EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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Agnès TRICOIRE
(sous la direction de)
 
DU CHAOS SOCIAL À L'ORDRE MORAL

Genre : essai
Collection : « Ligue des Droits de l’Homme (LDH) »
dirigée par Antoine SPIRE
Nombre de pages : 160
Format: 14 x 21,5
Date de parution : novembre 2004
N° ISBN : 2-915651-02-7
 
 
 
 
 
 
 

Prix :
12 euros
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Prix de vente public : 17 euros TTC
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Le livre : Les récentes réformes du droit pénal sont sources d’atteintes aux libertés individuelles comme nous ne l’avions pas connu depuis des décennies. La répression accrue touche délibérément les plus pauvres.
De façon plus générale, les rapports de forces et les représentations de l’ordre social se sont profondément modifiés, et la Ligue des Droits de l’Homme lutte, comme d’autres participants du mouvement social, contre un recul général, ou sa tentation : recul des droits, des mentalités, de la mémoire, de la citoyenneté, recul de l’efficacité ou de l’efficience sociale et politique, recul de la représentation syndicale, recul de l’égalité…
L’ordre moral fait son retour, attiré par le vide. Nous avait-il jamais quitté, ou bien a-t-on oublié aujourd’hui ce qui était amoral hier ? Le lavage de cerveau, est l’une des armes modernes de la publicité. Le PDG de TF1, Patrick Le Lay, peut affirmer sans aucune gêne « A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit », et que pour qu’un message publicitaire soit perçu il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.”... « Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité ». Le prix de la privatisation de la télévision était donc bien le pervertissement d’un outil d’information et de divertissement en un outil de propagande pour la marchandise triomphante. Ceux qui le dénonçaient n’étaient pas des hystériques ou des radicaux : la radicalité semble désormais se situer dans le cynisme du camp libéral.
Un livre accessible et documenté destiné à un large public qui pose, entre autres, la question de l’ordre sexuel, de la famille après le mariage homosexuel célébré à Bègles.


Sommaire détaillé
Introduction d’Agnès TRICOIRE.
Madeleine REBERIOUX retrace une histoire de la morale ouvrière ;
Bertrand LECLAIR dénonce le mot d’ordre «Ne plus juger, consommer » ;
Gérard WAJCMAN constate que le slogan « il est interdit d’interdire » a du plomb dans l’aile gauche et résume le nouvel impératif : «Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire » ;
Nicole SAVY analyse le scandale provoqué par le tableau L’Origine du monde de Courbet ;
Jean Pierre COMETTI analyse la nécessité de jugement entre sphère du privé et sphère du public ;
Thierry DE DUVE, établit un pont entre le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le concept de «  famille humaine », et la critique de la faculté de juger d’Emmanuel KANT, le concept de « sensus communis » ;
Elisabeth ROUDINESCO traite des rapports de l’ordre moral et de l’éthique dans la sphère familiale ;
Henri LECLERC démontre que l’ordre sexuel est un ordre juridique ;
Eric FASSIN analyse, lui, l’ordre sexuel comme un ordre politique;
Conclusion de Michel TUBIANA, président de la Ligue des droits de l'Homme.  
Les auteurs :

Agnès TRICOIRE est avocate, spécialiste de la propriété intellectuelle et responsable de l’Observatoire de la liberté d’expression.
Michen TUBIANA est avocat à la Cour de Paris et membre de la LDH depuis 1978. Président de la LDH depuis juin 2000, vice président de la LDH entre 1995 et 2000, il est également vice président de la Fédération internationale des Ligues des droits de l¹Homme (FIDH) depuis 1997.
Antoine SPIRE  est conseiller éditorial au Monde de l’éducation, professeur associé à l’Université de Compiègne U.T.C., auteur de L’Obsession des origines (Verticales), La Mémoire (EDP Sciences), de Barbarie de l’ignorance, avec George Steiner (Le Bord De L’eau), et de L’Optimisme de la volonté, avec Eric J.Hobsbawm (Le Bord De L’eau).
Jean-Pierre COMETTI est professeur de philosophie de l’Université de Provence. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à des questions d’esthétique, à l’œuvre de Robert Musil, à la philosophie de Wittgenstein et au pragmatisme américain, il a notamment publié :  L'homme exact, Le Seuil, 1997; La Maison de Wittgenstein, PUF, 1998 ; L'Art sans qualités, Farrago, 1999; Questions d'esthétique, PUF, 2000 (avec J. Morizot et R. Pouivet) ; Art, modes d’emplois : Esquisses d’une philosophie de l’usage, La Lettre volée, Bruxelles, 2001 ; Musil philosophe, Le Seuil, 2002 ;  Art, représentation, expression, PUF, “Philosophies”, 2002.
Elisabeth ROUDINESCO, historienne, psychanalyste, docteur d’état ès lettres et sciences humaines. A été membre de l’Ecole freudienne de Paris (1969-1981), du comité de rédaction de la revue Action poétique (1969-1979) et de la revue L’homme (1997-2002) et collaboratrice au journal Libération (1986-1996) a été chargée de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales (1992-1996). Elle a notamment publié Histoire de la psychanalyse en France, vol. 1 (1982, 1986), Paris, Fayard, 1994. Histoire de la psychanalyse en France, vol. 2 (1986), Paris, Fayard, 1994, Théroigne de Méricourt. Une femme mélancolique sous la Révolution, Paris, Seuil, 1989, Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Paris, Fayard, 1993. Généalogies, Paris, Fayard, 1994, avec Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, 1997, Paris, Fayard, 2000, Pourquoi la psychanalyse ? , Paris, Fayard, 1999 (réédition en poche Champs Flammarion, 2001), avec Jacques Derrida, De quoi demain… Dialogue, Paris, Fayard-Galilée, 2001, La Famille en désordre, Fayard, 2002.
Thierry de DUVE est historien et philosophe de l’art . Il est l’auteur d’une dizaine de livres sur l’art et l’esthétique de la modernité et professeur à l’Université de Lille 3. Il a été le commissaire de l’exposition Voici – 100 ans d’art contemporain, qui s’est tenue en 2000 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, et celui de la participation belge à la Biennale de Venise 2003. Il travaille actuellement à une théorie esthétique de l’art nourrie par la Critique de la faculté de juger de Kant et à une Archéologie du modernisme en peinture qui fait la part belle à Manet. Il a notamment publié Nominalisme pictural. Marcel Duchamp, la peinture et la modernité, Editions de Minuit, Paris, 1984 ; - Essais datés I, 1974-1986, Editions de la Différence, Paris, 1987 ; Au nom de l'art. Pour une archéologie de la modernité, Editions de Minuit, Paris, 1989 ; Kant after Duchamp,  MIT Press, Cambridge, Mass., 1996 ; Voici, 100 ans d’art contemporain, Ludion, Gand, 2000 ; Voici, 100 ans d’art contemporain (réédition augmentée) Ludion, Gand, 2001.
Eric FASSIN, sociologue, est professeur agrégé à l¹école normale supérieure, chercheur au Laboratoire de sciences sociales (ENS / EHESS) et à GTMS (EHESS / CNRS). Il a dirigé (avec Daniel Borrillo et Marcela Iacub) Au-delà du PACS. L¹expertise familiale à l¹épreuve de l¹homosexualité (PUF, 1999 ; 2ème édition 2001), et vient de publier Liberté, égalité, sexualités. Actualité politique des questions sexuelles (entretiens avec Clarisse Fabre, Belfond, 2003).
Essayiste et romancier, auteur de fictions radiophoniques pour France Culture.
 
Bertrand LECLAIR travaille à La Quinzaine littéraire depuis sept ans. Né à Lille en décembre 1961, il a fréquenté des univers professionnels disparates avant de devenir journaliste en 1988 (collaborant à de nombreux journaux, dont l'hebdomadaire Politis, essentiellement sur des sujets dits « de société »), puis critique littéraire six ans plus tard. Son expérience de la critique dans un quotidien national (l'éphémère InfoMatin) puis un hebdomadaire culturel (Les Inrockuptibles, de 1995 à 2000) est à l'origine de son essai L'Industrie de la consolation.
Henri LECLERC est avocat à la Cour de Paris. Ancien membre du Conseil de l'Ordre des avocats de Paris il est Directeur de l’Institut de droit pénal du barreau de Paris et Membre de la commission « Delmas Marty » chargée de la réforme du Code de procédure pénale (1993). Il fut Président de la LDH entre 1995 et 2000.

Madeleine REBÉRIOUX, professeur émérite à l'Université Paris VIII (Vincennes), est spécialiste de l'histoire sociale, culturelle et politique de la IIIe République. Ses travaux portent essentiellement sur le socialisme, le syndicalisme et la classe ouvrière. Elle préside d'ailleurs la Société d'études jaurésiennes qui entreprend la publication des écrits de Jean Jaurès aux éditions Fayard : 17 volumes sont à paraître d'ici 2008, à raison de deux volumes par an, sous sa coordination éditoriale et celle de Gilles Candar. Présidente de la Ligue des droits de l'homme de 1991 à 1995 dont elle est désormais la Présidente d'honneur, l'historienne est aussi une militante : militante communiste et anticolonialiste, elle participe à la constitution d'un comité contre la guerre d'Algérie alors qu'elle est professeur d'histoire au lycée Marcellin-Berthelot de Saint-Maur en région parisienne, en 1955. Elle est témoin direct des événements du 17 octobre 1961 à Paris. A l'occasion des débats récents sur la guerre d'Algérie, elle cosigne un appel à « la condamnation de la torture durant la guerre d'Algérie ».

Robert GUEDIGUIAN, est réalisateur. En 1980 il réalise son premier film Dernier été ,il dirige Gérard Meylan, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Moreno. En 2002, Marie-jo et ses deux amours sera en sélection officiel au festival du film de cannes.

William LOWENSTEIN est spécialiste des addictions, il est l'auteur de Le Toubib des toxico est en réa, Lattès en 1999 et sort prochainement aux éditions John Libbey Eurotext, un livre en collaboration avec Mario Sanchez intitulé Addiction aux opiacés et traitements de substitution.
Extraits
INTRODUCTION
de Agnès TRICOIRE
 

 Conjuguer ordre et désordre, autorité et pouvoir, est-il une nécessité contemporaine?
L’objet de l’université d’automne de la Ligue des droits de l’Homme de novembre 2003, dont cet ouvrage donne à lire l’essentiel des contributions, était de rechercher quelles sont les portes à réouvrir, dans une période de claquemurage, pour revivifier les ferments de la démocratie. Le tableau est sombre. Nous vivons une époque de régression manifeste dans l’ordre social, dans laquelle s’insinue une tentation de régression dans l’ordre moral. Les récentes atteintes aux libertés individuelles promues au nom, ou plutôt au prétexte, de la sécurité, opèrent une régression comme nous n’en n’avions pas connue depuis des décennies. Du fait d’une politique délibérément discriminatoire, les clivages s’accentuent, et la répression accrue ne touche que les plus pauvres.
Les rapports de forces et les représentations de l’ordre politique et social, qui s’étaient profondément modifiés au cours de ces dernières décennies, chavirent du côté du monopole de quelques-uns, plus que jamais, depuis le retour de la droite au pouvoir. Certains acquis qui semblaient irrévocables sont ou seront balayés de la main par un gouvernement voulu par 20% des français, et désavoué par les deux élections de mars et juin 2004. Sont sur la sellette, où sont déjà tombés au front de l’omnipotence libérale, pêle-mêle, les droits syndicaux, le droit du travail, les services publics, la retraite, la Sécurité sociale, les droits de chômeurs, ceux des intermittents. Le désordre social est-il une réponse convenable au désir d’ordre et de sécurité des français?
La déconstruction d’un modèle honni dans lequel liberté et égalité devaient se conjuguer ensemble, sous la gauche, quand bien même les rimes étaient plus qu’imparfaites, et ô combien perfectibles, est devenue le mot d’ordre. Par le jeu d’une réthorique de télévision, les défenseurs des acquis sociaux seraient devenus des conservateurs irréalistes alors que le réformisme de droite se déguisant sous les atours populistes de la cohésion sociale serait le fin mot de l’avenir riant de la nation toute ensemble, patronat et couches populaires main dans le gant, sacrifice contre promesse, et vessie contre lanterne.
Critique sous la gauche, et particulièrement sur les lois pénales d’exceptions post-11-septembre, qui renversaient certains principes essentiels de l’ordre républicain au nom d’un supposé danger terroriste, la Ligue des droits de l’Homme dénonça le danger de restreindre les libertés au nom d’un ordre à la fois supérieur à la nation et essentiellement nationaliste: le terrorisme. Un autre terreau avait été abondamment arrosé par les dernières années de gouvernement socialiste: la sécurité. L’exploitation populiste qui a été faite de ce problème, réel au demeurant, par la quasi-totalité de l’échiquier politique français, du PS à l’extrême droite, a servi à masquer l’impuissance de la gauche à s’attaquer réellement aux ghettos des banlieues, à l’insécurité sociale, à la désespérance d’une partie grandissante de la population vouée au chômage. La boutade de Coluche est moins que jamais désuète, car on est tous égaux, mais il y en a toujours, et de plus en plus, qui sont plus égaux que d’autres.
Les refoulés répréhensibles resurgissent dans ce climat délétère, puisque, et le phénomène est pourtant bien connu, les penchants les plus vils de l’être humain prennent le pas sur tous les autres quand le politique, le social et l’économique n’intéressent plus grand monde: et les déclarations indignées des grands de l’État contre les actes racistes et antisémites masquent mal l’impuissance à faire taire les haines resurgies d’une société dont les dirigeants sont devenus «maltraitants», pour employer un langage victimaire à la mode.
Peut-on attendre de la justice qu’elle soit le contre pouvoir, l’ordre indépendant dans lequel règne un équilibre rétabli entre le citoyen et l’État? N’a-t-il pas fallu le procès d’Outreau pour se rappeler que la détention provisoire est une mesure gravement attentatoire à la liberté, qu’une justice peut être aveugle et injuste, et que les victimes ne disent pas toujours la vérité?
Mais le compte de la justice, tout au moins de la justice pénale, avait déjà été réglé par la droite chiraquienne, donnant à la police le pas sur les juges. C’est-à-dire que dans l’ordre de la séparation des pouvoirs, le pouvoir exécutif se méfiant de la justice, l’écarte purement et simplement des phases essentielles de la procédure pénale, c’est-à-dire des règles qui protègent le justiciable et garantissent les libertés fondamentales. Comme aux États-Unis, on bourre les prisons dans des conditions qui provoquent des rapports indignés qui ne changent rien à la conduite politique des affaires sociales de la nation. Car c’est bien un choix politique que de traiter les effets de la misère sociale par la répression. L’époque n’est plus à l’alarme, que la LDH sonne depuis longtemps déjà, ni à la dénonciation. La LDH s’emploie à mettre le pouvoir en face de ses responsabilités, sans grand succès, la droite chiraquienne étant délibérément dans le camp du détricotage de tout ce qui permettait encore aux fragilisés, aux pauvres, d’avoir un minimum de droits économiques et sociaux .
Car une fois que les personnes sont au-delà de la solidarité sociale, exclues du système, d’aucuns peuvent faire le pari qu’elles ne pensent et n’agissent plus: le pari est pourtant dangereux, et on peut se demander si de Gaulle avait raison: «Les français sont-ils devenus des veaux?»
 
 
Ouvrages déjà parus dans la collection "Clair & Net" de la Ligue des droits de l'Homme dirigée par Antoine SPIRE
Refonder la citoyenneté, 2003;
La Création est-elle libre°?, 2003.