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KLEIST Heinrich von
LE PRINCE DE HOMBOURG
 
Daniel Mesguich (nouvelle traduction de)
 
Genre : théâtre
Format: 13x19 — 192 pages
Date de parution : avril 2005
ISBN : 2-915651-19-1
 
En couverture :
William Mesguich dans le rôle titre
Copyright Bernard-Michel PALZON

Prix : 15 euros
 Port et emballage compris en CEE
Livraison : 48 h (France métropolitaine et hors week end)
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Pourquoi une nouvelle traduction ? Il existe 2 voire 3 textes aujourd'hui disponibles en français. Ces traductions peuvent paraître parfaites du point de vue universitaire... Le texte de Daniel Mesguich restitue une langue plus fluide faisant appraître la pluralité du sens. Cette traduction conserve le rythme du texte initial du texte dans une langue juteuse nourrie de jeux de mots. Elle traque l'épaisseur de la poésie de Kleist en lui rendant son souffle de modernité.
Le texte et la mise en scène de Daniel Mesguich mettent en lumière notre absence au monde. "Je vous parle et pourtant, je suis ailleurs..". Ils interrogent le jeu d'acteur : concentration/extraction. Il s'agit aussi d'une pièce sur la mort dont la morale pourrait se résumer ainsi :"Il faut avoir accepté de mourir pour vivre."
Bref, nous sommes tous des condamnés à mort. Il suffit simplement pour bien vivre de s'en souvenir.
L'histoire : Réquisitoire contre le despotisme, contre la loi ; histoire d’un jeune révolté qui finit par se soumettre, d’un roi qui renonce à son intransigeance ; plaidoirie pour l’Etat militaire ? Cette pièce, en forme de paradoxe, trône comme un chef-d’oeuvre au sommet du classicisme allemand, un des textes les plus poétiques et aboutis de Kleist, hanté par ses obsessions : la faute, la chute, son propre rêve prémonitoire puisqu’annonciateur de sa prochaine mort. En effet, outre ces interprétations traditionnelles, cette pièce est surtout un rêve éveillé, celui de Kleist, qui cherche à apprivoiser par sa plume l’immortalité.
Extrait de la préface de Daniel Mesguich :
«Lecteur, vous n’avez aucune raison de vous intéresser à l’histoire du Prince de Hombourg : il est prince, vous ne l’êtes pas, il est colonel de l’armée du Brandebourg, pas vous, il est somnambule et amoureux d’une princesse, ce n’est pas votre cas que je sache, il a attaqué et vaincu, un beau matin, l’armée suédoise sans en avoir reçu l’ordre, vous n’avez jamais fait une telle chose, et il est condamné à mort, vous non… Ah, si. Vous êtes, vous aussi, condamné à mort. Nous le sommes tous, n’est-ce pas, et de manière non moins absurde que si c’était par un Grand Électeur de Prusse. D’ailleurs, en y repensant, il vous est arrivé, à vous aussi, de prendre un jour telle décision sans y être appelé par quiconque, et cela vous arrivera encore. Et vous aussi, vous êtes – nous le sommes tous dès que nous sommes amoureux – prince véritable ou véritable princesse. Et surtout – comme à lui cela vous arrive – vous aussi vous marchez dans vos rêves.»
 
Daniel Mesguich, comme beaucoup de grands metteurs en scène, a presque occupé tous les emplois dans la grande famille du théâtre. Il a monté des centaines de spectacles, joué la comédie, dirigé des opéras et des théâtres, comme le Théâtre national de Lille, qu’il a quitté en 2000. Il vient de publier, avec son épouse, Une lecture commentée d’Andromaque (Gallimard). Il a publié Le Passant composé en janvier 2004 aux éditions Le Bord de L'eau.

 

Semaine du jeudi 14 avril 2005 - n°2110 - Livres
Sifflets
William de Hombourg
 
 
Chacun se souvient du beau visage rayonnant de Gérard Philipe incarnant «le Cid» de Corneille ou «le Prince de Hombourg» de Kleist sur le Livre de Poche ou les Classiques Larousse. C’était le héros d’une génération, l’acteur adulé devenu mythe qu’on couchait sur les couvertures d’éditions populaires parce qu’il avait interprété ces personnages de façon telle qu’on ne savait plus voir Rodrigue et Frédéric qu’à travers lui. Aujourd’hui, la nouvelle édition du «Prince de Hombourg», retraduit par Daniel Mesguich (le Bord de l’Eau Editeur, 15 euros), affiche sur la couverture son fils, William Mesguich, à qui il fait jouer le rôle-titre dans la mise en scène qu’il présente au Théâtre de l’Athénée. C’est d’autant plus regrettable que ce jeune homme un peu falot ne parvient pas à donner de l’épaisseur au personnage dans une production qui dérive parfois vers la comédie de boulevard. Tant d’immodestie et d’inconscience laisse rêveur.
 
Raphaël de Gubernatis
 

Théâtre
Le prince de Hombourg de H.von Kleist
- Daniel Mesguich - Photo Florence Cuif -

En acceptant la mort pour désobéissance militaire, le prince de Hombourg devient un héros de légende
L'électeur de Brandebourg fait la guerre aux Suédois qui ont envahi son territoire. Le prince de Hombourg, esprit rêveur et fantasque, guerrier hors pair, qui dirige la cavalerie, tombe amoureux de sa cousine à la suite d'un songe.
Intrépide, il s'élancera avant d'en avoir reçu l'ordre sur les forces suédoises en difficulté et gagnera la bataille. Héros ayant enfreint la discipline militaire, il passe en cour martiale qui le condamne à être fusillé. L'approche du contact avec le sol humide de la tombe le fera à demi-verser dans la folie.
Heinrich von Kleist, l'auteur de la pièce (1777-1811), issu d'une famille de militaire, suivra les traces de la lignée avant de rompre avec l'armée et de faire son droit avant de devenir dramaturge. Le prince de Hombourg est une "pièce patriotique" inspirée par l'histoire de la dynastie des Hohenzollern. Rencontrant de noumbreuses difficultés dans sa vie, l'écrivain mettra fin à sa vie en se suicidant sur les bords du lac Wannsee, près de Berlin après avoit tué son amie Henriette Vogel.
 
Dans la pièce, le prince de Hombourg est un somnanbule qui voit les évènements le concernant avant qu'il n'arrivent, ce qui perturbe le cours logique de sa vie.
 
Daniel Mesguich a confié le rôle-titre du prince de Hombourg à son fils William Mesguisch. Ce dernier, au jeu plutôt convenu dans la première partie en valeureux guerrier, aux crises visionnaires, apparaît transfigué, nanti d'une aisance nouvelle, totalement convainquant, lorsque l'approche de la mort le tranporte jusqu'aux franges de la folie. Il vit son supplice avant que des demandes de grâce ne soit adressées à l'électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg .
Le rôle de dernier, est interprété par Xavier Gallais, incarnant avec brio le profil sévère, l'intransigeance de son personnage, avant de montrer une finesse de roué, préservant les intérêts glorieux de l'Etat grâce une décision surprenante.
Elsa Mollien, fait, elle, montre d'une grande justesse, d'une présence remarquée en tant qu'aimante angoissée défendant avec sa chair suppliante la vie de celui qui lui est promis.
Daniel Mesguich, qui a commis une traduction lyrique de la pièce a, selon son habitude, travaillé la pièce,en tableaux phares, où se déroule les périodes différentes de l'histoire. Les avatars de l'intrigue sont présentés avec faste, et les décors,les costumes sont rutilants. La mise en scène, qui présente nombre de surprises, de gestes inventifs, est assez sobre. Des projections d'images sur le mur du fond de la scène et des interventions en voix off participent du choix moderniste et esthétisant de Daniel Mesguich, qui a grossi la part d'imaginaire de la pièce pour un mariage réussi avec la richesse exceptionnelle du drame romantique.
Le Prince de Hombourg de Heinrich von Kleist. Mise en scène et traduction du texte Daniel Mesguich. Athénée Théâtre Louis Jouvet. Square de l'Opéra Louis-Jouvet - 7, rue Boudreau.75009 Paris.Tel: 01-53-05-19-19. www.athénée-théâtre.com. Jusqu'au 23 avril.
 

Quel faste !
Un grand texte classique servi par des comédiens qui n'ont rien d'austère, très lumineux au contraire, félins et énergiques ; et par une mise en scène à budget (qui n'ignore pas l'humour)... décors et costumes réellement magnifiques ! Des voix off, des miroirs sans teint, des images projetées sur le mur du fond de la scène, et d'autres surprises inventives contribuent à créer l'atmosphère surnaturelle des rêves du prince. Sa bien-aimée est bien belle dans sa robe de princesse... Mon humble conseil : le dossier pédagogique à télécharger sur le site du théâtre de l'Athénée est très bien fait, et m'a en tout cas permis d'apprécier ce spectacle à sa juste valeur. Je crois. Très heureux d'avoir vu cette belle adaptation.
yannotheatre (26/03/2005)

 
KLEIST
Mesguich sert bien Hombourg, somnambule victorieux
LE MONDE | 08.04.05 | 16h38 • Mis à jour le 08.04.05 | 16h38

Kleist, enfant d'une aristocratie militaire prussienne, entre dans l'armée à 15 ans. Trois ans plus tard, il est enseigne ; mais, sous-lieutenant à 20 ans, il quitte l'armée : "Trop peu conforme à ma nature profonde, je l'ai prise en horreur." Il est tenté par "les mathématiques, la philosophie, et la physique". D'un échec à l'autre, il n'en écrira pas moins, entre-temps, romans, nouvelles, essais, pièces de théâtre, qui font pâlir Goethe.
A 34 ans, il termine sa dernière pièce, Le Prince de Hombourg, quelques jours avant de se tuer. Une pièce, dit-il, "patriotique". Il s'est fait réintégrer dans l'armée. Les choses ne sont plus les mêmes. Les victoires de Napoléon "mettent la patrie en danger".
 
UNE ÉCRITURE SUPERBE
 
Une oeuvre à double visage. Le jeune prince de Hombourg, colonel de cavalerie, est responsable de ses troupes. Il est aussi somnambule, et c'est une scène de somnambulisme qui ouvre et conclut la pièce. C'est pour une part inconscient qu'il écoute les ordres de la bataille du lendemain. Il désobéira aux ordres, il remporte la bataille, il est condamné à mort pour désobéissance. Après des épisodes contraires, Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, accorde sa grâce au prince. La pièce va et vient entre discipline militaire et égarements de l'esprit. Il est étonnant de voir à quel point Kleist, alors bien décidé à se tuer, écrit une tragédie, cinq actes en vers, d'une structure ferme, d'une écriture superbe.
Le Prince de Hombourg est, avec Penthésilée, l'oeuvre la plus jouée de Kleist. Quelle mise en scène allait nous donner Daniel Mesguich, alliant en la circonstance lyrisme à lyrisme, poésie à poésie, indépendance à indépendance ? Eh bien, une belle chose, mais "normale", sans les nouveautés propres à Mesguich.
Superbe atout de la musique, arrivant par brèves surprises, ponctuant l'action. Cadence remarquable des voix, rappelant que l'excellent texte de Mesguich traduit des vers. Beauté des décors et des accessoires, vite manipulés par les acteurs eux-mêmes, derrière un voile transparent, si bien que nous sommes "au théâtre", comédiens et public bien entre nous. "Quand je lis ou quand je suis au théâtre, écrit Kleist, il m'arrive de sentir autour de moi un appel d'air venu de ma toute première jeunesse", c'est aussi ce que nous sentons devant le théâtre de Mesguich.
Bonne interprétation d'ensemble sans présence particulière, sauf celle de Xavier Gallais, qui donne un Electeur de Brandebourg bizarre, un peu désaxé, inquiet, parfois absent, qui capte l'attention, et dont les réflexes singuliers éclairent, à leur façon, les inversions du récit, à la fin de la pièce.
Le Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist. Mise en scène : Daniel Mesguich. Athénée - Théâtre Louis-Jouvet, square de l'Opéra-Louis- Jouvet, 7, rue Boudreau, Paris- 9e. Mo Opéra. Tél. : 01-53-05-19-19. Mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures. De 8 € à 28 €. Durée : 2 h 45. Jusqu'au 23 avril. A Marseille du 12 au 22 mai, et à La Rochelle les 25 et 26 mai.
Michel Cournot
Article paru dans l'édition du 09.04.05