- DANS
LA PRESSE
SUD OUEST 20 février
2007
Douze personnages
chez un psy
"
Althusser n'a pas commis ce que l'on appelle un crime mélancolique,
mais un crime passionnel chez un dépressif. Il ne voulait
pas que sa femme le quitte. Il a préféré
la tuer. "
Le
diagnostic, est signé Michel Bénézech, psychiatre,
spécialiste de criminologie qui fut durant trente ans
expert judiciaire auprès des tribunaux et directeur durant
23 ans du service régional médico-psychologique
des prisons. Il présente aujourd'hui chez Mollat un ouvrage,
dont le nom très poétique évoque des faits
qui le furent moins. La chair
de l'âme est un condensé d'un ouvrage qu'il
avait précédemment publié et qui traitait
une cinquantaine de cas. L'éditeur en a choisi douze,
dont la plupart ont un rapport avec Bordeaux ou sa région.
Michel Bénézech invite à méditer
sur les rapports entre médecine légale, psychiatrie
criminelle, histoire et littérature. L'auteur est, assure-t-il
"un scientifique pur et dur ", pas un vulgarisateur.
Néanmoins, son enthousiasme et sa liberté de langage
vont sans doute intéresser tous ceux qui aiment bien les
contre-courants.
De Goya à Marie
Bernard.
Ainsi sur Marie Besnard, qu'un récent téléfilm
avec Muriel Robin nous incite à considérer comme
non coupable, Michel Bénézech persiste et signe.
" En 1961, j'étais étudiant. J'ai pu avoir
accès au dossier en 1990. Pour moi aucun doute, elle était
coupable. Elle n'utilisait pas de doses massives d'arsenic, mais
elle accélérait le cours du vieillissement et de
la maladie chez des êtres déjà malades. "
De Sarah Bernhardt, qui fut amputée à Bordeaux,
il évoquera sans doute la jambe perdue par un garçon
d'anatomie que le psychiatre a connu et qui par erreur, "
sans doute dans un mauvais jour ", garda celle d'une inconnue.
Goya a trouvé à l'asile Saint-Jean, installé
sur les lieux de l'actuelle école de Santé Navale
ses modèles de fous et perdu de manière posthume
sa tête, dans le cimetière de La Chartreuse, "
sans doute un étudiant en médecine qui voulait
conserver la tête d'un génie ". On rencontrera
même Bertrand de Goth, pas à cause de son ulcère
de l'estomac, mais parce que Clement V publia durant son pontificat
en 1314 un texte " De furiosis " qui - déjà
très moderne - assurait que " les fous sont irresponsables
". Sept siècle après, Michel Bénézech
partage cette opinion avec le pape girondin.
Hélène
Rouquette-Valeins |