- Pourquoi une
nouvelle traduction ? Il existe 2 voire 3 textes aujourd'hui
disponibles en français. Ces traductions peuvent paraître
parfaites du point de vue universitaire... Le texte de Daniel
Mesguich restitue une langue plus fluide faisant appraître
la pluralité du sens. Cette traduction conserve le rythme
du texte initial du texte dans une langue juteuse nourrie de
jeux de mots. Elle traque l'épaisseur de la poésie
de Kleist en lui rendant son souffle de modernité.
Le texte et la mise en scène de Daniel Mesguich mettent
en lumière notre absence au monde. "Je vous parle
et pourtant, je suis ailleurs..". Ils interrogent le jeu
d'acteur : concentration/extraction. Il s'agit aussi d'une pièce
sur la mort dont la morale pourrait se résumer ainsi :"Il
faut avoir accepté de mourir pour vivre."
Bref, nous sommes tous des condamnés à mort. Il
suffit simplement pour bien vivre de s'en souvenir.
L'histoire : Réquisitoire contre le despotisme, contre
la loi ; histoire dun jeune révolté qui finit
par se soumettre, dun roi qui renonce à son intransigeance
; plaidoirie pour lEtat militaire ? Cette pièce,
en forme de paradoxe, trône comme un chef-doeuvre
au sommet du classicisme allemand, un des textes les plus poétiques
et aboutis de Kleist, hanté par ses obsessions : la faute,
la chute, son propre rêve prémonitoire puisquannonciateur
de sa prochaine mort. En effet, outre ces interprétations
traditionnelles, cette pièce est surtout un rêve
éveillé, celui de Kleist, qui cherche à
apprivoiser par sa plume limmortalité.
- Extrait de la
préface de Daniel Mesguich :
«Lecteur, vous navez aucune raison de vous intéresser
à lhistoire du Prince de Hombourg : il est
prince, vous ne lêtes pas, il est colonel de larmée
du Brandebourg, pas vous, il est somnambule et amoureux dune
princesse, ce nest pas votre cas que je sache, il a attaqué
et vaincu, un beau matin, larmée suédoise
sans en avoir reçu lordre, vous navez jamais
fait une telle chose, et il est condamné à mort,
vous non
Ah, si. Vous êtes, vous aussi, condamné
à mort. Nous le sommes tous, nest-ce pas, et de
manière non moins absurde que si cétait par
un Grand Électeur de Prusse. Dailleurs, en y repensant,
il vous est arrivé, à vous aussi, de prendre un
jour telle décision sans y être appelé par
quiconque, et cela vous arrivera encore. Et vous aussi, vous
êtes nous le sommes tous dès que nous sommes
amoureux prince véritable ou véritable princesse.
Et surtout comme à lui cela vous arrive
vous aussi vous marchez dans vos rêves.»
-
- Daniel Mesguich,
comme beaucoup de grands metteurs en scène, a presque
occupé tous les emplois dans la grande famille du théâtre.
Il a monté des centaines de spectacles, joué la
comédie, dirigé des opéras et des théâtres,
comme le Théâtre national de Lille, quil a
quitté en 2000. Il vient de publier, avec son épouse,
Une lecture
commentée dAndromaque (Gallimard). Il a publié
Le
Passant composé en janvier 2004 aux éditions Le Bord de
L'eau.
-

Semaine du jeudi 14 avril 2005 - n°2110 - Livres
- Sifflets
- William de Hombourg
-
-
- Chacun se souvient
du beau visage rayonnant de Gérard Philipe incarnant «le
Cid» de Corneille ou «le Prince de Hombourg»
de Kleist sur le Livre de Poche ou les Classiques Larousse. Cétait
le héros dune génération, lacteur
adulé devenu mythe quon couchait sur les couvertures
déditions populaires parce quil avait interprété
ces personnages de façon telle quon ne savait plus
voir Rodrigue et Frédéric quà travers
lui. Aujourdhui, la nouvelle édition du «Prince
de Hombourg», retraduit par Daniel Mesguich (le Bord de
lEau Editeur, 15 euros), affiche sur la couverture son
fils, William Mesguich, à qui il fait jouer le rôle-titre
dans la mise en scène quil présente au Théâtre
de lAthénée. Cest dautant plus
regrettable que ce jeune homme un peu falot ne parvient pas à
donner de lépaisseur au personnage dans une production
qui dérive parfois vers la comédie de boulevard.
Tant dimmodestie et dinconscience laisse rêveur.
-
- Raphaël
de Gubernatis
-
- Théâtre
Le prince de Hombourg de H.von Kleist
- Daniel Mesguich - Photo Florence Cuif -
En acceptant la mort pour désobéissance militaire,
le prince de Hombourg devient un héros de légende
- L'électeur
de Brandebourg fait la guerre aux Suédois qui ont envahi
son territoire. Le prince de Hombourg, esprit rêveur et
fantasque, guerrier hors pair, qui dirige la cavalerie, tombe
amoureux de sa cousine à la suite d'un songe.
- Intrépide,
il s'élancera avant d'en avoir reçu l'ordre sur
les forces suédoises en difficulté et gagnera la
bataille. Héros ayant enfreint la discipline militaire,
il passe en cour martiale qui le condamne à être
fusillé. L'approche du contact avec le sol humide de la
tombe le fera à demi-verser dans la folie.
- Heinrich von
Kleist, l'auteur de la pièce (1777-1811), issu d'une famille
de militaire, suivra les traces de la lignée avant de
rompre avec l'armée et de faire son droit avant de devenir
dramaturge. Le prince de Hombourg est une "pièce
patriotique" inspirée par l'histoire de la dynastie
des Hohenzollern. Rencontrant de noumbreuses difficultés
dans sa vie, l'écrivain mettra fin à sa vie en
se suicidant sur les bords du lac Wannsee, près de Berlin
après avoit tué son amie Henriette Vogel.
-
- Dans la pièce,
le prince de Hombourg est un somnanbule qui voit les évènements
le concernant avant qu'il n'arrivent, ce qui perturbe le cours
logique de sa vie.
-
- Daniel Mesguich
a confié le rôle-titre du prince de Hombourg à
son fils William Mesguisch. Ce dernier, au jeu plutôt convenu
dans la première partie en valeureux guerrier, aux crises
visionnaires, apparaît transfigué, nanti d'une aisance
nouvelle, totalement convainquant, lorsque l'approche de la mort
le tranporte jusqu'aux franges de la folie. Il vit son supplice
avant que des demandes de grâce ne soit adressées
à l'électeur Frédéric-Guillaume de
Brandebourg .
- Le rôle
de dernier, est interprété par Xavier Gallais,
incarnant avec brio le profil sévère, l'intransigeance
de son personnage, avant de montrer une finesse de roué,
préservant les intérêts glorieux de l'Etat
grâce une décision surprenante.
- Elsa Mollien,
fait, elle, montre d'une grande justesse, d'une présence
remarquée en tant qu'aimante angoissée défendant
avec sa chair suppliante la vie de celui qui lui est promis.
- Daniel Mesguich,
qui a commis une traduction lyrique de la pièce a, selon
son habitude, travaillé la pièce,en tableaux phares,
où se déroule les périodes différentes
de l'histoire. Les avatars de l'intrigue sont présentés
avec faste, et les décors,les costumes sont rutilants.
La mise en scène, qui présente nombre de surprises,
de gestes inventifs, est assez sobre. Des projections d'images
sur le mur du fond de la scène et des interventions en
voix off participent du choix moderniste et esthétisant
de Daniel Mesguich, qui a grossi la part d'imaginaire de la pièce
pour un mariage réussi avec la richesse exceptionnelle
du drame romantique.
- Le Prince de
Hombourg de Heinrich von Kleist. Mise en scène et traduction
du texte Daniel Mesguich. Athénée Théâtre
Louis Jouvet. Square de l'Opéra Louis-Jouvet - 7, rue
Boudreau.75009 Paris.Tel: 01-53-05-19-19. www.athénée-théâtre.com.
Jusqu'au 23 avril.
-
Quel
faste !
Un grand texte classique servi par des comédiens qui n'ont
rien d'austère, très lumineux au contraire, félins
et énergiques ; et par une mise en scène à
budget (qui n'ignore pas l'humour)... décors et costumes
réellement magnifiques ! Des voix off, des miroirs sans
teint, des images projetées sur le mur du fond de la scène,
et d'autres surprises inventives contribuent à créer
l'atmosphère surnaturelle des rêves du prince. Sa
bien-aimée est bien belle dans sa robe de princesse...
Mon humble conseil : le dossier pédagogique à télécharger
sur le site du théâtre de l'Athénée
est très bien fait, et m'a en tout cas permis d'apprécier
ce spectacle à sa juste valeur. Je crois. Très
heureux d'avoir vu cette belle adaptation.
- yannotheatre
(26/03/2005)
-
- KLEIST
Mesguich sert bien Hombourg, somnambule victorieux
LE MONDE | 08.04.05 | 16h38 Mis à jour le 08.04.05
| 16h38
Kleist, enfant d'une aristocratie militaire prussienne, entre
dans l'armée à 15 ans. Trois ans plus tard, il
est enseigne ; mais, sous-lieutenant à 20 ans, il quitte
l'armée : "Trop peu conforme à ma nature profonde,
je l'ai prise en horreur." Il est tenté par "les
mathématiques, la philosophie, et la physique". D'un
échec à l'autre, il n'en écrira pas moins,
entre-temps, romans, nouvelles, essais, pièces de théâtre,
qui font pâlir Goethe.
- A 34 ans, il
termine sa dernière pièce, Le Prince de Hombourg,
quelques jours avant de se tuer. Une pièce, dit-il, "patriotique".
Il s'est fait réintégrer dans l'armée. Les
choses ne sont plus les mêmes. Les victoires de Napoléon
"mettent la patrie en danger".
-
- UNE ÉCRITURE
SUPERBE
-
- Une oeuvre à
double visage. Le jeune prince de Hombourg, colonel de cavalerie,
est responsable de ses troupes. Il est aussi somnambule, et c'est
une scène de somnambulisme qui ouvre et conclut la pièce.
C'est pour une part inconscient qu'il écoute les ordres
de la bataille du lendemain. Il désobéira aux ordres,
il remporte la bataille, il est condamné à mort
pour désobéissance. Après des épisodes
contraires, Frédéric-Guillaume, électeur
de Brandebourg, accorde sa grâce au prince. La pièce
va et vient entre discipline militaire et égarements de
l'esprit. Il est étonnant de voir à quel point
Kleist, alors bien décidé à se tuer, écrit
une tragédie, cinq actes en vers, d'une structure ferme,
d'une écriture superbe.
- Le Prince de
Hombourg est, avec Penthésilée, l'oeuvre la plus
jouée de Kleist. Quelle mise en scène allait nous
donner Daniel Mesguich, alliant en la circonstance lyrisme à
lyrisme, poésie à poésie, indépendance
à indépendance ? Eh bien, une belle chose, mais
"normale", sans les nouveautés propres à
Mesguich.
- Superbe atout
de la musique, arrivant par brèves surprises, ponctuant
l'action. Cadence remarquable des voix, rappelant que l'excellent
texte de Mesguich traduit des vers. Beauté des décors
et des accessoires, vite manipulés par les acteurs eux-mêmes,
derrière un voile transparent, si bien que nous sommes
"au théâtre", comédiens et public
bien entre nous. "Quand je lis ou quand je suis au théâtre,
écrit Kleist, il m'arrive de sentir autour de moi un appel
d'air venu de ma toute première jeunesse", c'est
aussi ce que nous sentons devant le théâtre de Mesguich.
- Bonne interprétation
d'ensemble sans présence particulière, sauf celle
de Xavier Gallais, qui donne un Electeur de Brandebourg bizarre,
un peu désaxé, inquiet, parfois absent, qui capte
l'attention, et dont les réflexes singuliers éclairent,
à leur façon, les inversions du récit, à
la fin de la pièce.
Le Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist. Mise en scène
: Daniel Mesguich. Athénée - Théâtre
Louis-Jouvet, square de l'Opéra-Louis- Jouvet, 7, rue
Boudreau, Paris- 9e. Mo Opéra. Tél. : 01-53-05-19-19.
Mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures,
dimanche à 16 heures. De 8 à 28 .
Durée : 2 h 45. Jusqu'au 23 avril. A Marseille du 12 au
22 mai, et à La Rochelle les 25 et 26 mai.
- Michel Cournot
Article paru dans l'édition du 09.04.05
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