Antoine ARTOUS
- Philippe
CORCUFF
- suivi
d'un entretien avec
- Olivier
BESANCENOT
-
-
- Nouveaux
défis
- pour
la gauche radicale
Emancipation et individualité
Genre : Essai (politique)
Collection : document
Format: 14/21,5
120 pages
Date de parution : novembre 2004
ISBN : 2-915651-01-9
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Prix de vente public : 15 euros TTC
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et emballage compris en CEE
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Les auteurs : ANTOINE
ARTOUS est professeur de Sciences politiques. OLIVIER BESANCENOT
a été candidat LCR lors de l'élection présidentielle
de 2002. Il est aujourdhui porte-parole de la Ligue Communiste
Révolutionnaire et toujours facteur à La Poste.
PHILIPPE CORCUFF est maître de conférences en sciences
politiques à lIEP de Lyon.
Tous les trois sont membres de la LCR mais incarnent trois générations
différentes : Artous est né en 1946, Corcuff en
1960 et Besancenot en 1974.
Le Livre : La réflexion sur une hypothétique
« social-démocratie libertaire »
est lobjet de ce livre. Le Parti socialiste aurait-il le
monopole de la pensée « sociale-démocrate »,
de sa tradition politique ? Les trois auteurs font la démonstration
inverse.
La question serait donc celle-ci: « Tous fils de Jaurès ?
» ou « Quels fils de Jaurès sommes-nous devenus ? »
Un livre qui met à jour les débats politiques de
fond qui nourrissent la vie de lextrême gauche :
faut-il participer au gouvernement en salliant au Parti
socialiste ? Voilà une des questions implicites que
ce livre propose.
Philippe CORCUFF pose les termes du débats ainsi :
« Une nouvelle politique démancipation
qui puise dans les traditions républicaine et socialiste,
mais innove aussi face à des défis renouvelés
(comme la question individualiste, la question écologiste
et la question féministe), et donc une politique post-républicaine
et post-socialiste, dont les convergences entre lancien
mouvement ouvrier et la galaxie altermondialiste pourraient être
un creuset. »
Au moment où la social-démocratie européenne
sest largement transformée en social-libéralisme
sous le choc des contre-réformes libérales des
années 1980, il apparaît important de revaloriser
les thèmes du service public et de lEtat-providence
souvent associés à cette social-démocratie.
Provocation, diront certains pour qui « social-démocratie
= trahison ». Il faut parfois quitter les rivages
rassurants de la rhétorique gauchiste pour aborder les
enjeux du temps présent avec moins de préjugés.
Le mot « social-démocratie », comme
les mots « socialisme » ou « communisme »,
ont eu des histoires compliquées et des usages divers.
La social-démocratie de référence
- avec les figures du socialisme républicain de Jean Jaurès,
le socialisme démocratique et révolutionnaire de
Rosa Luxemburg ou laustro-marxisme dOtto Bauer -
na pas nécessairement la couleur de « la
trahison ». Mais elle a le sens des chausse-trappes
que nous réserve la confrontation avec la réalité
et avec lhistoire. Loin de la pureté des identités
« révolutionnaires » qui ne mettent
jamais les mains dans le cambouis de la complexité du
monde, de peur des éclaboussures, elle a lintuition
des difficultés et des contradictions de la transformation
sociale, voire de ses possibilités tragiques. Cest
pourquoi elle a le sens du compromis, tout en sefforçant
déviter les compromissions.
Antoine ARTOUS met en cause les facilités rhétoriques,
marxiennes et marxistes, sur « le dépérissement
de lEtat » dans la société communiste,
entendu comme « la fin de tout pouvoir politique ».
Contre cette illusion dune société débarrassée
de ses principales contradictions et qui naurait plus besoin
dinstitutions de réglage des conflits, ni de supports
institutionnels à lautonomie individuelle (à
travers des dispositifs juridiques garantissant la citoyenneté
et des institutions garantissant une sécurité sociale),
il considère que « la question à poser
est celle de larticulation possible ou non
de pratiques de démocratie directe avec un système
représentatif ».
Olivier BESANCENOT vient au final évoquer la question
du débouché politique de cette « social-démocratie
libertaire » dans un vaste entretien. Un entretien
magnifique qui exprime, dune certaine façon, la
part dengagement de la génération des trentenaires.
Un discours, simple, accessible qui dévoile que la question
de « lindividu » nest pas lexclusivité
de la pensée conservatrice.
« Je fais partie dune génération
du crédible et du possible, justement. On nest pas
de la génération "Faites !". On
est de la génération "On fait ensemble ou
on ne fait pas". Soit on arrive à faire ensemble,
soit on fait autre chose. Car si on ny arrive pas, cest
que ça ne fonctionne pas. »
Un livre tout public qui pose la question du débouché
politique de lextrême-gauche et, plus généralement,
des divers mouvements altermondialistes.
Un livre qui apporte un regard neuf sur la question de « lindividu ».
Un livre dune totale actualité, essentiel pour comprendre
les futures relations à gauche entre la LCR, le Parti
Socialiste, le Parti communiste et les Verts.
Leurs dernières publications :
Antoine Artous a publié Travail et émancipation
sociale, syllepse, 2003, Marx, lEtat et la politique,
syllepse, 1999.
Olivier Besancenot a publié Tout est à
nous ! Denoël, 2002 et Révolution, cent
mots pour tout changer, Flammarion, 2003.
Philippe Corcuff a publié, entre autres, La Société
de verre, Armand colin, Bourdieu autrement, Textuel,
2003, La Question individualiste, le Bord De L'eau, 2003
et Prises de tête pour une gauche de gauche, textuel,
2004.
-
Extraits
Olivier BESANCENOT
Je réclame en tant quindividu, quon me fasse
confiance quand je refuse de faire quelque chose. Ce nest
pas facile. Ça peut provoquer des tensions. Il peut y
avoir une part dincompréhension. Je pense par exemple
à des militants de la Ligue qui demandent depuis longtemps
un meeting avec moi, et qui disent : « Putain,
mais Olivier, il serait pas en train de jouer sa star ?
On le voit sur les plateaux télé, on le voit là
».
Mais, au fur et à mesure, ils vont comprendre. Il y a
ma vie privée, il y a ma vie professionnelle et il y a
ma vie politique. Ce nest pas un tiers chacun, ça
ne se passe pas comme ça. Cest forcément
source de tensions, je ne bluffe personne. Je pense que cest
le lot de tous ceux qui commencent à militer aujourdhui.
Si on arrive à faire ça, on neffraiera personne,
et surtout on prouvera que cest possible. Or je fais partie
dune génération du crédible et du
possible, justement. On nest pas de la génération
« Faites ! ». On est de la génération
« On fait ensemble ou on ne fait pas ».
Soit on arrive à faire ensemble, soit on fait autre chose.
Car si on ny arrive pas, cest que ça ne fonctionne
pas. Tu sais, nous sommes assez pragmatiques. Nous avons le souci
defficacité. On a toujours vécu comme ça.
Mais il y existe un autre problème politique, qui constitue
une nouveauté du côté militant. Dune
part, il ne peut pas y avoir de dissociation entre le je et le
nous dans lengagement politique. Dautre part, est-ce
quil ny a pas une séparation entre ta vie
privée, vraiment privée, à toi, et ton engagement
politique ? Moi je crois quil y en a bien une quil
sagit de préserver, même si la politique rentre
dans ta vie privée, cest évident. Mais tu
as quelque chose comme un droit à la protection. Dans
ma génération, ça fait aussi partie des
questions quon se pose. On demande à pouvoir vivre
tranquillement sa vie sans que le parti se permette de la juger,
dans un sens comme dans un autre dailleurs. Ce qui ne veut
pas dire que, politiquement, tu nas pas le droit de discuter
ensemble et de décider ensemble des cadres collectifs
de vie, y compris dans des domaines de la vie privée,
sur les questions de la violence faite aux femmes, sur les questions
de sexualité, etc. Mais, au bout dun moment, tu
as une part purement intime. Et ça, je pense que cest
quelque chose dessentiel.
- O.B
REBONDS
Contre le chloroforme de la marchandisation on peut préférer
la mélancolie critique d'Alain Souchon dans «Foule
sentimentale».
Soif d'idéal et utopies réfractaires
Par Philippe CORCUFF
- mardi
29 mars 2005
- le
pays serait morose. Une petite brise de contestation sociale
lui a toutefois redonné un air enjoué. Rien à
voir avec «la positive attitude» que Jean-Pierre
Raffarin a emprunté à Lorie, «philosophe»
de maternelle, en paravent de sa conservatrice attitude. Les
lycéens ne s'y sont pas trompés qui ont renvoyé
ce marketing jeuniste à la sénilité publicitaire
de ses concepteurs. Le conservatisme de nos gouvernants alterne
alors le bâton du détricotage libéral des
services publics et les carottes râpées d'infimes
augmentations salariales saupoudrées sur la salade de
l'austérité budgétaire.
- On
peut préférer la mélancolie critique d'Alain
Souchon dans Foule sentimentale. «Oh la la la vie en rose/le
rose qu'on nous propose/d'avoir les quantités d'choses/qui
donnent envie d'autre chose.» Contre le chloroforme de
la marchandisation du monde, ses inégalités, ses
violences, une envie d'ailleurs nous saisit encore. «On
nous inflige/des désirs qui nous affligent.» Appauvris
de sens par la commercialisation de nos désirs, nous nous
tournons vers le passé de nos imaginaires, quand changer
la vie semblait possible. Non pas pour nous enfermer dans le
culte d'hier, dans une nostalgique attitude, mais pour réinstaller
l'horizon de mondes différents à venir. «Un
mieux, un rêve, un cheval.» Au coeur de notre présent
mélancolique : un autre passé pour un autre avenir.
- Notre
mélancolie révèle des sonorités européennes.
Nous nous sentons pleinement européens, parce que c'est
une étape vers la République cosmopolite des Lumières
et «l'Internationale sera le genre humain» du mouvement
ouvrier. Nous exécrons les replis nationalistes et la
façon dont un de Villiers tente de surfer sur les passions
islamophobes à propos de la Turquie. Mais la critique
reprend ses droits quand nous lisons le traité constitutionnel
européen. Nous attendions l'émergence d'une civilisation
distincte du capitalisme américain. Nous y apprenons,
dans la définition des «objectifs de l'Union»,
que «la liberté» est mise sur le même
plan qu'«un marché intérieur où la
concurrence est libre et non faussée» (article I-3.2).
Quelle enthousiasmante «civilisation» marchande !
Eberlués, nous découvrons que, dans la hiérarchie
des «libertés fondamentales», «la libre
circulation des personnes» serait équivalente à
«la libre circulation des marchandises et des capitaux»
(article I-4.1) ! En quoi ce modèle européen est-il
si différent du modèle américain, dont on
condamne aisément les outrances pour, en fin de compte,
en partager les dogmes fondamentaux ? Et puis, afin d'achever
de nous abasourdir, nous tombons sur des règles constitutionnelles
dignes d'une civilisation socialement avancée : «Prix
stables, finances publiques et conditions monétaires saines
et balance des paiements stable», comme «principes
directeurs» de toute politique économique et monétaire
(article III-177). Une civilisation qu'on propose d'ailleurs
d'étendre au reste du monde, en encourageant «l'intégration
de tous les pays dans l'économie mondiale, y compris par
la suppression progressive des obstacles au commerce international»
(article III-292.2.e). La civilisation internationale du business
! Et nous qui espérions voir miroiter les lampions d'autres
mondes possibles. Nous, «attirés par les étoiles,
les voiles/que des choses pas commerciales».
- Dans
ce cadre, l'alliance UMP-UDF-PS-Verts pour le oui est-elle étonnante
? Les socialistes font mine de s'opposer aux orientations dérégulatrices
du gouvernement français, tout en demeurant en phase sur
le terrain européen avec leur réorientation sociale-libérale
de 1983. Ils souscrivent à un carcan néolibéral
renommé joliment Europe, qui les contraindra à
suivre demain des politiques similaires à celles de leurs
adversaires électoraux d'aujourd'hui. Les critiques adressées
aux projets gouvernementaux par la gauche hollandique ne seraient-elles
alors motivées que par les attraits du retour au pouvoir
? «Il faut voir comme on nous parle, comme on nous parle.»
Encore des désillusions en perspective, avec à
la clé une dangereuse dévalorisation de la politique,
l'extrême droite au coin du bois. «Tout ce qui a
un début a une fin», lance cependant l'oracle de
Matrix, la trilogie des frères Wachowski. Le non mélancolique
et européen au traité constitutionnel pourrait
ébranler l'hégémonie de la matrice UMP/PS
sur le champ politique français, voire faire reculer la
puissance de la matrice néolibérale en l'Europe,
ouvrant d'autres chemins.
- Notre
mélancolie a donc une tonalité résolument
anticapitaliste. Mais pas comme avant. Notre anticapitalisme
s'est humanisé au contact des échecs et des expériences
criminelles qui se sont réclamés des espoirs émancipateurs.
A l'écart des rhétoriques collectivistes qui ont
longtemps dominé la gauche, nous avons aussi (re-) découvert,
bien après Proudhon ou Bakounine, mais également
un autre Marx, la question de l'individualité. La contradiction
de l'individualité ne constitue-t-elle pas une des contradictions
principales du capitalisme, à côté et en
relation avec la contradiction capital/travail, et les inégalités
qu'elle génère ? Le capitalisme (et encore davantage
le néocapitalisme ultra-individualiste) met ainsi en tension
des désirs d'individualisation excités par la marchandisation
et les limites justement marchandes sur lesquelles viennent buter
les aspirations à une individualité créatrice.
La réduction commerciale des désirs enferme la
subjectivité, stimulée d'une certaine manière
par le capitalisme, dans des murs étroits, unidimensionnels,
en engendrant frustrations et ressentiments.
- Notre
mélancolie anticapitaliste ne peut, non plus, se contenter
des simplismes d'une anti- «pensée unique»
unique. «D'autres mondes sont possibles», et non
pas un autre monde, exclusif, comme s'il n'y avait qu'une seule
direction, celle de la certitude insensible au tragique de l'histoire.
Cabossés par les bleus à l'âme de nos existences
bringuebalantes, nous ne cherchons plus, contrairement à
quelques autistes aveugles à leurs propres faiblesses,
l'absolu et la pureté. Trop d'impasses et de désenchantements
sont passés par là. Dès maintenant, nous
aspirons à explorer patiemment d'autres vies à
la mesure de nos fragilités et de nos incertitudes. Nous
nous savons fabriqués par nos erreurs autant que par nos
bien relatifs succès. «Dérisions de nous
dérisoires.»
- Nous
savons, d'autre part, que l'anticapitalisme ne suffit pas à
circonscrire les sources d'oppression. A Auschwitz, les limites
de l'inhumain n'ont pas été franchies par une logique
principalement capitaliste. D'autres modes de domination ont
engendré des barbaries et des génocides. D'autres
violences esquintent notre quotidien (le sexisme, les racismes,
l'homophobie, etc.) Une triple boussole éthique et politique
se dessine à travers les noirceurs de notre monde : l'anticapitalisme/la
pluralité des oppressions/l'horreur extrême constituée
historiquement par la Shoah. Elle fournit des repères
à notre entêtement à bâtir des convergences
entre les luttes plus ou moins hétérogènes
des opprimé-e-s. Sans perdre le lien avec les picotements
utopiques de nos imaginaires. «Foules sentimentales/avec
soif d'idéal»...
- Dernier
ouvrage paru : Nouveaux Défis pour la gauche radicale
­ Emancipation et individualité, en collaboration
avec Antoine Artous (Editions le Bord de l'eau).
- Par
Philippe Corcuff maître de conférences de science
politique
à l'Institut d'études politiques de Lyon.
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