens».
Sous la plume érudite de l'ex-député de
la Somme, le lecteur attentif pénètre la pensée
de Pierre Leroux (1797 - 1871), fils de la Révolution
française et premier des « socialistes» puisqu'il
en a forgé le concept avant sa « trahison»
par le marxisme. Dans un autre style, plus sanguin, l'ex-sénateur
de l'Essonne creuse le même sillon. La compilation de ses
meilleurs textes et discours rappelle que l'esprit des origines
du socialisme n'a pas été oublié par tout
le monde.
Les deux hommes qui, aux côtés respectivement d'Arnaud
Montebourg et d'Henri Emmanuelli,
uvrent pour un rapprochement des ]courants minoritaires
du PS, ne perdent pas espoir de prendre d'assaut la nouvelle
« vieille maison », comme on appelait
la SFIO. Irréductibles utopistes !
D.B.
- Place au livre
- Samedi 17 janvier
2004 à 14h40
- Dimanche 18 janvier
2004 à 14h10
-
- Nouvel Observateur
- N°2049 - Semaine du 12 au 16 février 2004
-
- Un autre dirigeant du
PS, Vincent Peillon, vient de consacrer à Pierre Leroux
(1797-1871), architecte d'un " socialisme républicain"
que la vulgate marxiste a voulu réduire au rang d'un simple
archaïsme. Peillon, quand il défriche une histoire
oubliée et pourtant si féconde, travaille lui aussi
au réarmement d'une gauche dont les doutes actuels ne
sont peut-être que l'expression de son ignorance.
François Bazin
- La Montagne -
22 février 2004
-
- PHILOSOPHIE :
Vincent Peillon relate l'épopée de l'inventeur
du socialisme
Pierre Leroux et sa tradition socialiste
- Pierre Leroux
a marqué le vie creusoise et profondément influencé
George Sand.
Vincent Peillon consacre un essai au théoricien socialiste.
-
- Pierre Leroux a donné
son nom à de rues de Boussac et de Guéret ? à
20 heures, Vincent Peillon présentera son livre "
Pierre Leroux et le socialisme républicain" à
Aubusson.
Cet essai qui vient de paraître cerne une tradition philosophique
forte. Leroux est généralement considéré
comme l'un des inventeurs du socialisme.
UN PHILOSOPHE A BOUSSAC
L'essai de Vincent Peillon, agrégé dé philosophie
et directeur de recherches au CNRS, cofondateur de l'association
Ensemble pour un nouveau parti socialiste, comble un vide. En
effet, bien peu d'études sont consacrées à
Pierre Leroux (1797-1871). Ce livre paraît en pleine année
George Sand, qui fut profondément influencée par
les théories de Leroux (voir également notre édition
en page Creuse 3).
Ancien ouvrier typographe, ancien maçon, cofondateur des
revues " Le globe" et " L'encyclopédie
nouvelle ", mais aussi, avec George Sand, de " La revue
indépendante ", Pierre Leroux affirma constamment
avec ferveur ses convictions et ses théories.
En 1844, répondant à la proposition de George Sand,
il s'installa à Boussac où il fonda une imprimerie.
" Replié avec ses frères et quelques dizaines
de proches, il va publier ses anciens ouvrages, mais aussi La
Revue sociale (premier numéro : octobre 1845), et imprimer
L'Éclaireur de /'Indre. Sa proximité avec George
Sand est alors déterminante " écrit Vincent
Peillon.
En Creuse, Leroux développa des thèses économiques
et philosophiques. Il polémiqua avec les disciples de
Fourrier. Il devint maire de Boussac puis député.
Défenseur des idées socialistes, Leroux se fit
l'avocat des agriculteurs creusois qui se révoltèrent
contre la lourde pression fiscale. Il défendait également
les insurgés de juin.
" Ses positions sont minoritaires, son style trop philosophique
peu adapté aux discours parlementaires, et il a du mal
à se faire entendre " écrit Peillon.
Leroux, adepte du socialisme par des moyens pacifiques, fréquenta
le club de Barbès, défendit la liberté de
la presse. Il définit ainsi son attitude : " Je ne
suis pas socialiste, si l'on entend par ce mot une opinion qui
tendrait à faire intervenir l'Etat dans la formation d'une
société nouvelle. "
Leroux, comme beaucoup d'autres républicains, fut contraint
à l'exil au lendemain du coup d'état du 2 décembre.
Il se réfugia en Angleterre, tout comme le député
creusois Martin Nadaud. Leroux retrouva la France en 1869. Il
décéda deux années après. Boussac
lui éleva un monument en 1903.
UNE DÉMARCHE ORIGINALE
Vincent Peillon a scindé son livre en deux parties. La
première propose " le socialisme en un autre sens
", " les fondements philosophiques du socialisme "
et surtout la généalogie du socialisme républicain
qui relate l'épopée de Leroux. La deuxième
section propose un choix de textes de Leroux assorti d'une introduction
montrant la genèse du socialisme républicain.
Vincent Peillon, en adoptant une démarche originale ;
éclaire la logique de Leroux qui s'opposa à Karl
Marx, qui associa la liberté et l'égalité,
qui s'intéressa à l'engagement politique des femmes
et à leur émancipation.
La tradition philosophique de Leroux a conservé son actualité.
C'est également le propos de Vincent Peillon.
La soirée est organisée par la municipalité
d'Aubusson, l'association des Amis de Martin Nadaud et celle
des Maçons de la Creuse.
Robert GUINOT
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