EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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FRAENKEL Boris

Profession : révolutionnaire
 
Collection « Clair & Net »
dirigée par Antoine SPIRE
 
ISBN 2-911803-90-6
Format 14 x 22
200 pages
Date de parution : mars 2004
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Prix :
18 Euros TTC
Port et emballage compris en CEE
   
 
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«Anonyme jusqu’en 1995», Boris Fraenkel apparaît dans l’actualité lorsqu’il fut question du passé trotskiste de Lionel Jospin. Dans ce livre Fraenkel apporte la preuve de l’engagement trotskiste de l’ancien Premier ministre au cours des années 60.
«Qu’un jeune Juif de Dantzig, né peu après la Grande guerre, rejette la religion, devienne sioniste, puis marxiste a été un itinéraire assez partagé. Qu’il ait choisi de renoncer à toute activité lucrative pour se consacrer à la révolution et qu’il ait maintenu cette ligne de conduite toute sa vie en en payant le prix, l’est déjà moins. Je dois à Boris Fraenkel d’être entrée dans le monde d’avant la catastrophe, dans le Dantzig de l’entre-deux guerres, comme aucun livre n’aurait pu m’y faire entrer, même si, plus d’une fois, je lui reprochais de ne pas en dire assez. L’itinéraire personnel et la trajectoire politique de Boris Fraenkel s’inscrivent de façon presque exemplaire dans l’histoire du “court vingtième siècle” circonscrit par Hobsbawm.»
Sonia COMBE, historienne

 
«Né à Dantzig en 1921, Boris Fraenkel traverse en révolutionnaire ‘‘le siècle de la barbarie’’, en coulisses le plus souvent et parfois sur le devant de la scène comme, par exemple, le 22 mars 1967 à Nanterre où il anime, au sein de l’université, une conférence intitulée ‘‘Jeunesse et sexualité’’ qui annonce par son succès les événements de mai 68.»
 
 Cliché : Dominique-Emmanuel Blanchard

«Intellectuel sans œuvre», Fraenkel a passé sa vie à lire, à traduire, à vulgariser les thèses d’auteurs tels que Reich, Marcuse, Lukàcs, Trotsky, bien sûr, dont il traduisit Nos Tâches politiques. Il rencontre le philosophe Herbert Marcuse avec lequel il entretint longtemps une conversation intellectuelle empreinte de respect réciproque.
Animateur de la revue Partisans éditée par François Maspero, il fonda l’OCI lors d’une énième scission trotskiste et en fut chassé dans le plus pur style «stalinien» par Pierre Boussel alias Lambert et ses affidés de l’époque. Boris Fraenkel croisa au cours des années 60 et 70 nombre de personnalités devenues publiques : des hommes politiques comme Alain Krivine, universitaires comme Brohm ou Vigarello, journalistes, etc. La plupart lui reste, aujourd’hui encore, intellectuellement fidèle.
L’itinéraire personnel et la trajectoire politique de Boris Fraenkel s’inscrivent de façon presque exemplaire dans l’histoire du 20e siècle. Il permet de comprendre ce siècle d’espoir qui tourna à la tragédie, sans sombrer dans les équations simplistes.

DANS LA PRESSE

juin 2004
> Idées
> Intellectuels
> Marxisme
Boris Fraenkel - Profession : révolutionnaire
Il s’agit des mémoires d’un militant et passeur d’idées charismatique de la gauche cosmopolite, rédigées avec l’aide de l’historienne et archiviste Sonia Combes. Juif de culture allemande né à Dantzig en 1921, militant sioniste de gauche pendant les premières années du IIIe Reich, Boris Fraenkel découvre le trotskisme en Suisse, où il est interné dans un camp de réfugiés – il y fera connaissance avec Manès Sperber et Lucien Goldmann – avant d’être expulsé après la guerre vers la France pour ses activités politiques « subversives ».
Marxiste hétérodoxe et pédagogue doué, Boris Fraenkel jouera, au début des années 1960, un rôle significatif dans la préparation de la culture de Mai 1968, en diffusant dans les milieux de la jeunesse radicalisée les idées de Wilhelm Reich et de Herbert Marcuse. C’est aussi à cette époque qu’il va introduire Lionel Jospin dans les arcanes du trotskisme. Après les événements de 1968, la police française tentera en vain de l’expulser en Allemagne, avant de l’assigner à résidence en Dordogne (il sera libéré grâce à une campagne de protestation lancée par François Maspero).
Michaël Löwy.

Paru dans Charlie Hebdo
N°623, Mercredi 26 mai 2004

Un piolet dans la mémoire
par Philippe Corcuff
Avec les trotskistes, on est d’abord confronté à la pente conspirationniste des médias : “Ils sont partout”…Il y a quelque chose de proche de l’antisémitisme dans les fantasmes récurrents de “complot trotskiste”. Pas étonnant, car souvent le trotskisme a été en France et ailleurs une histoire juive. Trois récits autobiographiques nous le rappellent : Profession : révolutionnaire de Boris Fraenkel, Une lente impatience de Daniel Bensaïd et La dernière génération d’Octobre de Benjamin Stora. Bensaïd est encore militant à la Ligue Communiste Révolutionnaire. Fraenkel a été exclu en 1966 de l’Organisation Communiste Internationaliste (branche dite “lambertiste” du trotskisme, devenu Parti Communiste internationaliste, puis Parti des Travailleurs), après avoir été le tuteur politique de Lionel Jospin. L’“acte d’accusation” de son exclusion précise : “De même que Garaudy est devenu l’agent du pape, Boris Fraenkel est le doigt du pape dans la culotte du prolétariat international”
(sic). Benjamin Stora quittera le même PCI en 1986.
Fraenkel est né en 1921 à Dantzig. Ses parents étaient des Juifs venant de Russie. Il militera en pleine montée du nazisme dans un mouvement de jeunesse sioniste. Seul Juif de sa classe, il découvre un beau matin en arrivant dans son lycée qu’un banc lui est dorénavant réservé à l’écart des autres élèves. En 1938, il se retrouve en France, puis devient trotskiste en 1943, alors réfugié en Suisse. Le père de Bensaïd est un Juif de Mascara. Tenant un café ouvrier à la sortie de Toulouse, il sera raflé par la Gestapo en 1943. Grâce à l’obstination de sa femme, qui obtient un “certificat de non-appartenance à la race juive”, via l’intervention d’un évêque, il restera en sursis à Drancy jusqu’à la Libération, contrairement à ses deux frères expédiés dans les camps de la mort. L’étoile jaune restera toujours à portée de main dans le café toulousain face à la moindre velléité antisémite. En 1962, Daniel rejoint les Jeunesses Communistes au lycée et participe en 1966 à la naissance de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire dissidente. Stora est né en 1950 dans le quartier juif de Constantine. Il débarque à Sartrouville en 1962. Il adhère à l’Alliance des Jeunes pour Ie Socialisme (branche “jeune” de l’OCI) en octobre 1968. Aujourd’hui, une fable (parfois associée à une autre idée reçue conservatrice selon laquelle “les extrêmes se rejoignent” !) se répand : “l’extrême-gauche” serait antisémite car critique à l’égard d’Israël. Parfois l’inculture politique nourrit l’aplomb.
Le trotskisme est aussi une histoire anti-stalinienne. Bensaïd rappelle qu’ “Ayant lu Victor Serge, Ante Ciliga, Trotski, David Rousset, nous n’avons pas découvert le goulag avec Soljenitsyne”. Stora évoque les affrontements physiques avec les staliniens du PCF. Mais le combat anti-stalinien a parfois conduit à des formes de mimétisme bureaucratique avec l’adversaire, comme le montrent les expériences lambertistes de Fraenkel et Stora. “Cette soumission aux chefs dans les organisations trotskistes, construites à l’origine en réaction à l’absence de démocratie des partis staliniens, n’a cessé de m’étonner”, note le premier. Le second s’interroge sur “l’épuisement du destin du communisme”, percevant son engagement passé “comme un mélange d’idéalisme et d’aveuglement, de romantisme et d’une inquiétante volonté de pureté, d’intelligence et de dogmatisme”. Bien qu’auto-ironique sur de juvéniles illusions lyriques ou sur une certaine fascination pour la violence armée,
Bensaïd a toutefois vécu dans une ambiance plus “libertaire” à la LCR.
Que dire de ces traversées trotskistes d’un siècle empli de tragédies ? “Il convient de tout revoir, de tout repenser”, termine Fraenkel. Stora se révèle “sans illusions, ni reniements”. Bensaïd voudrait transmettre le témoin à de nouvelles générations, afin que la résistance aux oppressions ne se perde pas, que l’urgence de changer radicalement la société persiste dans l’apprentissage paradoxal de la patience. Depuis 1990, la maladie est là et la mort rôde (son avant-dernier chapitre est brutalement et magnifiquement intitulé “Fin et suite”), et pourtant il continue à militer et à écrire : “une lente impatience”…Dans les combats renouvelés du XXIe siècle, le corpus théorique du trotskisme n’aura vraisemblablement qu’un rôle annexe, mais l’éthique chevillée au corps des Fraenkel, Bensaïd et Stora demeurera précieuse. “Rester fidèle à ce qu’on fut, tout reprendre par le début, chacune des deux tâches est immense”, écrivait Maurice Merleau-Ponty.

LE TEMPS, Samedi 15 mai 2004
 
Trotskiste, et alors?
 
Fraenkel, qui a révélé le passé militant de Jospin, raconte ses démêlés avec la Suisse.
par Isabelle Paccaud
 
 
Boris Fraenkel apparaît dans l'actualité en 1997, alors que la campagne présidentielle française bat son plein, en révélant le passé trotskiste de Lionel Jospin. «On m'a souvent demandé pour quelles raisons j'avais tenu à faire connaître ce passé-là de Jospin. Tout simplement parce que j'estime que le trotskisme n'est pas une maladie honteuse», écrit-il dans son autobiographie. Mais l'intérêt de son livre dépasse cette polémique à plus d'un titre. Ses parents russes, d'origine juive, sont contraints à l'exil après la révolution bolchevique en raison de leur appartenance à la minorité menchevik. Boris Fraenkel voit le jour en 1921 à Dantzig et ne connaît pas son père, qui meurt peu avant sa naissance. Arrivé en France en 1938, il entreprend des études de chimie et rejoint en 1940 sa mère à Grenoble, où il manque d'être raflé par la Gestapo.
Il passe alors en Suisse et est interné dans le camp de Girenbal à Zurich. Malgré des conditions très difficiles, il parvient à suivre des cours d'économie politique. C'est dans notre pays qu'il milite pour la première fois dans la cellule clandestine d'un parti trotskiste, conjointement avec Jost von Steiger dont l'oncle n'est autre que... le conseiller fédéral Edouard von Steiger, alors chef du département de Justice et Police! Selon Fraenkel, «ce ministre s'était déjà illustré par son attachement aux liens de sang en faisant mettre en taule son neveu (qui avait eu la polio) à l'issue d'une grève et en l'y laissant croupir aussi longtemps que possible».
Expulsé de Suisse en 1949 pour avoir participé à une conférence sur le marxisme et le judaïsme, Fraenkel est assigné à Grenoble par la police française. Il en garde un souvenir pour le moins amer: «Les Français, je crois, étaient obligés de me reprendre puisque à l'origine je venais de France. C'est une hypothèse. La seule chose dont je sois sûr, c'est que ces ordures de Suisses m'ont fait accompagner d'une note où j'étais signalé comme dangereux stalinien. On me l'a dit à la DST à Mulhouse où l'on comprenait que je n'étais pas un communiste, mais un malheureux trotskiste: les flics ont ri en traitant la Suisse d'«Etat policier». Dit par des flics du contre-espionnage, c'était savoureux.»
Il rejoint en 1958 le groupe de Pierre Boussel, alias Lambert, mais il en sera exclu en 1966 pour avoir publié des textes de Wilhelm Reich sans en avoir obtenu les droits, une rupture dont il dit ne s'être jamais remis. Fraenkel a consacré une grande partie de sa vie à la publication en France de textes de célèbres auteurs marxistes (Reich, mais aussi Marcuse et Lukacs): des écrits qu'il ne s'est pas contenté de traduire mais dont il s'est fait le porte-voix.
 

Libération : jeudi 17 juin 2004
 
Autobiographie de Boris Fraenkel, qui a consacré sa vie aux idées révolutionnaires.
 
Un militant du XXe siècle
par Véronique Soulé

Célèbre pour avoir révélé le passé lambertiste de Lionel Jospin. Boris Fraenkel est une espèce en voie de disparition. Juif allemand né en 1921 à Dantzig (aujourd'hui Gdansk), passé par le sionisme de gauche avant de venir au trotskisme, il consacra sa vie à lutter pour des idées révolutionnaires. Convaincu que ce combat n'a plus de sens - «il convient de tout revoir; tout repenser» -, il a cessé de militer et vit quasi reclus dans sa petite maison de Montreuil, au milieu de tas de livres et de journaux qu'il n'arrive pas à jeter. Mais il reste l'un des grands témoins de ce XXe siècle où se côtoyèrent les pires barbaries et les plus folles utopies.
Intellectel cultivé, dévoreur de livres mais aussi amateur d'opéra et de peinture, Fraenkel est un personnage trop narcissique pour être attachant. Mais, au-delà des vantardises qui l'émaillent - comme affirner qu'il se « consdère, toutes proportions gardées, comme le père de Mai 1968» pour avoir animé en février 1967 à la faculté de Nanterre une conférence intitulée « Jeunesse et sexualité » qui eut un fort retentissement -, son livre-témoignage mérite d'être lu. Il nous ramène à des temps pas si lointains où l'on croyait changer le monde avec des mots, où les meilleurs amis devenaient les pires ennemis en raison de divergenœs sur « la ligne ».
L'été 1966, Fraenkel lui-même fut exclu de l'OCI (Organisation communiste internationaliste), le groupe trotskiste fondé par Pierre Lambert. Il est accusé d'avoir fait publier la Lutte sexuelle des jeunes de WllhemReich parFrançois Maspero, et d'avoir traduit Marcuse et Lukacs. Lors de son « procès », le réquisitoire est un sommet d'imbécillité sectaire : « De même que Garaudy est devenu l'agent du pape, lit-on, Fraenkel est le doigt du pape dans la culotte du prolétariat international. » Tous alors l'abandonnent, dont Jospin, ce militant clandestin qu'il a lui-même formé, « un bon gar çon quoiqu'un peu trop rigide ». En 1997, Fraenkel sera de ceux à qui, en voyage à Orvieto, Jospin enverra une carte postale de Judas après avoir visité la chapelle de Signorelli.
VÉRONIQUE SOULÉ
 

 
16/03/2004 - "Profession: révolutionnaire" de Boris Fraenkel, initiateur de Jospin au trotskisme


L'ouvrage, qui sera publié à l'occasion du salon du Livre qui s'ouvre vendredi à Paris, retrace l'itinéraire singulier de cet intellectuel juif, né à Dantzig en 1921, de parents d'abord déportés en Sibérie avant de fuir la jeune Russie soviétique.

Arrivé en France en 1938, Boris Fraenkel échappe aux persécutions nazies en s'échappant en Suisse où il est interné comme "réfugié".

Il s'engage plus tard chez les trotskistes et rejoint en 1958 le groupe de Pierre Boussel, alias Lambert. Il en sera exclu en 1966 au cours d'un procès où on lui reprochera d'avoir publié un texte de Wilhelm Reich intitulé "La lutte sexuelle des jeunes".

Il raconte comment au début des années 1960 il "s'est occupé" de Lionel Jospin, le futur Premier ministre socialiste, dont il assura "le cours de formation préalable à l'entrée au Parti" communiste internationaliste.

"Il m'a plus tard terriblement déçu. (...) Quand j'ai rompu avec le groupe Lambert, il a disparu du jour au lendemain, se pliant immédiatement aux consignes; ensuite lorsqu'on a tenté de m'expulser de France et que j'ai été assigné à résidence, en juin 1968, il ne s'est pas manifesté".

"Qu'un jeune juif de Dantzig, né peu après la Grande guerre, rejette la religion, devienne sioniste, puis marxiste, a été un itinéraire assez partagé. Qu'il ait choisi de renoncer à toute activité lucrative pour se consacrer à la révolution et qu'il ait maintenu cette ligne de conduite toute sa vie en en payant le prix, l'est déjà moins", écrit dans une présentation l'historienne Sonia Combe, qui a recueilli et mis en forme le récit de Boris Fraenkel.
 

Boris Fraenkel invité
de nouvelobs.com
 
Boris Fraenkel invité de nouvelobs.com Boris Fraenkel, traducteur en France de Wilhelm Reich, Herbert Marcuse ou Gyorgy Lukacs, et qui révéla en 1997 l'engagement trotskiste du Premier ministre d'alors, Lionel Jospin, sera l'invité, mercredi 7 avril, de 15h00 à 16h30, des forums du Quotidien Perm@nent nouvelobs.com.
Son dernier ouvrage, "Profession: révolutionnaire" en librairie depuis le 17 mars, retrace l'itinéraire singulier de cet intellectuel juif, né à Dantzig en 1921, de parents d'abord déportés en Sibérie avant de fuir la jeune Russie soviétique.
Arrivé en France en 1938, Boris Fraenkel échappe aux persécutions nazies en se rendant en Suisse, où il est interné comme "réfugié".
Il s'engage plus tard chez les trotskistes et rejoint en 1958 le groupe de Pierre Boussel, alias Lambert. Il en sera exclu en 1966 au cours d'un procès où on lui reprochera d'avoir publié un texte de Wilhelm Reich intitulé "La lutte sexuelle des jeunes".
La "formation préalable" de Jospin
Dans "Profession: révolutionnaire", Boris Fraenkel raconte comment, au début des années 1960, il "s'est occupé" de Lionel Jospin, le futur Premier ministre socialiste, dont il assura "le cours de formation préalable à l'entrée au Parti communiste internationaliste".
"Il m'a plus tard terriblement déçu. (...) Quand j'ai rompu avec le groupe Lambert, il a disparu du jour au lendemain, se pliant immédiatement aux consignes; ensuite lorsqu'on a tenté de m'expulser de France et que j'ai été assigné à résidence, en juin 1968, il ne s'est pas manifesté".
"Qu'un jeune juif de Dantzig, né peu après la Grande guerre, rejette la religion, devienne sioniste, puis marxiste, a été un itinéraire assez partagé. Qu'il ait choisi de renoncer à toute activité lucrative pour se consacrer à la révolution et qu'il ait maintenu cette ligne de conduite toute sa vie en en payant le prix, l'est déjà moins", écrit dans une présentation l'historienne Sonia Combe, qui a recueilli et mis en forme le récit de Boris Fraenkel.
(Profession: révolutionnaire - éditions Le bord de l'eau - 200 p - 18 euros).
 

MORT DE BORIS FRAENKEL
 

 
Suicide de l'intellectuel Boris Fraenkel, l'homme qui a révélé le passé trotskiste de Lionel Jospin
LE MONDE | 01.05.06 | 18h16 • Mis à jour le 01.05.06 | 18h21


L'intellectuel et figure du trotskysme européen, Boris Fraenkel, s'est suicidé à l'âge de 85 ans en se jetant d'un pont sur la Seine à Paris dimanche 23 avril. La nouvelle n'a été révélée que lundi 1er mai par sa famille.
Né à Dantzig (actuelle Gdansk) en 1921, il est arrivé en 1938 en France, où il a introduit le philosophe américain Herbert Marcuse dont il a traduit (avec Jean Nény) "Eros et civilisation" en 1966, ainsi que le psychanalyste américain Wilhelm Reich. Il a également traduit des oeuvres de Lukacs et Trotski.
Animateur de la revue Partisans éditée par François Maspero, il fonda l'OCI (Organisation communiste internationale, trotskyste), ancêtre du Parti des travailleurs (PT) avec Pierre Boussel (alias Lambert) et dont il fut exclu à la fin des années 60.
Il avait révélé dès 1997 l'appartenance de Lionel Jospin pendant plusieurs années à l'OCI, ce que le dirigeant socialiste avait dans un premier temps démenti.
"On m'a souvent demandé pour quelles raisons, j'avais tenu à faire connaître ce passé-là de Jospin. Tout simplement parce que j'estime que le trotskysme n'est pas une maladie honteuse. Je crois bien que j'ignorais alors que Jospin cachait cette période de sa vie. Je supposais encore moins qu'il était resté si longtemps en contact avec Lambert, n'ayant plus eu le moindre rapport avec lui depuis 1966", expliquait Boris Fraenkel dans ses mémoires "Profession révolutionnaire" (Editions du bord de l'eau, 2004).
Ci-suit, le portrait de Boris Fraenkel publié par Le Monde (6 juin 2001) sous le titre "Boris Fraenkel, un militant trotskiste inclassable"
 
Boris Fraenkel, un militant trotskiste inclassable
 
Il a étiqueté sa vie de révolutionnaire par thème, sur des étagères, dans son pavillon-capharnaüm de Montreuil plein de livres et de poussière. Quatre-vingts années bien remplies, qui valent à Boris Fraenkel d'être lui-même bien classé, cote KV 905, sur les rayonnages de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) de Nanterre. Un film de cinquante-deux minutes, réalisé l'an passé, des bobines de rushes, et dix heures d'enregistrements audio... C'est que ce grand gaillard aux lunettes épaisses a traversé l'Europe, de Dantzig à la France. Fils d'un menchevik russe déporté en Sibérie, il a aussi parcouru le siècle et le mouvement trotskiste. Mais au passage, pour l'Histoire, l'homme a aussi raconté aux universitaires de Paris-X qu'il fut le "cornac" d'un jeune homme devenu premier ministre : Lionel Jospin.
Boris Fraenkel répète volontiers, avec le même accent allemand, l'aventure de sa vie. Elle commence, fragile, quelque part aux confins de l'Allemagne et de la Pologne, comme celle du Tambour de Günter Grass : "Il était dans le même lycée que moi, quelques classes en dessous", dit-il. Longtemps "seul juif de [sa] classe et finalement assez fier d'être loin des nazis." Le jour de sa bar-mitsvah, il envoie promener la synagogue et s'engage dans le mouvement de jeunesse de gauche Habonim.
Ses premiers rêves naissent là. A dix-sept ans, il part à Nancy commencer des études à l'Institut d'études agronomiques, dans l'idée de gagner ensuite la Palestine. Mais les quotas anglais ruinent son rêve sioniste. Il reste en Europe, échappe de justesse à une rafle à Grenoble, s'enfuit en Suisse, où on le place dans un camp d'internement "plein de juifs de gauche". Son "université", comme il dit : ses compagnons sont le romancier et philosophe Manes Sperber, le futur spécialiste de Racine, Lucien Goldmann, ou Aby Wieviorka, grand traducteur de yiddish à Paris. C'est là qu'il se tourne vers le trotskisme. Boris Fraenkel est d'abord un intellectuel, amoureux de musique et d'art religieux, jamais en retard d'une discussion - qu'il ne veut jamais terminer, aujourd'hui encore, sans faire admettre qu'il a raison. Parce qu'il faut quand même vivre, il collectionne quelques "petits boulots". A Paris, il devient le secrétaire du peintre Sonia Delaunay, puis animateur des Cemea (Centres d'éducation pédagogiques), où il rencontre des militants de l'Ecole émancipée, comme sa compagne, Denise Salomon. Favorable à "l'exercice libre de la sexualité", lui-même bisexuel déclaré, il découvre l'oeuvre de Wilhelm Reich et la fait connaître.
Jean-Marie Bröhm, aujourd'hui professeur de sociologie à l'université Montpellier-III, traduit avec lui La Lutte sexuelle des jeunes en 1966, ouvrage publié par François Maspero. Fraenkel se charge de le vulgariser : il distribue des tracts, réunit des conférences à Nanterre et rédige pour la revue Partisans un article qui fait son effet, "Sexualité et répression". Il décide de traduire en français Eros et civilisation, de son ami Herbert Marcuse. "Sans forfanterie, je suis un peu le père de mai 68", répète-t-il.
Au fond, Boris Fraenkel se serait bien contenté d'être ce trotskiste "désorganisé". Mais quand, en 1958, le général de Gaulle revenu au pouvoir s'attaque aux institutions, il se sent obligé de reprendre du service : "Dans mes schémas, j'étais convaincu que la France allait vers une dictature militaro-policière." Avec quelques amis, il fait un bref tour d'horizon du magasin trotskiste. Le "groupe Frank" est encore plus microscopique que celui de Pierre Lambert, qui compte alors 52 membres officiels. Avec sa compagne et deux élèves à l'Ecole normale d'éducation physique, il choisit le second. Pierre Lambert apprécie cet homme pédagogue au charisme indiscutable, ce drôle de Socrate qu'il trouve un peu "prussien" mais qui fait un malheur à l'Ensep. "C'était un mage", confirme son ancien élève, Jean-Marie Bröhm.
 
UN "GARÇON CHARMANT"
 
C'est quelques années plus tard que Fraenkel fait la connaissance de Lionel Jospin. Un jour, Robert Lacondemine, l'instituteur qui dirige la cellule de Dugny où se trouvent Boris et Denise, mais aussi Pierre Broué, le futur historien du trotskisme, revient d'un mariage en Bourgogne. "J'ai rencontré un jeune intello qui m'a l'air bien et qui rentre à l'ENA", explique-t-il à Fraenkel. Ce dernier se range vite au diagnostic de Lacondemine. "Je lui explique : "Je suis en train d'attraper quelqu'un de l'ENA". Je lui propose que cela reste caché : c'est normal quand on veut servir d'agent de renseignement au plus haut niveau de l'appareil d'Etat. Lorsque je recrute Jospin, seuls Lambert et moi le connaissons dans l'organisation. Je pense même que tant que j'ai été dans le circuit il n'a pas vu Lambert."
Denise Fraenkel-Salomon confirme : "J'ai l'impression que c'est Boris qui s'est occupé tout seul de Jospin." Cette infatigable militante, institutrice exclue du PCF, entraînée à l'OCI, se souvient de ce "garçon charmant" qui venait régulièrement dîner chez eux à Montreuil. "C'était un enfant de la maison", raconte-t-elle. "Il a même passé une nuit ici", ajoute Boris en montrant le petit lit de l'une des deux pièces du pavillon où il vit seul aujourd'hui. Fraenkel se rappelle aussi avoir acheté un pantalon rose en solde en compagnie de Lionel Jospin, "dans le magasin hommes du Printemps, près de la gare Saint-Lazare".
Boris Fraenkel se souvient aussi de la fin de la scolarité du jeune énarque, en 1965. "On a discuté sur ce qu'il devait faire. je lui ai dit pourquoi il devait choisir le Quai d'Orsay. Je me disais : "personne ne le soupçonnera"." M. Jospin entre aux affaires étrangères, où il est affecté à la direction des affaires économiques. De cette année-là, Boris Fraenkel a gardé une carte postale postée le 18 avril de Côte d'Ivoire. "Cher B., chère Denise, ne trouvez-vous pas que ce masque évoque les coqs portugais ?", écrit l'auteur derrière un masque africain.
Depuis, M. Jospin n'a plus jamais écrit à ses "chers B. et Denise". Il ne s'est plus manifesté, même lorsque Boris fut expulsé en Allemagne, le 9 juin 1968, puis assigné à résidence de longs mois par le pouvoir gaulliste à Vitrac et où, pour hâter sa sortie, Denise l'épousa, le 25 décembre 1969, avant de se séparer. "On a reçu des coups de téléphone de Sperber, de Vidal-Naquet, de la LCR, de Maspero, mais pas de lui, dit-elle, et c'est ça qui a fait mal à Boris." A peine si elle "regrette" de ne pas avoir écrit au ministre de l'éducation nationale Lionel Jospin lorsqu'elle travaillait au collège Jean-Baptiste- Poquelin, à Paris, où elle se battait pour ses élèves malentendants : "J'ai respecté cette idée - bête - qu'on ne confond pas la vie militante et la vie privée", dit-elle. Boris, lui, dit avoir envoyé une carte au domicile du nouveau premier secrétaire du PS, en 1981 : "Quelque chose comme : "Bravo, j'aurais fait la même chose"." Lui ne "lui pardonnera jamais" son silence, en 1966 puis en 1968 : "C'était un homme de qualité. Nous avions des rapports vraiment exceptionnels." Pour le reste... "C'est idiot de mentir. Le trotskisme, c'est quand même pas la syphilis. Il a tout refoulé. Pour lui, ça n'a pas eu lieu."
Le Monde, 6 juin 2001
 

Mort de Fraenkel, maître en trotskisme
Né à Gdansk en 1921, longtemps apatride, il cofonda l'OCI, dont il fut exclu, et forma Jospin.
par Eric AESCHIMANN
QUOTIDIEN : mardi 02 mai 2006
 
Un intellectuel sans oeuvre, un militant sans parti, un maître sans disciple. Boris Fraenkel était tout cela, avec ce que cela suppose d'enthousiasmes et de déceptions. Figure du trotskisme européen, il a traduit des oeuvres de Léon Trotski, Herbert Marcuse et Georg Lukacs. Il avait été exclu de l'OCI (Organisation communiste internationale) par Pierre Lambert. Il a aussi été, vers les années 1965-1966, le formateur en trotskisme d'un certain Lionel Jospin, alors tout jeune. Il s'est donné la mort le 23 avril à l'âge de 85 ans en se jetant dans la Seine depuis un pont, près de la gare de Lyon. Son corps a été retrouvé deux jours plus tard, au niveau du VIIIe arrondissement de Paris.
Longtemps, Boris Fraenkel n'a été connu que dans les cercles intellectuels. Il a fallu l'ascension politique de son ancien élève pour qu'il soit projeté sur le devant de la scène. En 2001, en obtenant de Fraenkel une carte postale que lui avait envoyée Lionel Jospin à l'époque, avec son écriture bien reconnaissable, le Monde avait apporté la preuve que le Premier ministre socialiste avait bien été un militant trotskiste. Un militant d'exception, même, dont son professeur était assez fier. «Nous nous entendions très bien, et, au fil des années, j'ai cru que nous étions devenus amis. Même si je continuais à le trouver trop rigide, ce Jospin-là était un bon garçon», a écrit Fraenkel un peu plus tard (1).
A l'approche de l'élection présidentielle de 2002, la révélation du passé de Jospin avait donné une illustration inattendue de l'influence trotskiste dans la gauche française.
Trotskiste, Boris Fraenkel était pour ainsi dire destiné à le devenir. Dans ses souvenirs, il rapportait le récit d'un meeting en Russie soviétique auquel assistait l'un de ses oncles, ancien soldat de l'Armée rouge. Trotski était présent et, mis en minorité par un vote à l'issue de la réunion, il aurait déclaré, selon le témoignage de l'oncle: «Tant pis, l'histoire me donnera raison plus tard.» Mais le premier engagement du jeune Boris fut d'abord le sionisme : né à Gdansk en 1921, dans une famille de Juifs ukrainiens mencheviks qui avaient fui la révolution, il milite dès l'adolescence chez les Habonim, le mouvement de jeunesse sioniste de gauche. En 1938, faute de pouvoir immigrer en Palestine, il est envoyé à Nancy pour étudier l'agronomie. C'est en France que la guerre et l'occupation nazie le trouvent. Pour fuir les rafles, il émigre en Suisse.
Commence alors une vie d'une grande richesse intellectuelle, au cours de laquelle il a croisé les plus grands noms de la vie intellectuelle de l'Europe de la seconde partie du XXe siècle. Secrétaire de Sonia Delaunay, animateur de la revue Partisans, éditée par François Maspero, Fraenkel a traduit et introduit en France les oeuvres du philosophe d'origine allemande Herbert Marcuse et du psychanalyste américain Wilhem Reich ­ deux tentatives de croiser Marx et Freud. En 1958, il est l'un des fondateurs de l'OCI, dont il est exclu en 1966 au terme d'un procès interne d'une rare violence.
Boris Fraenkel appartient à la catégorie des «intellectuels sans oeuvre» qui ont préféré la parole à l'écrit. Quelques mois avant Mai 68, il organise à l'université de Nanterre une conférence sur la répression sociale de la sexualité, qui eut un grand retentissement et fut l'un des éléments déclencheurs du mouvement étudiant. Après les événements, il est assigné à résidence en Lozère pendant un an. En 1986, il a fini par obtenir la nationalité française. Apatride la majeure partie de sa vie, Boris Fraenkel n'aura cessé de chercher sa place exacte, dans les institutions intellectuelles comme dans les formations politiques. Sans peut-être jamais la trouver vraiment.
(1) Profession : révolutionnaire, éditions le Bord de l'eau, 2004.

TROTSKISME
Boris Fraenkel est mort
 
NOUVELOBS.COM | 01.05.06 | 18:10
L'intellectuel Boris Fraenkel a mis fin à ses jours à l'âge de 85 ans. Il avait révélé en 1997 avoir initié Lionel Jospin au trotskisme dans les années 1960.

Boris Fraenkel

L 'initiateur de Jospin au trotskisme est mort. Boris Fraenkel, intellectuel et figure du trotskisme européen, s'est suicidé à l'âge de 85 ans en se jetant d'un pont sur la Seine à Paris il y a une semaine, a-t-on appris lundi 1er mai auprès de sa famille.
L'écrivain, qui avait initié l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin au trotskisme dans les années 60, a laissé une lettre à ses proches auprès desquels il manifestait depuis assez longtemps des intentions suicidaires.
Il s'est jeté "du pont le plus haut de Paris" situé derrière la gare de Lyon, dimanche 23 avril tard le soir et son corps a été retrouvé deux jours plus tard dans le fleuve au niveau du 8ème arrondissement, ont indiqué ses proches.
Marcuse
Né à Dantzig (actuelle Gdansk) en 1921, il est arrivé en 1938 en France, où il a introduit le philosophe américain Herbert Marcuse dont il a traduit "Eros et civilisation" en 1964 ainsi que le psychanalyste américain Wilhelm Reich. Il a également traduit des oeuvres de Lukacs et Trotski.

Animateur de la revue Partisans éditée par François Maspero, il fonda l'OCI (Organisation communiste internationale, trotskyste), ancêtre du Parti des travailleurs (PT) avec Pierre Boussel (alias Lambert) et dont il fut exclu à la fin des années 60.
Il avait révélé en 1997 l'appartenance de Lionel Jospin pendant plusieurs années à l'OCI. Mais Lionel Jospin avait démenti en arguant d'une confusion avec son frère Olivier, avant de reconnaître, en juin 2001, un an avant la présidentielle, son passé trotskyste après la révélation dans la presse de l'envoi d'une carte postale à Boris Fraenkel
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Suicide de Boris Fraenkel


L'intellectuel et figure du trotskysme européen Boris Fraenkel s'est suicidé à l'âge de 85 ans
 
Il s'est jeté "du pont le plus haut de Paris" derrière la gare de Lyon, dimanche 23 avril et son corps a été retrouvé deux jours plus tard, selon ses proches.
Cet intellectuel trotskyste, né à Dantzig (Gdansk) en 1921, arrivé en 1938 en France, avait notamment révélé le passé militant de Lionel Jospin à l'Organisation communiste internationale.
Ce militant, qui commenca (selon Wikipedia) à militer dans le sionisme de gauche (Hachomer Hatzair), est arrivé en France en 1938. Le nazisme l'oblige alors à se réfugier en Suisse où il commence son engagement dans le trotskysme.
De retour en France en 1949, il traduit et popularise Reich, Marcuse, Lukacs et Trotsky.
Collaborateur de l'éditeur François Maspéro, il est l'un des fondateurs de l'OCI. Il avait révélé en 1997 l'appartenance du socialiste Lionel Jospin pendant plusieurs années à l'organisation trotskyste. Mais celui-ci, qui était alors premier ministre, avait démenti en arguant d'une confusion avec son frère Olivier, avant de reconnaître, en juin 2001, un an avant la présidentielle, son passé trotskyste après la révélation dans la presse de l'envoi d'une carte postale à Boris Fraenkel.
"On m'a souvent demandé pour quelles raisons, j'avais tenu à faire connaître ce passé-là
de Jospin. Tout simplement parce que j'estime que le trotskysme n'est pas une maladie honteuse. Je crois bien que j'ignorais alors que Jospin cachait cette période de sa vie. Je supposais encore moins qu'il était resté si longtemps en contact avec Lambert, n'ayant plus eu le moindre rapport avec lui depuis 1966", expliquait Boris Fraenkel dans ses mémoires "Profession révolutionnaire" (Editions du bord de l'eau, 2004).
Publié le 02/05 à 10:23


 
L'intellectuel militant freudo-marxiste Boris Fraenkel s'est suicidé.
Boris Fraenkel, révolutionnaire trotskiste, traducteur et co-fondateur de l'Organisation Communiste Internationale (OCI), s'est suicidé dimanche 23 avril, à l'âge de 85 ans, en se jetant d'un pont sur la Seine à Paris.
Né en 1921 à Dantzig (aujourd'hui Gdansk, Pologne) de parents russes juifs contraints à l'exil par la révolution bolchévique, Boris Fraenkel commence ses activités politiques à l'Hachomer Hatzaïr, un mouvement sioniste de gauche, sous les premières années du IIIème Reich. Fuyant le Nazisme, il arrive en France en 1938 où il entame des études d'agronomie. En 1940 il passe en Suisse où il est bientôt interné dans un camp de réfugiés à Zurich. Il y rencontre plusieurs intellectuels juifs comme, entre autres, Manes Sperber ou Lucien Goldmann. De là date son engagement dans le trotskysme. Expulsé pour activités politiques "subversives" en raison des conférences qu'il tient sur le marxisme et le judaïsme, il revient en France en 1949. Là, il devient secrétaire de la peintre Sonia Delaunay et fréquente les cercles intellectuels freudo-marxistes de Paris, en particulier au sein des Centres d'Éducation Pédagogiques (CEMEA). Il est l'un des premiers militants pour l'homosexualité et la liberté sexuelle et traduit notamment pour cette cause les oeuvres du psychanalyste américain Wilhelm Reich. Collaborateur de l'éditeur François Maspero avec qui il animera la revue Partisans, il traduit aussi des ouvrages de Léon Trotski (Nos Tâches politiques), Georg Lukacs et surtout du philosophe Herbert Marcuse (Eros et civilisation, 1966). Il est l'un des principaux fondateurs en 1958 avec Pierre Boussel (alias Pierre Lambert) de l'Organisation Communiste Internationale (OCI), première dénomination du Parti Communiste Internationaliste puis Parti des Travailleurs (PT), qui ne comptait alors qu'une cinquantaine de membres, et dont il sera violemment exclu en 1966 pour avoir publié les textes de Reich sans autorisation de l'organisation. Auparavant il aura recruté et formé à l'action politique révolutionnaire un jeune énarque qui deviendra plus tard premier ministre, Lionel Jospin. C'est d'ailleurs lui qui révèlera au public, d'abord en 1997 puis en 2001, un an avant la campagne présidentielle, ce passé soigneusement caché par le responsable socialiste. Organisateur en 1967 à l'Université de Nanterre d'une conférence sur la jeunesse et la répression de la sexualité qui enflamma les esprits, il fut considéré comme l'un des premiers leaders du Mouvement étudiant. Il fût arrêté et condamné en mai 1968 avec un autre gauchiste juif allemand, Dany Cohn-Bendit, à être expulsé vers son pays d'origine, mais la RDA le refusa. Il fût alors assigné à résidence dans un couvent de province et ne put rejoindre Paris qu'un an plus tard, après une intense campagne lancée par Maspéro et la Cimade. Il continua par la suite jusqu'à aujourd'hui son oeuvre d'intellectuel témoin et militant engagé, recevant régulièrement mais discrètement dans sa petite maison de Montreuil, de nombreux responsables politiques de gauche et d'extrême-gauche, comme par exemple Alain Krivine, de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). Il obtint la nationalité française en 1986 et publia en 2004 un livre de mémoires intitulé Profession: révolutionnaire (éditions le Bord de l'eau).
Âgé de 85 ans, Boris Fraenkel manifestait ses intentions suicidaires auprès de ses proches depuis quelque temps déjà.
mardi 02 mai 2006
www.republique-des-lettres.fr


 
LCR
Mort de Boris Fraenkel
 
Nous venons d’apprendre le suicide de Boris Fraenkel qui, en se jetant dans la Seine près de la gare de Lyon, à l’âge de 85 ans, a mis en pratique un projet qu’il avait mûri depuis longtemps. La notoriété tardive de ce militant trotskyste un peu exceptionnel a été suscitée par la découverte du fait qu’il fut l’un des formateurs de Lionel Jospin, quand celui-ci était membre de l’Organisation communiste internationale (OCI) - aujourd’hui Parti des travailleurs -, dans les années 1960.
Né à Gdansk, issu d’une famille sioniste de gauche, il fit de nombreuses traductions de Trotsky, Lukacs, Wilhem Reich ou Herbert Marcuse. Boris Fraenkel fut aussi l’un des fondateurs de l’OCI, dont il fut exclu en 1966, au cours d’un violent procès où il fut accusé de défendre les positions de Reich.
À la veille des événements de Mai 68, il a tenu une conférence à l’université de Nanterre qui eut un grand écho, sur la répression sociale de la sexualité. Il fut ensuite assigné à résidence en Lozère pendant un an et n’obtint la nationalité française qu’en 1986. Par la suite, en 2000, il rejoignit pendant près d’un an la section LCR de Montreuil, avant de la quitter. Militant très indépendant, sans patrie ni frontière, jamais à l’aise dans une organisation, Boris Fraenkel fut un intellectuel militant qui a toujours préféré la parole à l’écrit (à lire : Boris Fraenkel, Profession : révolutionnaire, Éditions le Bord de l’eau, 200 pages, 18 euros).