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Ahmat Zéidane Bichara
Journal d'un réfugié politique

Préface de Robert Ménard
(président de Reporters sans frontières)

Genre : récit
Format: 12 x 20,5 — 168 pages
Date de parution :
22 septembre 2006
ISBN : 2-915651-49-3

Prix :
17 € TTC
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LE LIVRE

En 2005, Ahmat Zeidane, journaliste au Progrès, journal tchadien et correspondant de Syfia-international, découvre par hasard un camp d'endoctrinement. Il décide de faire un papier « Centre de dressage pour les enfants et les épouses » où il relate le calvaire imposé aux enfants et aux épouses « récalcitrantes » dans les écoles coraniques autour de N’Djamena. Il est alors sollicité par France 2 qui lui demande de filmer clandestinement un de ces camps. Le reportage sera diffusé, fin 2005, dans l'émission "Envoyé Spécial" qui va jusqu'à mentionner son nom au générique. Menacé de mort dès le lendemain par les milieux islamistes tchadiens, il doit alors fuir son pays laissant femme et enfants. Il se retrouvre à Paris sans le sou, en quête d'une demande d'asile politique...
Le livre relate ces événements... son arrivée à Paris sans y être attendu. Il pose en filigrane la question "comment peut-on être français ?" Entre étonnement et regard sans concession sur le Paris d'aujourd'hui, l'auteur raconte sa lutte pour obtenir la possibilité de vivre dignement. Loin de son pays, de sa famille, de ses amis, Zeidane livre une chronique de l'indifférence ordinaire. On le suit dans ses démarches de demandeur d'asile... Il esquisse le tableau de notre vie d'occidental qui a fait de la figure de l'étranger le nouveau bouc émissaire.
Un livre tout public.
 

L'AUTEUR

Ahmat Zeidane Bichara était reporter au journalle Progrès. II a remporté, en mars 2006, le prix de journalisme "Lorenzo Natali" de l’Union européenne pour son fameux reportage « Centre de dressage pour les enfants et les épouses ».
 
 
 

le début du livre
 
Le temps d'un trajet en métro
 
Jeudi 7 octobre, 5 heures du mat. Pourtant déjà beaucoup de monde à la station " La Chapelle ", ligne 2 vers " Nation ". C'est peut-être le premier métro de ce jeudi, et il fait moyennement froid. Bizarrement, je ne prête pas la moindre attention à la température qui pourrait pourtant constituer un risque, pour moi qui viens d'un climat tellement différent.
Mon unique préoccupation est en effet de me rendre au plus vite à la Préfecture de la station " Crimée ", chargée de l'enregistrement des immigrés demandeurs d'asile, venus de tous les horizons.
Pourquoi me faire aller si loin ? Pour que la distance soit un élément supplémentaire de dissuasion ?
Tout le monde attend donc l'arrivée du métro prévue pour 5 heures 30. Je consulte régulièrement mon plan, pour ne pas perdre l'orientation, mais encore plus souvent ma montre. On m'a dit que dans ce pays les gens n'aiment pas être abordés dans la rue ou sur les quais du métro par un inconnu : " Évite de demander des renseignements à un inconnu, tu risques de passer pour un fou ou pour un mendiant. Ne demande surtout pas d'argent à un Français même s'il est ton ami. Mieux vaut souffrir que d'être mal considéré ", me conseilla un ami français. J'ai d'ailleurs pu en faire moi-même l'expérience.
" Dans un lieu sombre, on confond facilement une corde avec un serpent ", dit un proverbe tchadien. Vu le très grand nombre de mendiants, il est en effet très difficile de distinguer celui qui a réellement besoin de résoudre un problème aigu et urgent de celui qui a fait de cette pratique un métier. Je ne compte donc que sur moi-même pour arriver à bon port.
L'ouverture des bureaux de la Préfecture est fixée à 8 heures 30, mais vu le grand nombre de demandeurs, il faut arriver beaucoup plus tôt pour avoir une chance d'être reçu ce jour-là.
Debout au milieu des passagers de la station " La Chapelle " qui guettent l'arrivée du premier métro de ce jeudi, je laisse mon esprit vagabonder. Je pense à la fille de ma grande sœur, paralysée depuis plus de sept ans, et à mes deux jeunes enfants, surtout à Nadira, mon bébé de onze mois. Et puis je pense à ma femme Anne, à la peau si lisse, ma femme si sérieuse, si attentive et surtout si solidaire de mes difficultés. Je pense à ma mère Nadira, morte un mercredi 7 mai 1997 du choléra - il est inutile de préciser d'où est venue cette terrible maladie. Elle a disparu sans me dire au revoir, ni avoir pu me donner le plus petit conseil, mais elle m'a laissé en héritage ses biens les plus précieux et son éducation. Ô mère ! Repose en paix !


DANS LA PRESSE

INFO SUD BELGIQUE

AUTANT le dire d'emblée : à InfoSud, nous ne sommes pas " objectifs " devant ce livre. Son auteur, Ahmat Zéïdane Bichara, est un journaliste, correspondant au Tchad de notre réseau InfoSud - Syfia. Et j'étais heureux à ses côtés, le 10 mars 2006, lorsqu'il a reçu le prix de journalisme européen Lorenzo Natali. Et aussi impatient de recevoir cet ouvrage qu'Ahmat avait annoncé. " Journal d'un réfugié politique " n'apprendra rien de fondamental aux familiers des demandeurs d'asile. Pas de révélation sur les procédures et les critères, pas d'analyses ou de témoignages chocs. Mais quand même, le rappel d'un élément, fondamental, et qu'un journaliste ne devrait jamais oublier : derrière les statistiques, derrière les numéros de dossiers, derrière les formulaires, il y a, toujours, un être humain, une personne avec son histoire, sa famille restée au pays, ses espoirs et ses doutes. Ahmat lui-même en est convaincu, qui explique que " je m'intéresse à la vie des gens, aussi banale soit-elle " (p. 95). La sienne, précisément, n'est pas banale. A la fin 2004, Ahmat écrit un reportage, celui-là même qui lui vaudra le prix Natali, sur ce qu'il appela des " centres de dressage pour femmes et enfants " dans son pays. En réalité, des écoles coraniques terriblement dures, proches des camps de redressement. L'article, diffusé par Syfia et signé d'un pseudonyme vu l'absence de liberté de presse au Tchad, est publié par 20 journaux de divers pays*. L'information intéresse les responsables Envoyé Spécial (France 2) qui partent enquêter là-bas. Leur reportage permet cependant d'identifier Ahmat, qui se voit aussitôt assailli de menaces pour sa vie et sa famille. Il ne voulait pas partir, mais très vite, il doit se rendre à l'évidence : la vie au pays est devenue impossible. Le 6 octobre au matin, Ahmat atterrit à Paris, et, soutenu par Reporters sans frontières, il entame les démarches pour obtenir l'asile. La suite se trouve dans le livre, écrit en langage très simple, très humain. Une tranche de vie comme tant d'autres, peut-être, mais qui révèle aussi, entre les lignes, un journaliste qui avait un idéal et se voit d'un coup obligé d'en payer de prix. Comme cela peut nous arriver, à chacun...


André Linard InfoSud


* En Belgique, il n'a intéressé aucun média...

Article paru dans l'édition du 21 septembre 2006.
 
Dans la peau d’un demandeur d’asile
Journal d’un réfugié politique,
par Camille Bauer
 
À quoi ressemble la vie d’un demandeur d’asile, brutalement projeté dans un monde étranger ? Pour meubler la longue attente qui a précédé l’obtention de son statut en France, Ahmat Zéïdane Bichara, journaliste tchadien, a jeté sur le papier ses expériences, ses impressions, ses espoirs et ses étonnements. Cela donne ce récit plein d’humour et de curiosité. On y découvre une France peu accueillante, froide et indifférente. Non pas que l’ouvrage soit un réquisitoire. Au contraire. C’est parce qu’Ahmat s’en tient à décrire ce qu’il observe que ses récits des rapports entre les gens dans les transports en commun, du sort réservé aux clochards, où encore du racisme ambiant sont tellement cruels. Peu flatteuse également mais tellement instructive pour le néophyte, la description précise, étape par étape, du long marathon administratif, véritable course à obstacles, qu’est la demande d’asile en France. Amath Zeïdane s’observe avec la même franchise. Sans fausse pudeur, il évoque sa solitude, sa peur de la police, de se perdre, sa nostalgie du son pays, des êtres chers qu’il a dû laisser derrière lui, ses rapports avec les autres réfugiés
de la Maison des journalistes où il est hébergé. Et on sourit quand il avoue avoir pris goût à faire la bise aux femmes ou quand il s’attarde sur la difficulté à vivre sans compagne.
L’auteur ne fait pas plus preuve de complaisance quand il s’agit de s’interroger sur les difficultés de son pays et de son continent. C’est d’ailleurs cette volonté de dénoncer qui lui vaut d’être aujourd’hui un réfugié. Quand en 2004, ce musulman convaincu découvre dans son pays, des centres de redressement tenus par des islamistes, où femmes et enfants sont quotidiennement battus et enchaînés, il ne peut se taire. L’article qu’il rédige alors pour l’agence Syfia va servir de base à un documentaire de Patrice Lorton, ensuite diffusé en France par Envoyé spécial. Ce rôle de passeur d’information a valu à Ahmat les menaces de mort d’islamistes tchadiens. Mais aussi le premier prix de journalisme Lorenzo Natali pour l’Afrique décerné par l’Union européenne.
 

Camille Bauer

Article paru dans l'édition du 21 septembre 2006.