LE
LIVRE
En 2005, Ahmat Zeidane, journaliste au Progrès, journal
tchadien et correspondant de Syfia-international, découvre
par hasard un camp d'endoctrinement. Il décide de faire
un papier « Centre de dressage pour les enfants et les
épouses » où il relate le calvaire imposé
aux enfants et aux épouses « récalcitrantes »
dans les écoles coraniques autour de NDjamena. Il
est alors sollicité par France 2 qui lui demande de filmer
clandestinement un de ces camps. Le reportage sera diffusé,
fin 2005, dans l'émission "Envoyé Spécial"
qui va jusqu'à mentionner son nom au générique.
Menacé de mort dès le lendemain par les milieux
islamistes tchadiens, il doit alors fuir son pays laissant femme
et enfants. Il se retrouvre à Paris sans le sou, en quête
d'une demande d'asile politique... Le livre relate ces événements... son
arrivée à Paris sans y être attendu. Il pose
en filigrane la question "comment peut-on être français
?" Entre étonnement et regard sans concession sur
le Paris d'aujourd'hui, l'auteur raconte sa lutte pour obtenir
la possibilité de vivre dignement. Loin de son pays, de
sa famille, de ses amis, Zeidane livre une chronique de l'indifférence
ordinaire. On le suit dans ses démarches de demandeur
d'asile... Il esquisse le tableau de notre vie d'occidental qui
a fait de la figure de l'étranger le nouveau bouc émissaire.
- Un livre tout public.
-
L'AUTEUR
Ahmat Zeidane Bichara
était reporter au journalle Progrès. II
a remporté, en mars 2006, le prix de journalisme "Lorenzo
Natali" de lUnion européenne pour son fameux
reportage « Centre de dressage pour les enfants et les
épouses ».
-
-
-
le début du livre
-
- Le temps
d'un trajet en métro
-
- Jeudi 7 octobre, 5 heures du mat. Pourtant
déjà beaucoup de monde à la station "
La Chapelle ", ligne 2 vers " Nation ". C'est
peut-être le premier métro de ce jeudi, et il fait
moyennement froid. Bizarrement, je ne prête pas la moindre
attention à la température qui pourrait pourtant
constituer un risque, pour moi qui viens d'un climat tellement
différent.
- Mon unique préoccupation est en
effet de me rendre au plus vite à la Préfecture
de la station " Crimée ", chargée de
l'enregistrement des immigrés demandeurs d'asile, venus
de tous les horizons.
- Pourquoi me faire aller si loin ? Pour
que la distance soit un élément supplémentaire
de dissuasion ?
- Tout le monde attend donc l'arrivée
du métro prévue pour 5 heures 30. Je consulte régulièrement
mon plan, pour ne pas perdre l'orientation, mais encore plus
souvent ma montre. On m'a dit que dans ce pays les gens n'aiment
pas être abordés dans la rue ou sur les quais du
métro par un inconnu : " Évite de demander
des renseignements à un inconnu, tu risques de passer
pour un fou ou pour un mendiant. Ne demande surtout pas d'argent
à un Français même s'il est ton ami. Mieux
vaut souffrir que d'être mal considéré ",
me conseilla un ami français. J'ai d'ailleurs pu en faire
moi-même l'expérience.
- " Dans un lieu sombre, on confond
facilement une corde avec un serpent ", dit un proverbe
tchadien. Vu le très grand nombre de mendiants, il est
en effet très difficile de distinguer celui qui a réellement
besoin de résoudre un problème aigu et urgent de
celui qui a fait de cette pratique un métier. Je ne compte
donc que sur moi-même pour arriver à bon port.
- L'ouverture des bureaux de la Préfecture
est fixée à 8 heures 30, mais vu le grand nombre
de demandeurs, il faut arriver beaucoup plus tôt pour avoir
une chance d'être reçu ce jour-là.
- Debout au milieu des passagers de la
station " La Chapelle " qui guettent l'arrivée
du premier métro de ce jeudi, je laisse mon esprit vagabonder.
Je pense à la fille de ma grande sur, paralysée
depuis plus de sept ans, et à mes deux jeunes enfants,
surtout à Nadira, mon bébé de onze mois.
Et puis je pense à ma femme Anne, à la peau si
lisse, ma femme si sérieuse, si attentive et surtout si
solidaire de mes difficultés. Je pense à ma mère
Nadira, morte un mercredi 7 mai 1997 du choléra - il est
inutile de préciser d'où est venue cette terrible
maladie. Elle a disparu sans me dire au revoir, ni avoir pu me
donner le plus petit conseil, mais elle m'a laissé en
héritage ses biens les plus précieux et son éducation.
Ô mère ! Repose en paix !
- DANS LA PRESSE
- INFO SUD BELGIQUE
AUTANT le
dire d'emblée : à InfoSud, nous ne sommes pas "
objectifs " devant ce livre. Son auteur, Ahmat Zéïdane
Bichara, est un journaliste, correspondant au Tchad de notre
réseau InfoSud - Syfia. Et j'étais heureux à
ses côtés, le 10 mars 2006, lorsqu'il a reçu
le prix de journalisme européen Lorenzo Natali. Et aussi
impatient de recevoir cet ouvrage qu'Ahmat avait annoncé.
" Journal d'un réfugié politique " n'apprendra
rien de fondamental aux familiers des demandeurs d'asile. Pas
de révélation sur les procédures et les
critères, pas d'analyses ou de témoignages chocs.
Mais quand même, le rappel d'un élément,
fondamental, et qu'un journaliste ne devrait jamais oublier :
derrière les statistiques, derrière les numéros
de dossiers, derrière les formulaires, il y a, toujours,
un être humain, une personne avec son histoire, sa famille
restée au pays, ses espoirs et ses doutes. Ahmat lui-même
en est convaincu, qui explique que " je m'intéresse
à la vie des gens, aussi banale soit-elle " (p. 95).
La sienne, précisément, n'est pas banale. A la
fin 2004, Ahmat écrit un reportage, celui-là même
qui lui vaudra le prix Natali, sur ce qu'il appela des "
centres de dressage pour femmes et enfants " dans son pays.
En réalité, des écoles coraniques terriblement
dures, proches des camps de redressement. L'article, diffusé
par Syfia et signé d'un pseudonyme vu l'absence de liberté
de presse au Tchad, est publié par 20 journaux de divers
pays*. L'information intéresse les responsables Envoyé
Spécial (France 2) qui partent enquêter là-bas.
Leur reportage permet cependant d'identifier Ahmat, qui se voit
aussitôt assailli de menaces pour sa vie et sa famille.
Il ne voulait pas partir, mais très vite, il doit se rendre
à l'évidence : la vie au pays est devenue impossible.
Le 6 octobre au matin, Ahmat atterrit à Paris, et, soutenu
par Reporters sans frontières, il entame les démarches
pour obtenir l'asile. La suite se trouve dans le livre, écrit
en langage très simple, très humain. Une tranche
de vie comme tant d'autres, peut-être, mais qui révèle
aussi, entre les lignes, un journaliste qui avait un idéal
et se voit d'un coup obligé d'en payer de prix. Comme
cela peut nous arriver, à chacun...
André
Linard InfoSud
* En Belgique, il n'a intéressé aucun média...
- Article paru dans
l'édition du 21 septembre 2006.
-
- Dans
la peau dun demandeur dasile
- Journal
dun réfugié politique,
- par
Camille Bauer
-
- À
quoi ressemble la vie dun demandeur dasile, brutalement
projeté dans un monde étranger ? Pour meubler la
longue attente qui a précédé lobtention
de son statut en France, Ahmat Zéïdane Bichara, journaliste
tchadien, a jeté sur le papier ses expériences,
ses impressions, ses espoirs et ses étonnements. Cela
donne ce récit plein dhumour et de curiosité.
On y découvre une France peu accueillante, froide et indifférente.
Non pas que louvrage soit un réquisitoire. Au contraire.
Cest parce quAhmat sen tient à décrire
ce quil observe que ses récits des rapports entre
les gens dans les transports en commun, du sort réservé
aux clochards, où encore du racisme ambiant sont tellement
cruels. Peu flatteuse également mais tellement instructive
pour le néophyte, la description précise, étape
par étape, du long marathon administratif, véritable
course à obstacles, quest la demande dasile
en France. Amath Zeïdane sobserve avec la même
franchise. Sans fausse pudeur, il évoque sa solitude,
sa peur de la police, de se perdre, sa nostalgie du son pays,
des êtres chers quil a dû laisser derrière
lui, ses rapports avec les autres réfugiés
- de la Maison des journalistes où
il est hébergé. Et on sourit quand il avoue avoir
pris goût à faire la bise aux femmes ou quand il
sattarde sur la difficulté à vivre sans compagne.
- Lauteur
ne fait pas plus preuve de complaisance quand il sagit
de sinterroger sur les difficultés de son pays et
de son continent. Cest dailleurs cette volonté
de dénoncer qui lui vaut dêtre aujourdhui
un réfugié. Quand en 2004, ce musulman convaincu
découvre dans son pays, des centres de redressement tenus
par des islamistes, où femmes et enfants sont quotidiennement
battus et enchaînés, il ne peut se taire. Larticle
quil rédige alors pour lagence Syfia va servir
de base à un documentaire de Patrice Lorton, ensuite diffusé
en France par Envoyé spécial. Ce rôle de
passeur dinformation a valu à Ahmat les menaces
de mort dislamistes tchadiens. Mais aussi le premier prix
de journalisme Lorenzo Natali pour lAfrique décerné
par lUnion européenne.
-
Camille
Bauer
- Article paru dans l'édition
du 21 septembre 2006.
|