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Jo
Curfy a tenu son serment, même s'il nourrit une autre anxiété
: qu'après lui ne s'éteigne le souvenir de ces
Fuifs de Pologne passés par le goulag puis tombés
dans l'oubli. »
Benoît
GAUDIBERT "L'EST REPUBLICAIN 20 mars 2003.
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DANS LA PRESSE
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- Liaisons - N°21 - Septembre 2003
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- Témoignage
singulier et chargé d'émotion sur le communisme
concentrationnaire, l'ouvrage de Jo Curry Destination Goulag
a fait l'objet dernièrement d'une conférence-débat
au centre communautain israélite. Celle-ci, animée
par Antoine Spire, directeur du Monde de /'Education, permit
tout à la fois de retracer le parcours éprouvant
de l'auteur, qui connut l'enfer des geôles soviétiques,
et de mettre à nouveau en lumière ce consensus
silencieux qui entourait l'univers si peu politiquement correct
du goulag.
Destination Goulag a été le fruit d'un travail
de mémoire difficile de la part de Jo curry, ravivant
des blessures intérieures douloureuses pour l'auteur.
« C'est ainsi que depuis le 16 décembre 1939 (jour
de mon arrestation) jusqu'à la fin avril 1946 (ma libération).
je me suis répété tous les jours, inlassablement,
comme on récite une prière, je me suis répété
ces quelques mots.. sois fort, tiens le coup, tâche de
durer, supporte tout, pour pouvoir survivre, pour pouvoir témoigne/;
dire, tout dire, racontet; transmettre. »
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- l'Est
républicain, jeudi 20 mars 2003
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- Rescapé
du goulag
- par
Benoît GAUDIBERT
Arrêté en décembre 1939 par l'armée
soviétique, Jo Curfy s'était fait le serment de
survivre pour raconter. Son témoignage paraît enfin,
64 ans après.
- Jo Curfy avoue
une forte anxiété. L'ancien prisonnier du goulag
de Sibérie ne sera soulagé que samedi, quand il
s'installera derrière le stand des éditions Le
bord de l'eau, au Salon du Livre de Paris. L'émotion de
voir son témoignage paraître enfin est aussi forte
que la blessure de ces années noires est profonde. Arrêté
le 16 décembre 1939 par l'armée soviétique,
à l'âge de 20 ans, ce fils d'une famille polonaise
de polisseurs sur métaux n'a été libéré
que fin avril 1946, après une doulou- reuse errance en
URSS, de prisons en camps de travail. Durant six ans et demi,
ra- conte-t-il dans Destination goulag, l'ancien grossiste en
vêtements de la rue des Ponts s'est répété
chaque jour, inlas sablement, « comme une prière
", qu'il fallait qu'il tienne le coup, pour raconter.
A « l'hiver de sa vie ", il vient de tenir son serment.
Un ouvrage refusé en 1968
Difficile de résumer l'incroyable cheminement de Jo Curfy.
Le 26 septembre 1939, quand les Allemands envahissent Varsovie,
le jeune juif part avec beaucoup d'autres vers la partie orientale
de la Pologne, investie par les Soviétiques, où
il atterrit dans un camp de ré- fugiés de l'Armée
Rouge. Il réalise toutefois que le paradis espéré
n'en est pas un, et en- treprend de rallier la France, via la
Roumanie. Arrêté à la frontière de
ce pays, il est accusé d'espionnage et condamné
sans comparaître à huit ans de camp à régime
sévère. « Partir illégalement, c'était
considéré comme ne pas aimer l'Union soviétique,
et donc être contre elle ». Emprisonné, Jo
Curry est interrogé durant des nuits entières,
torturé mentalement. Le jour, il est interdit de récupérer:
« Toutes nos têtes devaient être dirigées
vers le judas », relate-t-il, « afin que le gardien
puisse se rendre compte que nous gardions les yeux ouverts ».
Dans son récit précis où il s'attache esSentiellement
aux faits, prenant garde de ne pas laisser l'émotion les
travestir, le Nancéien évoque l'arrivée
au goulag, dans un camion. Sur vingt-quatre prisonniers, dix
ont survécu au voyage, protégés du froid
par les corps de leurs quatorze compagnons malheureux. Le lecteur
découvrira par lui-même les autres événements
tragiques vécus par Jo Curfy, condamné à
des travaux forcés haraS'sants, un calvaire dont on ne
se sépare pas. Au Goulag, écrit-il encore, «
Nous marchions les mains nouées dans le dos (... ) Bien
des années après ma libé- ration, j'ai conservé
cette ha- bitude de marcher les mains dans le dos ».
Jo Curfy rentre à Varsovie en avril 1946. Sa famille est
dé- cimée. Il a l'impression de vivre dans un «
cimetière ». Des pogroms éclatent. Voilà
pourquoi il rejoint en 1948 deux oncles installés à
Nancy, où l'accueil est formidable. « Une renaissance
», glisse-t-il, qui explique pourquoi, quand il rédige
son livre en 1968, il a le sentiment « d'avoir 20 ans ».
Mais aucun éditeur ne veut de son témoignage «
politiquement incorrect. « L'archipel du goulag »,
d'Alexandre Soljenitsyne, ne paraîtra en effet qu'en 1974.
A cette première blessure s'en ajoute une autre, terrible:
l'impossibilité pour ce rescapé d'un enfer insoupçonné
de partager totalement la « fraternité » unissant
les déportés
de la Shoah. Sans parler des récriminations de certains,
pour qui « dénoncer les crimes de Staline, c'est
banaliser les monstruosités d'Hitler »...
En 1994; le journaliste Antoine Spire, à qui un ami a
montré le manuscrit, réalise une émission
radio avec Jo Curfy. Diffusé sur France Culture au mois
d'août, le témoignage passe relativement inaperçu.
C'est encore Antoine Spire, aujourd'hui directeur de collection
aux éditions du Bord de L'Eau, qui a pris contact avec
le Nancéien pour qu'il revoie et lui confie « Destination
Goulag ». Jo Curfy a tenu son serment, même s'il
nourrit une autre anxiété: qu'après lui
ne s'éteigne le souvenir de ces Juifs de Po- logne passés
par le goulag puis tombés dans l'oubli.
Benoît GAUDIBERT
- DESTINATION
GOULAG
- de : "Jo
CURFY"
- Prix éditeur
: 15,00 / 98,39 FRF Editeur : LE BORD DE L'EAU
- Date de Parution
: 16/02/2003
- Il s'agit d'un
récit à la première personne. L'auteur est
né en 1918 en Pologne, à Varsovie, dans ce qui
deviendra le ghetto, de sinistre mémoire. A 5 ans Jo fait
un premier rêve étrange : son père lui apparaît
et lui apprend qu'il est mort... C'est ainsi que le petit garçon
apprend à sa mère qu'elle est veuve... Trois rêves
ponctueront la vie de Jo Curfy, et à chaque fois, de façon
décisive... Dès l'âge de 14 ans, l'auteur
se retrouve seul dans un appartement. Sa mère part pour
Cracovie. Il apprend à se débrouiller. Sous-loue
l'appartement qu'il occupe et apprend son métier de polisseur
sur métaux dans la petite entreprise créée
par son grand-père. En novembre 1939, Jo pénètre
en Pologne dite "libérée" et assiste
aux festivités du 22ème anniversaire de la Révolution
d'Octobre... Puis le voilà en Russie qui n'est pas la
terre promise annoncée : Jo devient mineur. Affamé,
couvert de vermine il veut aller en Roumanie. Il est arrêté
par les Soviétiques... Un singulier périple commence,
mais au bout il y a ceci : le goulag...
- A
- - Copyright
© 2001-2002 Moïse Rahmani
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