EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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HANOT Pierre

Rock'n Taules

Récit
Format: 14/21,5 — 160 pages
Date de parution : mai 2005
ISBN : 2-915651-15-9

Prix littéraire
Bordelaise de lunetterie 2006
 
 
 
 
 
Du même auteur :
Les Hommes sont des icebergs
 
 

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Témoignage et réflexion mais aussi cri d’indignation tout autant qu’acte littéraire et musical, Pierre Hanot relate la réalité d’un enfermement dont les conditions sont de plus en plus insupportables, mélange vulgaire de drames et d’anecdotes, milieu totalement et épouvantablement contradictoire qui échappe aux idées préconçues et aux a priori confortables.
LE LIVRE : extrait
Pourquoi je joue en taule ? Déjà plus de 130 concerts derrière les barreaux dictés par le hasard, la nécessité ou l’esprit de contradiction. J’aime les moments décalés, la frontière, la limite, entre les deux mondes, c’est encore ailleurs. Ca donne le sens de la fragilité, ça empêche de dormir et ça nourrit la poésie. Question paradoxe, la taule c’est le must : c’est parmi nous et en même temps c’est une planète à part, complexe, vivante et douloureuse. Ca te renvoie à ton ombre, le rapport à la violence, la punition, la mort et la vengeance, une montagne de points d’interrogation, à toi de trouver les réponses. Artistiquement, chanter en prison, c’est de l’ultimate combat. Faut faire jusqu’au bout et t’as intérêt à être convaincant : les mecs ont pas le blaire dans la culture, ils sniffent pas la poésie d’école et ils sont taggés au rap brut de brut. Pour leur faire avaler le sirop, faut s’éventrer des trucs sauvages et vitaux, après tout devient simple, les mecs te renvoient l’ascenseur et ça fait de la musique, c’est comme le tonnerre avec la pluie et les cyclones. Les conditions, c’est pas non plus 5 étoiles. On s’installe où on peut : salles de classes, cours de promenade, couloirs de détention, chapelles, salles de muscule, on pénètre des endroits à pendre les architectes, on partage la merde. Au moins, ça m’apprend l’humilité et le jour où je dormirai dans un palace, je partirai sans doute avec la serviette de bain et le cendrier. Après tout, je me trimballe en taule sans maquilleuse ni garde du corps parce que j’ai pas de corps à garder : quand je chante, je suis désincarné, au-delà de tout et ça me va comme ça. C’est de la médecine d’urgence, soigner les autismes et stopper l’hémorragie du ressentiment...

Le livre est un voyage intense entre musique et poésie.
Il se place à cheval entre musique et faits de société...
Pierre Hanot a publié 5 albums CD dont le dernier en 2000.
Visitez le site de Pierre Hanot
Libération en avait fait son coup de cœur. Bref, il possède déjà une notoriété certaine auprès des médias tels que : Inrocks, La Croix, Marie Claire, etc.
S'ajoute la singularité : du roker-bluesman qui chante dans les prisons..
Pierre Hanot est né en 1952 à Metz. Ce récit est son premier ouvrage publié.

DANS LA PRESSE
LIBERATION.FR: jeudi 13 septembre 2007
 
 
Pierre Hanot donne des concerts dans les prisons depuis 20 ans. Il sort un livre dans lequel il raconte son expérience «hors de clichés» et dénonce des conditions de détention «dramatiques».
Par Yann BAYSSAT
 
Musicien depuis les années 1970, Pierre Hanot s’est produit en concert dans plus de 250 prisons. Dans son livre Rock’n’taule, il raconte cette expérience comme on narre des voyages dans un carnet de bord. Il était à la Bifurk pour en discuter.
 
Comment vous est venue l’idée de vous produire devant des prisonniers ?
A la base, ce n’était pas une volonté humaniste. En 1985, alors que je venais de sortir mon premier disque, un de mes meilleurs amis est tombé pour un braquage foiré. Je voulais qu’il profite de mes concerts. Alors je me suis dit : pourquoi pas jouer en prison. L’ironie, c’est qu’il n’est pas venu, parce qu’il avait demandé à rester isolé au début de son incarcération. Mais cet univers m’a sauté à la gueule, et depuis j’ai joué dans toutes les taules de France.
 
Comment fait-on pour jouer dans cet univers fermé ?
C’est compliqué à organiser, surtout que je veux rester indépendant des ministères, donc il faut négocier avec chaque centrale. On arrive à l’ouverture des portes, on fait la balance – ces mots ne sont pas innocents en taule. On commence le concert en début d’après-midi, parce qu’on fait jusqu’à trois sets : un pour les hommes, un pour les femmes, et un pour les «pointeurs» (les délinquants sexuels), parce qu’ils doivent restés séparés. C’est spécial, parce que les ambiances sont très différentes : les hommes sont plus dans le mutisme, alors que les femmes viennent pour s’amuser, pour danser. Elles se maquillent même pour l’occasion, souvent.
 
Quelle est la réaction des détenus ?
Il faut savoir qu’en taule, les sentiments sont interdits : on ne peut pas rire, pleurer, avoir la haine. Le taulard français se referme sur lui-même, bien aidé par l’administration qui lui refile du Valium, la télé et tous les hypnotismes possibles pour lui faire poser son cerveau au vestiaire. Donc, c’est compliqué pour nous. Mais ça se passe la plupart du temps magnifiquement bien. Je ne suis pas dans la revendication, mais dans l’image, la poésie, et ça éveille souvent des trucs enfouis qu’on les oblige à cacher.
 
Vous n’êtes pas dans l’identification à la Johnny Cash, ni dans la revendication pure ?
Non, je ne pense pas que ce soit la solution. Les mecs attendent autre chose. Et les amener ailleurs, ça les fait plus facilement réagir, en bien ou en mal. La démagogie ne servirait qu’à amener des réactions violentes, et ce n’est pas le but de la manœuvre.
 
Avez-vous déjà eu des réactions violentes du public ?
Ça m’est arrivé, deux ou trois fois. Il faut aider les mecs en taule, mais il ne faut pas non plus avoir une vision angélique. Tous les taulards ne sont pas des pauvres mecs qui n’ont pas eu de chance. Il y a des enculés chez les prisonniers, comme il y a des bons matons, et des éducateurs qui ne sont pas des hippies.
 
Pourquoi écrire un livre sur cette expérience ?
Pour que les gens sachent ce qu’il se passe, et sortent de leurs clichés sur la taule. Et pour que les conditions de vie dramatiques des prisonniers soient un peu mieux connues. Parce qu’actuellement, la taule est le trou du cul des préoccupations citoyennes.
 
Rock’n’taule, éditions le Bord de l’eau, 2005.

LA PROVENCE
24 08 07
Rencontre : plus de 200 concerts en prison pour cet écrivain-chanteur
LE BLUES DE PIERRE HANOT FACE À L'UNIVERS DE LA "TAULE"
 
En 1985, au moment où l'un de ses amis très proche (videur dans une boîte de nuit) était emprisonné à Metz, suite à un braquage, Pierre Hanot sortait son premier disque. Pour cet homme de l'Est, qui adore se ressourcer chaque année au Sud, dans le décor magique de Saint-Laurent-du-Verdon, un virage dans sa jeune carrière se profilait déjà à l'horizon. Il en parlera aujourd'hui et demain à Manosque, au Festival Blues et Polar, dont il est un des invités. Car cette année, la prison est au cœur des débats.
Son livre "Rock'n taules" est d'ailleurs un formidable moyen d'en savoir plus sur l'univers carcéral.

Johnny et les rappeurs
"J'ai eu l'idée d'organiser un concert en taule pour mon pote, explique-t-il en sirotant un petit rosé. Ça n'a pas été facile, j'ai dû ruser, mais j'y suis arrivé ; et là j'ai découvert un monde que je ne connaissais pas, et où il y a vraiment urgence! Car il y a deux mondes culturels musicaux en prison : les anciens, souvent fans de Johnny Halliday, et les jeunes, qui sont tous adeptes du rap! Mais attention, il ne faut pas tricher en fonction du public. Il faut rester soi-même avant tout.
Moi qui suis très influencé par le blues, mais aussi par les musiques d'autres continents, je fais le même concert à l'intérieur d'une prison que dans une salle de spectacle. Sans censure des mots.
 
Je viens du blues
Pierre Hanot reconnaît néanmoins qu'il est difficile de faire passer des sentiments en prison.
"Parce que ça fait des vagues. À mes concerts, j'ai des gars qui rient, d'autres qui crient ou qui chialent. Car tous ces gens emprisonnés sont dans un profond ressentiment vis-à-vis de la société et ils ont la haine! Les détenus ne sont pas des martiens ; les conditions, elles, sont extra-terrestres. C'est la sincérité, seule, qui permet de faire passer des choses compliquées. Moi je viens des Yardbirds ou du Chicago blues, mais je suis ouvert au jazz et aux autres musiques.
"Ce qui m'intéresse dans ces concerts en milieu carcéral, c'est de communiquer l'énergie du rock, l'âme du blues et le goût du voyage."
À raison de 40000 km par an, Pierre Hanot possède une vision panoramique, et rare, des prisons françaises.
"C'est pour ça que j'ai écrit "Rock'n taules" à la façon d'un carnet de route, car trop souvent la prison est décrite de manière angélique ou trop partisane. La taule, c'est comme le blues, c'est souvent ni la nuit ni le jour…"
Jean Pierre Tissier
 

L'Humanité
19 janvier 2006
Pierre Hanot, le musicien des taules
Lorsque cet homme-là franchit les portes de la prison, c’est la guitare à la main. Depuis 1985, Pierre Hanot, musicien autodidacte, donne des concerts de rock dans des établissements pénitentiaires. Plus de 170 performances à son actif. Après vingt ans de road movie carcéral, ce baroudeur à la barbiche et aux cheveux ras, a décidé de donner « la parole au silence ». Il a écrit un livre, paru en mai dernier (1). Une chronique fulgurante de ses voyages en prison, histoire de dire ce qu’il a vu « de l’autre côté ». Sa première rencontre avec l’univers carcéral en dit beaucoup plus que certains discours. « Bruit des clés qui s’entrechoquent, clic-clac des serrures marquant la cadence d’un temps qui s’est arrêté. Une grille, un couloir, une grille. Le parcours est balisé par les effluves d’urine, de pieds et de sueur, des odeurs de mecs mélangées à des remugles de désinfectant industriel. Ça pue l’angoisse, ça suinte des murs ou de notre imaginaire, première taule, mauvais baptême. » Il a reçu ce jour-là sa première claque. Il nous la rebalance aujourd’hui de fort belle manière.

Le livre de Pierre Hanot "Rock'n taules" reçoit un accueil très favorable de la part du public et des médias (dont un article dans le Monde 2 et plusieurs passages sur France Inter : dans l'émission "L'instant bleu" du 7 11 05, interview au 13/14 du 15 11 05, à "Système disque" avec Valli le 10 12 05 et à "Eclectik" le 29 12 05).
Vision panoramique de nos prisons, sans tabou ni mensonge, carnet de route relatant les plus de 170 concerts que Pierre a donné derrière les barreaux, parcours initiatique mais aussi voyage intérieur, cet ouvrage est mots et musique, hors du voyeurisme ou du confort des idéologies.
Paru fin mai en diffusion nationale aux Editions Le Bord de l'Eau, "Rock'n taules" en est à sa deuxième réimpression !
Voici quelques extraits de presse parus tout récemment :
o LE MONDE 2
" Rock'n taules est terrassant de colère, d'emportement. Et surtout d'humanité. " (Yann Plougastel, 22 octobre 05)
o MARIE CLAIRE
" Un très beau livre qui tient des romans américains du début du siècle. " (Sylvie Hammel, septembre 05)
o FRANCE INTER
" Un livre complètement en dehors des sentiers battus, un livre extrêmement touchant que je recommande. " (Kriss, Un dimanche par hasard, 26 juin 05)
o OUEST FRANCE
" Son verdict est sans appel. Les prisons nouvelles ? Un désastre. "
( Bernard Le Solleu, 21 octobre 05)
o CHORUS
" De la rage à l'état pur! Cela sent le sperme, le souffre et la sueur. Celle de la peur et de la révolte. " (Serge Dillaz, septembre 05)
o EST REPUBLICAIN
" Road movie bouleversant, pétri d'émotions fortes, qu'il a décidé de relater avec une plume trempée dans l'adrénaline. " (Gérard Charut, 14 août 05)
o DAUPHINE LIBERE
" Le Michelin du gnouf, avec des appréciations pour chaque adresse pénitentiaire! Pierre Hanot ne fait pas dans l'écriture didactique, le lourdingue. De son expérience unique, il porte simplement témoignage. " (Gilles Debernardi, 30 octobre 05)
o DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE
" Notes prises sur le vif, réflexions, anecdotes, poésie brute, Rock'n taules est tout cela à la fois. Dans une écriture vive et tendue, le Messin offre un très beau témoignage sur la réalité de l'enfermement. " (Joël Isselé, 18 septembre 05)
o TEMOIGNAGE CHRETIEN
" Ici, pas de discours convenus. Pierre Hanot a décidé de ne rien cacher. Unique. " (Luc Chatel, 15 septembre 05)
o REPUBLICAIN LORRAIN
" Un témoignage saisissant sur son expérience artistique en milieu carcéral. Livre-vérité écrit sans fausse pudeur, Rock'n taules allume quelques mèches d'espoir dans un univers d'inhumanité. " (André Greiner, 29 mai 05)
o LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST
" Un livre qui fourmille d'instants-confidences arrachés à l'isolement. Et ça claque en pleine figure, comme des cris échappés des hauts murs. " (Alain Blanchard, 27 septembre 05)
o L'UNION
" La lecture de ce livre, écrit d'une main généreuse, joliment balancée et tonique, est aussi un cri d'alarme lancé sur l'état déplorable de trop de prisons françaises. (Gilles Grandpierre, 2 octobre 05)
o LE MAGUE
" Il y a une vraie rébellion, saine, une sincérité magnifique qui suinte à travers les lignes de ce livre hors norme, inclassable, qui ne tombe jamais dans le glauque ni le pathos facile. " (Frédérique Vignale, 14 juin 05)
o LA SEMAINE
" Un bouquin poignant. Par-delà le simple témoignage, un plaidoyer vibrant. " (Matthieu Villeroy, 13 octobre 05)

Sud Ouest Dimanche
Dimanche 1er janvier 2006
 
PRISONS. Depuis plus de vingt ans, Pierre Hanot, musicien messin autodidacte, donne des concerts de rock dans des établissements pénitenciaires. Il vient de publier une chronique de ses voyages en taule.
 
par Florence Moreau
 
" L'urgence m'a bousculé et nourri. " Cheveux ras, barbiche, boucle d'oreille, agitateur d'idées, Pierre Hanot n'a rien du carcéralement correct. Depuis plus de vingt ans, ce Messin d'origine donne des concerts de rock en prison. La musique lui est venue par l'écriture de poèmes, pour illustrer ses mots. " J'ai choisi la scène comme vecteur principal d'expression en 1975, quand on pouvait vivre de e par la musique sans entre dans une major ", se souvient-il. Des petits boulots, des galères, de tournées de discothèques en fêtes politiques de soutien, de prison en bals, et cinq albums plus tard sous des labels différents, cet autodidacte nourri par ses influences et une pratique forcenée de la gratte se souvient très bien de son premier choc carcéral.
" La taule j'connaissais pas. J'aurais pu, c'était limite. " En 1985, quand sort son premier opus, son copain Bill est incarcéré à la maison d'arrêt de Metz. Pierre Hanot monte un dossier afin de jouer pour lui. Il ne verra pas son ami, mais recevra sa première claque. " Brut de coffrage, ça te râpe l'espérance. Bruit des clés qui s'entrechoquent, clic-clac des serrures marquant la cadence d'un temps qui s'est arrêté. Une grille, un couloir, une grille. Le parcours est balisé par les effluves d'urine, de pieds et de sueur, des odeurs de mecs mélangées à des remugles de désinfectant industriel. Ça pue l'angoisse, ça suinte des murs ou de notre imaginaire, première taule, mauvais baptême. "
Neuvic, Angoulême. Dans la région, Neuvic, Angoulême (" un Woodstock sous la pluie en 1997 qui a fait des petits, car c'était fort et ça me plaît "), Rochefort et Toulouse (Seysses) la semaine dernière ont fait partie des 180 concerts donnés en prison, intégrés dans une tournée pour amortir les déplacements. Visiteur musical franchissant les portes des pénitenciers. Pierre Hanot va à la rencontre de ces gars parfois " enfermés à double tour Sur eux-mêmes " et vit chaque concert comme un combat. " Pour chanter en prison, t'as intérêt à être convaincant : les mecs ont pas le blair dans la culture, ils sniffent pas la poésie d'école et ils sont tagués au rap brut de bru ", commente-t-il.
Il s'installe où il peut. Dans un gymnase parfois chauffé, une cour de promenade, un couloir de détention, une chapelle, une salle de classe ou de " muscu "... D'abord avec son groupe, le Parano Band, qui sera dissous. " Le sevrage a été douloureux et, pour m'aider à décrocher, les arts plastiques, les collages que j'expose depuis ont été ma métadone ", avoue-t-il. Puis, après une rencontre remotivante avec le trompettiste. Dizzy Gillespie, en formation plus restreinte autour de lui, de Pascal à la basse et de Suzie Taïwan, car made in), une... poupée gonflable qu'il habille et improvise DJ. Ça passe ou ça casse. " En prison, on règle le son, on ne fait pas la balance. Les mots ne sont plus innocents ", constate-t-il rapidement.
Il résonne et raisonne. Pierre Hanot parle volontiers de voyages, plus que de concerts. " Dans l'espace et dans l'intime ", résume-t-il. " Quand je chante, je suis désincarné, au-delà de tout et ça me va comme ça. C'est de la médecine d'urgence pour stopper l'hémorragie de la colère. Je veux faire sortir des sentiments plus que du ressentiment. " Au fil de ses prestations, il cherche les hommes sous le béton et les barbelés, sans vouloir connaître les raisons qui les ont menés en détention. il essuie des remarques, tombe de haut, se relève, se cogne sur des portes fermées, s'engouffre dans celles qui sont entrouvertes.
Il apprécie chez certains surveillants " une vie après l'uniforme, une cervelle sous \a casquette ". Il observe et peut témoigner. " La télé en prison est l'ami indispensable, le somnifère, la came. Du flan, de la bouillie d'images hypnotiques", ou encore " une terre fertile pour les militants intégristes ", qui généralement n'assistent pas à ses concerts. Parfois, il laisse le micro à des rappeurs ou amateurs de Johnny, teste l'improvisation, découvre le sens du mot " rire libérateur ". " Rire ici est tellement
incongru que c'est ressenti par tous comme une remise de peine ", écrit-il. " La prison, ça te renvoie à ton ombre, le rapport à la violence; la punition, la mort et la vengeance, une montagne de points d'interrogation, à toi de trouver les réponses. "
Après bien des hauts et des bas, Pierre Hanot a voulu donner la parole au silence, au-delà des murs d'enceinte, et livrer la " chronique de ses voyages en taule ". " Il y a une façon de dire les choses, simplement ", explique Jean-Luc Veyssy, codirecteur de la maison d'édition girondine, Le Bord de l'Eau. " C'est un livre qui résonne encore après sa lecture. Et qui raisonne car il pose des questions sur le monde carcéral. "

LE MONDE 2
N°88 - Samedi 22 octobre 2005
Pierre Hanot, forçat du rock
Dans le rock, il y a des stars. Mais aussi beaucoup de galériens qui, nuit après nuit, s'échinent à mettre en branle les mythes fondateurs de leur jeunesse en massacrant quelques guitares électriques. Pierre Hanot, 50 ans et des poussières, appartient à cette catégorie d'opiniâtres teigneux pour qui un solo de Hendrix vaudra toujours mieux que la vie de bureau. On a les rédemptions que l'on peut. Ce Messin à l'accent rocailleux n'a renoncé à rien. Il sort des disques au petit bonheur la chance sous des labels improbables. Et sillonne tous les mois de l'année l'Hexagone pour donner des concerts là où on veut bien le laisser transpirer sur sa Stratocaster. Il ne joue pas au fier, ne tourne jamais le dos à une bière et croit toujours que demain sera meilleur qu'hier... C'est un prolétaire du riff, un damné de la Fender qui reste debout pour ne pas succomber d'une hémorragie du ressentiment. Il y a eu de sacrés coups de tabac, de vilaines morsures, des instants de doute. Mais, le blues, le spleen, le vague à l'âme qui vous pousse à vous retirer sur la pointe des pieds, jamais. Hanot, c'est un roc. Il continue. Depuis vingt-cinq ans, régulièrement, sa voix bourrue surgit au bout du fil pour me narrer ses galères... Mais là, c'est autre chose! Un livre! Et un live! Pour raconter sa drôle d'aventure de visiteur de prison. Parce que l'ami Pierrot qui, sans la musique, aurait pu devenir un malfrat, tourne désormais dans toutes les taules de France et de Navarre... A Clairvaux, à Fleury-Mérogis, à Fresnes, on l'applaudit. A guichets fermés. Cent cinquante concerts à l'ombre pour que la lumière ne s'éteigne pas dans les yeux de tous ces types pas vraiment tagués à la poésie... Résultat, son bouquin, Rock n'Taules, est terrassant de colère, d'emportement. Et surtout d'humanité.
YANN PLOUGASTEL

Septembre 2005
 
Le Messin Pierre Hanot a déjà donné plus de 130 concerts pour les détenus. Dans un livre-témoignage, il raconte ses incursions dans ce monde à part.
Depuis vingt ans, Pierre Hanot fait la tournée des prisons. Pas par devoir, par nécessité. Cours cimentée en plein soleil, salle de gym encombrée d'haltères ou chapelle poussiéreuse, peu importe la toile de fond, elle est profondément triste et il s'en accommode. La musique d'abord, la sincérité aussi. Rockeur, bluesman, il chante ses mots avec une forte présence, sa guitare part dans de grandes envolées.
Ils sont trois à mener ainsi œ voyage au bout de la désespérance: Pascal à la basse, Suzie la poupée gonflable, la seule concession au décor, et lui. Pourquoi se sent-il dans l'obligation impérative d'enchaîner, au fil de l'année, concerts en salle et derrière les barreaux? Pierre Hanot le raconte dans Rock'n taules; un très beau livre qui tient des romans américains du début du siècle: l'aventure est âpre et nécessaire, il y a quelque chose de brûlant comme un alcool à mener le combat artistique face à des gens dont le langage est celui de la violence.
"Artistiquement, chanter en prison c'est de l'ultimate combat. Faut faire jusqu'au bout et tu as intérêt à être convaincant. Les mecs ne sniffent pas la poésie d'école, ils sont tagués au rap brut de brut." Voilà pour l'explication de la démarche du créateur. Il avance aussi celle de son flirt avec les paradoxes, l'esprit de contradiction qui l'a toujours guidé. Mais à la lecture des pages, on se rend compte qu'il peut se passionner pour le destin des autres. Sans sensiblerie, avec des mots râpeux, il raconte la vie de l'autre côté des murs, là où il y a des miradors et des matons. Et au-delà de l'histoire individuelle du musicien, c'est un vrai document sur la prison qui va a l'en- contre des idées reçues, un regard sans indulgence, mais pertinent. Son récit n'est pas triste, plutôt vivifiant.
SYLVIE HAMEL

CHORUS septembre 2005
les cahiers de la chanson

Rocker de la marge, Pierre Hanot a franchi le Rubicon en plantant ses tréteaux chez les taulards. Il ne compte plus les concerts donnés dans les quartiers de haute sécurité, les promenades à l'ombre des libertés. Après cinq albums plus ou moins confidentiels (cf. Chorus 32, p.59 pour le dernier en date, Vu à la télé), ce renégat a décidé de raconter ses voyages au bout de l'enfer dans un monde parallèle qui, constamment, nous renvoie la part de nous-mêmes que l'on veut ignorer. De la rage à l'état pur! Cela sent le sperme, le souffre et la sueur. Celle de la peur et de la révolte... .
Serge Dillaz

FRANCE INTER
26 juin 2005
KRISS
Un dimanche par hasard
 
"J'ai eu un coup de coeur pour ce livre complètement en dehors des sentiers battus.
Un livre extrêmement touchant que je recommande.
Ce qui m'a le plus émue, en dehors de son écriture qui témoigne d'un vrai style, c'est l'absence de masque, même quand le réel est insupportable..."

LE REPUBLICAIN LORRAIN - 29 mai 2005
Un saltimbanque en enfer

 
Partie prenante depuis vingt ans de l’opération Culture en prison, le rocker Pierre Hanot publie un témoignage saisissant sur son expérience artistique en milieu carcéral. Livre-vérité écrit sans fausse pudeur, Rock’ntaulesallume quelques mèches d’espoir dans un univers d’inhumanité.
Il est dit depuis cinquante ans que les peines de prison ont pour but « l’amendement et le reclassement social des détenus » mais cela ne sera possible que si l’on respecte d’abord la dignité des humains. Tout le monde se souvient du récit bouleversant (en 2000) du docteur Véronique Vasseur, témoignant des conditions de détention ç la maison d’arrêt de la Santé et venant nus rappeler combien nos prisons restent au cœur de notre cité un lieu d’inhumanité.
Dans son livre intitulé Rock’ntaules (Le Bord de l’Eau éditions), Pierre Hanot va dans le même sens, même s’il ne s’érige pas en spécialiste de la question. Chanteur, peintre, écrivain, l’artiste s’est immergé par hasard au cœur du sujet après avoir souscrit à l’opération Culture en prison initiée il y a vingt ans par les ministères de la Culture et de la Justice. En « intervenant » une première fois en 1985 à la maison d’arrêt de Metz, le chanteur ignorait qu’il allait « en prendre pour vingt ans ». Aujourd’hui, avec 190 prisons au compteur, visitées dans tout l’Hexagone, Hanot est vacciné, édifié.
Le show biz, il avait bien tenté. Tout fait pour accéder à la notoriété, du moins à la reconnaissance. Côté célébrité, il a un jour fait la croix dessus après quelques cinq cents concerts et cinq albums, « adieu le show biz, adieu la tyrannie du look et des radio FM, le démarchage dans les majors ». Quant à la reconnaissance, elle ne lui a presque jamais fait défaut dans le réseau parallèle « les p’tits clubs, les cafés musique t les endroits où ça transpire sur le dos du bonheur » et encore moins dans les taules. « Lorsqu’il m’arrive parfois d’oublier les fondamentaux, les deux ou trois concerts qu’on donne par mois en milieu carcéral sont là pour me recadrer et me remettre sur les rails…
En taule, il faut faire jusqu’au bout et t’as intérêt à être crédible. Ultimate combat, il faut accoucher d’instants sauvages et vitaux, les embarquer dans une lévitation transcendantale. Ils t’interpellent et il faut répondre. Ils osent pas donner mais il faut les ouvrir, ils ont plein de richesses mais ils n’ont pas confiance… Trouver le truc qui va les captiver, et c’est jamais le même, avec interdiction de déraper dans la démagogie ou de s’accrocher aux ficelles du métier. Mais quand ça marche, alors c’est du vrai public qui te renvoie la soudure et c’est pas à l’économie.
 
Tentative d’évasion réussies
 
Ses premières prestations ? Il s’en souvient très bien, celle de Charleville-Mézières surtout : « On plonge dans le Moyen-Âge, tout est cradingue. La fête des gueux aura lieu dans la cour des miracles, pavés cagneux. Un podium rudimentaire est dressé, une trentaine de chaises, manque plus que la guillotine (…) On monte à l’échafaud et on fait un putain de concert : le jour de gloire, quarante gars sur trente chaises, entendez-vous mugir ces féroces soldats ! D’autres détenus sont parqués au fond de la cour dans des cellules collectives et les types s’accrochent aux barreaux, contre la tyrannie un sang impur, certains se mettent à pleurer (…). On termine vidés mais il faut remballer le matos. Le regard des matons a changé et le portier me fait un petit salut de connivence. Tentative d’évasion parfaitement réussie. »
N’attendez surtout pas de Pierre Hanot qu’il vous explique comment on en est arrivé à la surpopulation carcérale, quel est le sens de l’incarcération et la question de la réinsertion. Son propos est ailleurs. Il est de l’ordre du témoignage accablant et de la relation singulière de l’artiste avec ce lieu de l’enfer.
Une expérience qu’il ne renie pas mais qui, en dernière extrémité, le fait réagir « entre l’enclume des fachos qui prônent l’euthanasie pour les taulards et le marteau des démagos qui militent pour la suppression des prisons sans mesurer un instant la propre violence de leurs slogans rédhibitoires, il serait temps de découvrir une troisième vie moins sommaire et lobotomisante. Penser la taule, se demander simplement à quoi elle sert et comment faire pour que ça fonctionne, l’occasion trop risquée pour beaucoup de se poser des vraies questions sur leurs propres vies. »
A.G.


A PROPOS DE ROCK’N TAULES, LE PREMIER OUVRAGE DE PIERRE HANOT.
mardi 14 juin 2005, par Frédéric Vignale
De prime abord, le livre « Rock’N Taules » ne s’arme d’aucun artifice pour plaire, pour draguer le lectorat, pour charmer l’acheteuse avec une couverture attractive ou un intitulé fédérateur qui sonnerait comme un bon plan médiatique. On pourrait même être rebuté par le visuel choisi et ce titre qui apparaîtra à certains comme un jeu de mot un peu tiré par les cheveux.
Pourtant, grossière erreur, ce livre est entier, brut de brut, puissant, sans concession et extra-ordinaire. Une claque dans la gueule.
Oui, on aime ou on conspue, on suit avec jubilation cette poésie urbaine sortie des sentiers battus ou alors on fait la fine bouche et on jette le bouquin aux ordures avec un mépris hautain.
Il y a une vraie rébellion, saine, une sincérité magnifique qui suinte à travers les lignes de ce livre hors norme, inclassable, qui ne tombe jamais dans le glauque ni le pathos facile.
« Rock’N Taules » est un récit formidable en caméra subjective rivée sur la tête de ce Musicien avec un grand « M ». Originaire de Metz , menant une carrière artistique d’homme libre et passionné depuis bien des années, il demeure hélas dans une confidentialité injustifiée en regard de la qualité de ses productions.
C’est par le texte que Pierre Hanot nous touche, dans le simplicité, la justesse, la pertinence de ses assertions qui balayent les préjugés, qui vont à l’encontre des idées reçues, "politiquement incorrects", comment disent les médias bien installés.
« Tu devrais être célèbre toi », lui lance un jour un taulard après un Concert « privé ».
Car Pierre Hanot, qui n’a jamais été à l’ombre mais peut imaginer avoir connu un tel destin s’il avait un peu plus dérapé dans sa vie, a déjà plus de 170 concerts à son actif, derrière les barreaux en direction d’hommes et de femmes privés de Liberté comme d’Art.
Pierre Hanot écrit avec ses tripes, sans s’écouter parler, sans se mettre en scène à la gloire d’une quelconque postérité littéraire. Récit hyper-réaliste de l’ existence nomade d’un artiste qui va jouer à domicile, pour ceux qui ne peuvent plus se déplacer pour écouter
« Rock’N Taules » est une ballade en panoramique, caméra à l’épaule dans un monde qu’on connaît mal et qu’on ne nous a jamais conté avec tant de vérité. Pas de démagogie, pas de bonne morale baveuse, juste l’itinéraire d’un homme, que d’aucuns qualifieront malheureusement de marginal et qui se bat pour ses convictions, voit au-delà des préjugés et considère la musique comme un langage universel compréhensible par tous les hommes, y compris ceux qui se sont trompés de chemin.
En filigrane et très habilement, Pierre Hanot se livre, se met à nu avec beaucoup de pudeur, dévoilant les galères d’un musicos précaire, la difficulté de se faire comprendre, de faire partager ses idées et ses émotions, exposant les humiliations quotidiennes d’un juste-au-boutiste. Hanot dit tout sans faux semblant, les refus des maisons d’édition, la lâcheté, les bagarres dans la nuit qui finissent bien. C’est toute une cosmogonie parallèle, attachante et respectable, que l’on découvre avec avidité. comme le roman d’ une vie riche, forte et précieuse.
Un livre qu’il faut défendre et aimer. Terminons en beauté avec un extrait de la prose de Pierre Hanot : "Oui, les filles je les aime, je les regarde toutes et je les rêves, je me fais des longs métrages et c’est comme aimer la sculpture ou la géométrie dans l’espace : deviner la pointe d’un sein, l’arrondi de la hanche, le triangle magique et tout ce que je voudrais connaître d’elles par coeur. »
Frais, réjouissant.A lire sans plus attendre à l’ombre comme au soleil.

www.ramdam.com/top/livredor/pierrehanot.htm
Pierre Hanot : Livre d'or
* jean michel de valence (10/06) :
plein d'emotion et de fraternite dans tes pages ton chemin est beau et droit merci tes amis du spip de valence
* le chauve de algrange (06/01):
de rock dérives à vu à la télé je suis toujours aussi fan. j'ai pleuré devant les portes de la mc de metz "COMPLET" çà m'a mis out. promis la prochaine fois je monte la tente devant la porte. à bientot vieux frère .
* Paul et Jasmine de Cognac (27/06):
Nuit enfièvrée... enfumée... pleine de Blues, de funk... de dérives arabisantes, indianisante... paroles rapeuses, rockeuses, tendres, cruelles... de guitare en liberté, de basse accrocheuse. Les Gabariers ont vibré fort et nous aussi. Merci Pour le site idem... il est aussi riche que le bonhomme.
* Jacky Villard de Ars en Ré (25/06):
Quelle émotion nous avons ressentie hier soir sous le chapiteau de St Trogan. Tes textes sont forts et sensibles, ta voix chaleureuse, ton engagement méritoire. Le site te ressemble, il est la continuité du concert.
* Ronald Casta de Grisolles (31) (25/06):
Si la fête de la musique du Burgaud était merdique, le café musique n'avait pas raté son coup en faisant venir Pierre Hanot. Hanot c'est la classe, la force, la chaleur. Des textes magnifiques, une voix surprenante et un site à sa hauteur.
* Celine de Fumay (27/02):
pierre hanot était à fumay début février. Il a joué 2h devant une salle pleine et chaleureuse. Son blues ouvert à des mouvances plus exotiques a étonné un public acqui rapidement et à la musique et aux textes. Quant au site bravo l'artiste
* marina de bayonne (04/01):
belle découverte de la Luna Negra... Pierre Hanot m'a étonnée: par ses textes d'abord et par sa façon de chanter, pas de frime, du direct made in tripes, et je découvre avec bonheur son site par Ramdam. A bientot.
* paulo de Albi (09/12):
Moi aussi J'était à Castres vendredi, Pierrot je l'avais vu à la taule d'Albi et à celle de Bourges. A chaque fois on avait tous ressenti les textes tres fort (On est pas des chiens-Annie mal) La j'était bien et je me suis laissé aller à la musique. continue Pierrot, tu nous fais du bien.
* clara de castres (08/12):
baraque 21 à castres est en lutte, menacé d'expulsion. Pierre Hanot a sans doute donné le dernier concert qui aura lieu dans cet endroit. j'ai beaucoup aimé. l'expo aussi. ça m'a décoiffée, c'est une explosion de couleurs et d'idées. c'est bien de pouvoir les retrouver sur son site.
* Tina et Jimy de Narbonne (06/12):
Le beau temps n'était n'était pas au rendez-vous jeudi soir sur Narbonne, le public non plus, dommage car on a découvert un grand bonhomme sur la scéne de Léo Lagrange; Pierre Hanot a joué comme si nous étions 500, le son était class et on attend son retour
* corinne de nancy (03/12):
C'etait un hommage à Léo ferré samedi à l'After d'Amnéville. Pierre Hanot a joué "c'est extra" facon reggae et c'était super... Le set était trop court, dommage.
* joseph de villerupt (10/11):
j'ai vu Hanot à Audun le tiche samedi dernier, super concert, très beaux textes et groove d'enfer, à voir absolument!
 

Libération - 30 mars 2006
Cauchemars entre quatre murs
par Sominique SIMONOT
[...] Un autre livre nous parle des prisons. Cette fois écrit par un drôle de petit bonhomme, qui de Limoges à Metz, de Niort à Villefranche-sur-Saône, chante dans toutes les prisons de France depuis 1985. Aucune particulière attraction pour le monde carcéral. Pierre Hanot est musicien, pas avocat, ni humaniste. Juste un hasard. Un jour, un de ses copains tombe pour braquage. Il va le voir. Lui aussi éprouve le choc de toute personne pénétrant pour la première fois en taule. Les bruits, les cris, l'odeur, la peur... Son livre nous fait visiter les vieilles prisons et les modernes ; avec lui, on discute avec les détenus (et les surveillants), on vit ces histoires de prison, les embrouilles et les poèmes, la violence et l'intelligence. Rien de bien nouveau, mais ça en vaut la peine. Pour ce tour de France des prisons et pour cette réflexion qui vient peu à peu à l'auteur, comme au lecteur, et qui, au final, aboutit au même constat que Thierry Lévy : «Pour se refaire en taule, c'est pas l'endroit rêvé. Alors on retombe toujours dans la même logique : internement égal arrêt de toute fonction vitale, le droit d'aimer, la responsabilisation, le travail, la réflexion et l'autonomie remplacés par la promiscuité, la laideur, le laisser-aller et la rancune. Tout le contraire du chemin à entreprendre.» Et il continue ses tournées. Entre concerts de rock et discussions autour du livre. Le 31 mars aux prisons de Rochefort et de Saint-Martin-de-Ré, le 4 avril à celle d'Angoulême, le 6 au centre de Mauzac...

LE FORUM Nouvel Obs du 19 avril 2005
 

Question : par rapport aux pays scandinave et au canada la france est mal placé dans la détention provisoire mais par rapport à l’ocde c’est différent non??
Réponse : Non seulement on est mal placés par rapport aux pays scandinaves et au Canada, mais en plus nous sommes les derniers de la classe dans la communauté européenne au niveau du carcéral.
J’aimerais savoir pourquoi c’est le cas, alors qu’entre la Belgique et la France il n’existe pas une telle différence de culture qui puisse justifier notre retard.

Question : bonjour si ces gens c’etaient tenus tranquille ils ne seraient pas en prison alors pourquoi s’occupper d’eux merci
Réponse : Penser que les prisonniers sont des Martiens, c’est la première erreur à ne pas commettre. Le passage à l’acte est quelque chose de très difficile à apprécier, et on a pas d’un côté des murs une faune de criminels, et de l’autre un pays d’anges.
La prison est la réponse de la société par rapport aux crimes et délits. Rien dans notre constitution, hormis l’enfermement, ne dicte une répression autre.
Donc supprimer aux prisonniers tout accès à la culture, à une vie intellectuelle, ou activités sportives, ne rime à rien, qu’aller vers le pire et le ressentiment.


Question : BONJOUR, que faire pour améliorer vite et bien à peu de frais pour améliorer les conditions pénitentiaires ?
Réponse : "Vite" et "bien à peu de frais" sont des termes incompatibles avec ce qu’il faut entreprendre. C’est justement par un manque de budgetisation et de volonté politique sur la longue durée que nos prisons se retrouvent dans cet état lamentable. Il faut donc penser la prison comme on peut réfléchir aux axes prioritaires de notre société, la santé, l’éducation, l’école etc... et non pas se contenter du très court terme ou du moyen terme.

Question : bonjour vous ne voudriez quand meme pas que les gens qui sont en prison soit traites comme dans un 5 etoiles ils n’avaient qu’a respecter les lois de la republique merci
Réponse : Ca fait partie des fantasmes véhiculés par le Front national et les cafés du commerce: les cinq étoiles, le golf et les putes, sans oublier le champagne. Simplement, je ne vous souhaite pas de vous retrouver un jour en détention, le voyage risque d’être sérieusement déplanant.
question de : libre

Question : Bonjor, 1 question sous forme de remarque : si on aime pas la prison : on n’a qu’à pas y aller !!
Si il n’y avait pas de racaille il n’y aurait pas de prison.
La france c’est le club med des systèmes pénitenciaires, personne n’effectue sa peine et bcp ne font qu’y retourner, preuve que l’accueil n’est pas si terrible que ça.
Qu’en pensez vous ?

Réponse : La même chose que pour votre collègue du dessus.
Le terme de "racaille" que vous employez renvoie évidemment à Nicolas... Quant au Club Med, encore une fois, en prison, pas question de seins nus ni d’ambre solaire. Et si il suffisait de ne pas aimer quelque chose pour en être protégé, ça serait le retour assuré d’Adam et Eve avant l’épisode du serpent.

Question : Depuis la parution de votre livre Rock’n taules, comment êtes-vous accueilli en prison ?
Réponse : Tricard dans deux ou trois établissements, et accueilli normalement dans tous les autres, pour en particulier des rencontres et des espaces de discussion autour de ce livre.
Les portes fermées révèlent des susceptibilités froissées, mais aucune entorse à la vérité. Je n’ai voulu aucune virgule mensongère dans cet ouvrage. Pour le reste, Rock’n Taules fait débat, et libère la parole dans beaucoup d’établissements.
En ce qui concerne les prisonniers, ils se reconnaissent tout à fait dans ce livre, et sans compromissions ni démagogie, tout comme d’ailleurs une bonne partie des surveillants et des éducateurs.
Pas de changement notable dans mes relations avec les détenus, la musique ayant depuis longtemps un pont de confiance entre nous.

Question : Il n’y a qu’une solution acceptable : le travail d’intérêt général. Voilà la solution qui peut être accepté par la population. Sinon, si l’on traite plus humainement les prisonniers que les travailleurs, c’est donner une prime à la criminalité et à la délinquance et prendre les gens honnêtes pour des cons-tribuables.
Eux aussi souffrent dans leur vie quotidienne, il ne faut pas l’oublier. Trop de démagogie tue le civisme. Du travail d’intérêt général pour les prisonniers.

Réponse : On est à la frontière entre le politiquement correct et le fantasme. Encore une fois, l’enfermement, d’après les lois françaises, est la seule peine requise en réponse aux crimes et délits. Rien ne permet de priver les détenus des fonctions vitales qui justifient la condition d’homme: le travail, l’accès à la santé, les activités intellectuelles et sportives et la sexualité.
Pour ce qui est du travail d’interêt général, être dans le politiquement correct, c’est écarter la possibilité d’une réinsertion par le travail en refusant cette alternative. Mais on glisse vite dans le fantasme: le bagne, casser des cailloux, avilir les détenus par des travaux pharaoniques.
Le challenge n’est pas de traiter humainement ou pas les prisonniers, mais de trouver des solutions qui protègent à longue échéance la société, tout en respectant les individus incarcérés.
Encore une fois, en prison, les possibilités d’accès au travail n’ont rien à voir avec le Club Med, ni le marché du travail tel qu’il s’effectue à l’extérieur.
Le problème, c’est que les Travaux d’interêt général nécessitent des moyens financiers, du personnel et de surveillance et de formation, et que notre société fait une économie à court terme en se contentant d’un enfermement souvent contraire à la dignité humaine.

Question : Bonjour,
Concernant les petits delits il est vrai que la condition penitenciaire est à revoir mais je ne vais pas plaindre les violeurs, les pedophiles, les meutriers etc ... qui devraient vivre à 25 dans une cellule de 1m² sans fenetreet sans toilettes. Clairement je ne vais pas plaindre ce genre de personne

Réponse : La frontière que vous mettez entre les petits délits et les criminels est très difficile à apprécier, elle est en tout cas relative. D’après votre barême, vous destinez les violeurs à l’enfer et les mettez dans le même paquet que les meurtriers... Que faire du citoyen lambda qui en sortant du café écrase un gosse ? Que faire de la personne sans aucun passé judiciaire qui dans une bagarre donne des coups entrainant la mort de son adversaire ? Chacun a son échelle de valeurs: pour certains, on ne touche pas aux personnes agées, pour d’autres, les enfants, d’autres encore l’argent ou les biens des personnes. Laissez faire le code pénal et la justice qui sont là pour faire appliquer des sanctions en proportion avec les jugements rendus.
Le coup de la cellule d’un mètre carré, c’est du peplum, et du sadisme bon marché. Je n’ai rien à répondre à cela.

Question : C’est quoi vos références en rock ? Et les disques que vous avez aimés récemment ?
Réponse : Toutes les musiques de tripes et d’âmes. Ca va d’Hendrix à la musique tzigane, en passant par Charlie Haden ou Arno. Le dernier disque qui m’a bousculé: Nguyen Lê dans son hommage à Hendrix.

Question : Un mot de soutien à bertrand Cantat ?
Réponse : J’ai refusé dans mon livre de parler des peoples et de nommer les noms des prisonniers célèbres que j’ai pu rencontrer, parce que là on est dans le voyeurisme et le spectaculaire. J’ai joué plusieurs fois à Muret, avant que Cantat y soit incarcéré. La seule chose que je peux lui souhaiter, c’est ce que je souhaite à chacun des détenus rencontrés: avoir de la chance, de la patience, et retrouver l’harmonie.

Question : Vous êtes-vous fait des amis parmi les prisonniers que vous avez rencontrés ?
Réponse : Les moments les plus chaleureux de mon voyage musical derrière les barreaux se passent à l’occasion de mes concerts en milieu ouvert (festivals, discothèques, centres culturels etc...), quand des détenus libérés viennent me voir après le concert pour simplement échanger quelques mots, et me témoigner leur amitié et leur fierté d’être dehors. Quand ils viennent aussi me témoigner de leur fidélité et de leur reconnaissance après m’avoir vu et entendu plusieurs années auparavant dans les prisons dans lesquelles ils étaient incarcérés.

Question : Salut Pierrot ! Faut plutôt du rap ou plutôt du rock pour épater le public en prison ?
Réponse : Epater le public en prison, c’est se tromper de film, et se croire chez Ardisson. Ni la démagogie, ni l’esbroufe, ni le mensonge ne permettent de convaincre ni de séduire en taule. C’est là où est le challenge. Globalement, on retrouve souvent deux publics en prison: celui des banlieues ou les adorateurs de Johnny. Comme je ne participe à aucun de ces deux courants, si je ne suis pas convaincant et en harmonie avec ma propre histoire musicale, à aucun moment je ne peux espérer rentrer en contact sincère avec les détenus.

Question : Peut-on envisager d’avoir Florent Pagny en première partie de Pierre Hanot ?
Réponse : Je m’y refuse catégoriquement, et c’est pas faute qu’il ait essayé !

Question : Est-ce q’un pasage est prévu bientôt à Bois d’Arcy ou Poissy ? Merci !
Réponse : Non, pas pour l’instant. Poissy, j’y étais il y a six mois. Bois d’Arcy, j’y ai déjà joué trois fois. Ma prochaine destination pour les concerts en prison: maison d’arrêt de Bezier en mai.

Question : Super votre site internet ! C’est du fait maison ?
Réponse : J’ai pensé le concept, l’architecture et les couleurs, et pour tout ce qui est animations et techniques flashs, je travaille avec un jeune graphiste qui s’appelle Julien Wéber qui est hyper doué.

Question : Comment se passent, concrètement, vos prestations dans les prisons ?
Réponse : On partage la merde, la saleté, les conditions phoniques désastreuses, l’urgence. Salles de classes, chapelles, gymnases, cours de promenade, parfois couloirs de détention, ca permet de rester humble.
Pour ce qui est des autorisations administratives, c’est au coup par coup avec chaque établissement. Aucune aide d’aucun ministère (culture ou justice), ce qui ne facilite rien mais permet de garder sa liberté.

Question : Avez-vous peur lorsque vous jouez en prison ? Si non, pourquoi ?
Réponse : La peur, c’est l’objet de tout un chapitre de mon livre. Sujet trop complexe pour le résumer en quelques phrases, disons simplement que la passion permet de surmonter des évènements parfois limite. En taule, j’ai pas de garde du corps parce que pas de corps à garder, juste de la musique, des mots et de l’émotion à partager. En général, ça se passe pas trop mal.

Question : Où cherchez vous la motivation pour faire vos concerts en prison ?
Réponse : C’est la question rédhibitoire, pourquoi je joue en taule. Là aussi, c’est tout le sujet du livre qui n’est pas seulement un ouvrage sur la prison mais la description d’un voyage initiatique humain et musical. Plusieurs raisons motivent ce voyage: le hasard, la nécessité, le rôle qu’un artiste se doit de tenir dans notre société et d’autres choses plus compliquées comme la confrontation avec un monde à part mais en même temps terriblement proche de nous. J’ai toujours aimé les frontières et la confrontation de vérités différentes, et question paradoxes en taule, on est servi.

Question : Avez-vous déjà séjourné en prison, si ce n’est pas indiscret ? Est-ce qu’un ami proche, ou un membre de votre famille a déjà séjourné en prison ?
Réponse : Là aussi, la question galère ! Elle ne nécessite pas de réponse, parce qu’elle soustend l’anecdote et le spectaculaire. Beaucoup d’artistes, en particulier dans le rap américain, se créent une bio et une mythologie faite de violence et de séjours en cabane. Tomber en prison n’est pas à mon sens la plus grande preuve de courage et de virilité, le passage à l’acte n’engendre pas forcément une aptitude à la poésie ni à la musique. Le métier de braqueur n’a rien à voir avec celui de guitariste. De là à dire que je me suis toujours tenu dans les clous de la respectabilité, c’est peut être aller un peu loin...

Question : Que vous inspire l’état actuel des prisons françaises, d’après ce que vous avez pu constater ?
Réponse : Avez-vous une semaine devant vous pour qu’on en parle ?... Juste quelques tendances: remplacement des vieilles taules qui puent par des établissements propres mais parfaitement inhumains, retard énorme par rapport aux autres pays de la communauté européenne, désaffection manifeste au delà du spectaculaire par les politiques et la plupart des médias, suppression des crédits permettant aux détenus d’avoir accès à des interventions culturelles exterieures. Big brother est à notre porte, surpopulation carcérale et glissement vers la tolérance zéro, on est pas dans la merde.

Question : Est-ce que votre livre se vend bien ?
Réponse : Ce livre est sorti chez un petit éditeur courageux et militant (éditions Le bord de l’eau) qui bénéficie d’une distribution nationale. La presse nationale et régionale ainsi que France Inter l’ont accueilli avec beaucoup d’appétit. Ce qui a permi de l’installer durablement chez les libraires, si bien qu’en quelques mois, on en est à sa deuxième réédition. On est pas encore chez Harry Potter, mais c’est pas le but du voyage.

Question : Que pensez-vous du coup de projecteur offert par le NouvelObs et son site internet sur les prisons en France ?
Réponse : A ma connaissance, le seul média concerné durablement par la condition carcérale. Un effort indispensable dont beaucoup pourraient s’inspirer.

Question : De quoi on le plus besoin les prisonniers ?
Réponse : D’un rapport humain, c’est l’évidence, un rapport qui passe par autre chose que le ressentiment, la violence et le mépris. A chaque fois, par mes concerts ou les rencontres autour de mon livre, j’ai pu constater que l’échange de sentiments positifs était ressenti par tous comme une remise de peine et qu’on allait dans l’apaisement. Les seuls établissements qui ne fonctionnent pas trop mal sont des petites unités où on peut trouver à qui parler, même si parfois c’est dans la confrontation et les conflits.

Question : Lorsque vous jouez en prison, vous sentez vous plus l’âme d’un rocker ou d’un prisonnier ?
Réponse : Ni Julien Clerc ni Johnny Cash. Pas l’âme d’un prisonnier non plus. Je suis juste un musicien, quelqu’un qui écrit des mots et chante, pourquoi se coller une étiquette ?

Question : Imaginons, demain, vous mourrez. Image peu réconfortante certes, mais quelle image souhaiteriez-vous laisser de vous ? Que voudriez-vous que votre nom évoque ?
Réponse : Pour épitaphe sur ma tombe: "J’ai bien cru qu’il allait pleuvoir" ou "Merde il faut déjà partir"... La vie est si compliquée qu’elle occupe toutes mes réflexions, pour la mort on verra plus tard.

Question : Avez-vous été aidé pour écrire votre livre ?
Réponse : Malheureusement, pas de secrétaire ni de collagène, tout à la main, à l’ancienne.

Question : Vous comprenez ceux qui en viennent à se suicider en prison ?
Réponse : J’ai une théorie dans le livre qui parle de "suicide souhaitable". Comme on a supprimé la peine de mort, c’est parfois confortable de permettre à des détenus de se flinguer eux-même.

Question : Avez-vous déjà joué dans chacune des prisons françaises ? Dans lesquelles n’avez vous pas encore pu ? Y’en a t’il où vous aimeriez jouer ?
Réponse : Plus de 180 concerts dans la plupart des maisons d’arrêt, centres de détention et centrales, pour hommes et pour femmes. Il reste quelques établissements qui résistent toujours et encore à l’envahisseur, en particulier en région parisienne, prisons qui accueillent plus volontiers les stars du showbiz, parce que c’est pas trop loin de chez eux.

Question : Connaissez-vous les prisons à l’étranger, pays francophones ou non ?
Réponse : Je m’interesse à la politique carcérale dans les autres pays européens, et sur le continent américain, mais n’ai jamais joué dans des prisons autres que françaises. Hormis les Etats-Unis qui sont vraiment un pays à part où se cotoient le meilleur et le pire, on est vraiment à la traine d’après mes différents interlocuteurs.

Question : Le marketing fait appel aux sciences humaines pour mieux réussir ses objectifs; le système pénitentiaire en se refusant l’analyse humaine,culturelle ,religieuse et sociologique se condamne à l’échec sous le fallacieux prétexte du racisme qui lui interdit des approches vers la compréhension des délits .Qu’en pensez-vous ?
Réponse : Là aussi je réserve le forum pendant trois semaines et squatte l’écran pour espérer répondre à ta question qui nécessite plusieurs traités de philosophie.

Question : Bonjour, Pourquoi les "pointeurs" sont la catégorie la plus détestée en prison, alors que les détenus les plus forts violent les plus faibles sans aucun remords moral ni sanction de la part de l’administration, qui ferme les yeux par souci de gestion tranquille ?
Réponse : On aborde, par votre question, un sujet délicat, la conjonction de la violence et de la sexualité en prison. J’en parle aussi dans mon livre en expliquant que cette mythologie consistant en prison à violer celui qui a violé conforte toutes les lâchetés et tous les machismes. Comme le monde de l’exterieur se dédouane de sa peur du passage à l’acte et de ses pulsions inavouées en considérant les détenus comme des Martiens, certains prisonniers justifient leur violence à l’égard des "pointeurs" au nom d’une pseudo morale spécifique au monde carcéral.

Question : avez-vous joué dans des établissements pénitentiaires qui vous ont semblé proches de ce que le carcéral devrait être ou bien sont-ils tous pareils
Réponse : Oui, quelques rares prisons à effectifs réduits (de 50 à 100 détenus) permettant des relations humaines mais paradoxalement dépourvues, de par leur taille réduite, de tout moyen financier autorisant le développement d’activités culturelles ou sportives, ce qui limite forcément mon enthousiasme.

Question : Quels prisonniers célèbres avez-vous rencontré lors de vos concerts en prison ?
Réponse : No comments.

Question : Rock’n taules illustre un image de la prison... Votre style est essentiel. Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis la parution de votre superbe livre ?
Réponse : Pour parler du style, je l’ai voulu proche de la réalité, c’est pourquoi mes mots sentent sans doute souvent les larmes et la sueur. Bien qu’à aucun moment je n’ai voulu faire de la littérature sur le dos des taulards.
Ce qui a changé ? C’est que la vie continue.

Question : Est-ce que tu es copain avec le curé Guy Gilbert ? Vous devriez faire un spectacle tous les deux...
Réponse : Dans le rôle de Laurel et Hardy ? Je déteste l’étiquette "curé des loubards" presque autant que "chanteur des taulards".

Question : vous êtes-vous fait des amis parmi les travailleurs sociaux ou gardien ou autre personnel des prisons
Réponse : Oui, avec un ou deux éducateurs. Globalement, on rencontre et chez les taulards et chez les éducateurs et chez les surveillants la même proportion de gens extraordinaires et de salopards que dans le monde libre. Je raconte en particulier dans mon livre comment un gardien chef de la prison d’Evreux m’a tenu des propos anti-FN complètement bluffants, et que depuis ce jour là, je réfléchis avant d’employer à tort et à travers le mot maton.

Question : c’est vrai super le site et super le bouquin, à quand le prochain ?
Réponse : Je viens de terminer un premier roman qui s’appelera "Les hommes sont des icebergs" et qui va sortir en septembre-octobre. Un bouquin sur l’alcool, action directe chez les poivrots, un roman noir qui je pense va secouer.

Question : Comment avez-vous trouver une maison d’édition pour ce type d’ouvrage ?
Réponse : Le parcours du combattant : refus des maisons d’éditions qui avaient déjà publié des ouvrages sur la prison parce que peur de se faire cataloguer, refus des maisons n’ayant jamais abordé la taule dans leurs publications parce que peur de ne pas trouver son public...
C’est par mon site qu’une fille de Québec m’a branché sur Bordeaux et les éditions Le bord de l’eau. Quand Internet sert à ça, ça guérit de Bill Gates.

Question : Comment une société dite civilisée peut-elle tolérer les conditions de détentions connues en France ? N’est-ce pas aussi parceque l’idée de réinsertion est de manière non-dite abandonnée par les politiques ?
Réponse : Oui, on fait du calcul à court terme et des économies dans l’immédiat, mais c’est comme ne pas vouloir dépenser de l’argent dans l’assurance de son auto. L’accident coûte toujours plus cher que sa prévention, et d’un point de vue pragmatique, permettre l’incarcération des détenus dans de telles conditions inhumaines ne les pousse qu’à se penser uniques victimes et à vouloir s’en venger, ce qui évidemment augmente sérieusement l’addition à l’arrivée.

Question : comment faire comprendre aux gens que les prisonniers ce peut être eux, leurs enfants, leurs amis ? Personne n’est exempt.
Réponse : En tout cas pas en leur souhaitant de se retrouver dans cette situation, elle est détestable, même pour le pire de mes ennemis.

Question : T’a raison l’ami : retablissons la peine de mort pour abreger les souffrances des innocentes victimes qui remplissent les prisons... RDV en 2007.
Réponse : Tes amalgames et tes schématisations, ainsi que la vulgarité de ton humour prouvent l’étroitesse de ton cortex. Tu mets sans doute ta "pensée" au service du petit Nicolas ou du gros Jean-Marie. Bon courage, ton chemin vers l’intelligence est pavé de mes mauvaises intentions.
 
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 En librairie


EEn librairie le 2 octobre 2006 le premier roman de Pierre HANOT
Les Hommes sont des icebergs