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LIVRE qui est Yves nat (1890-1956) ?
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- Yves Nat est sans aucun doute le plus attachant
des pianistes de sa génération. Ce musicien à
la sensibilité à fleur de peau respirait lhumilité
dans le tourment. Franc et tendre à la fois, Nat était
un pianiste en proie au doute qui évoluait entre présence
et absence. Frappé du syndrome de disparition en 1934,
il décidait au faîte de sa notoriété
de quitter la scène pendant 17 ans. « Désormais,
je naurai plus besoin de tourner », avait-il
avoué. Trop de concerts, trop dépreuves dues
au trac qui le paralysait et trop de voyages en Europe, en Amérique
du Nord et du Sud, eurent raison de son métier de pianiste
soliste. Sa nouvelle façon dexister devait passer
par lenseignement et la composition. Son implication en
tant que professeur au Conservatoire fut exceptionnelle. Avec
un dévouement sans fin, il transmit à ses élèves
lart de seffacer devant la musique. « Soublier
totalement afin que loeuvre se resouvienne »,
demandait le maître. Il renchérissait avec intransigeance :
«Une interprétation idéale présuppose
un oubli total de la personne au bénéfice de loeuvre. »
Cet engagement sans ambages posait une problématique de
nature schizophrénique. Avec Nat, la notion de présence
de linterprète acquérait un nouveau sens.
« Toujours à létroit dans la vie »,
disait de lui sa femme Elise. Il avait une telle considération
de la musique quil lui fallait repousser les frontières
et franchir les bornes du lieu commun et de la facilité.
Yves Nat guerroyait dans la vie comme dans une croisade. « Tout
pour la musique et rien pour le piano » était
son credo. Mais son orthodoxie nétait pas faite
pour la composition. Meurtri par lincertitude et la douleur,
Nat renvoyait le plus souvent ses écrits à la poubelle
lorsquil nen faisait pas un autodafé. Il possédait
pourtant un don pour la composition depuis sa tendre enfance.
Cest même par la composition que sa carrière
avait commencé lorsquà onze ans à
peine il avait dirigé devant Fauré et Saint-Saëns
sa « Fantaisie pour Orchestre ». Mais avec
les années, sa quête dabsolu musical lempêcha
de devenir le Chabrier de son époque ou de reprendre le
flambeau de son ami Déodat de Severac. Dix années
de travail pour des « sommets de douleurs »,
telle fut la gestation de son poème symphonique intitulé
« lEnfer ». Composé pour choeur
et orchestre, avec plus de deux cents exécutants en tout,
cette oeuvre dantesque fut créée pendant la Seconde
Guerre mondiale, en 1942. Laccueil du public fut poli,
mais tous les fanatiques de Nat qui étaient dans la salle
auraient préféré lentendre à
son piano. Il lui fallut dix autres années de labeur et
dautocensure pour aboutir à son « Concerto
pour piano », oeuvre modale en quatre mouvements.
Le jour de la création, Nat était au piano, un
mieux pour son public. Mais il fallait se rendre à lévidence :
seul le pianiste existait et était acclamé. A tel
point quen 1953, il y eut un récital au Théâtre
des Champs-Elysées plein à craquer. Ses inconditionnels
qui lavaient tant ovationné dans les années
vingt, retrouvèrent enfin leur idole. Beethoven, Schumann
et la Sonate funèbre de Chopin sinscrivaient à
son programme. À soixante-trois ans, Nat fit de ce récital
le couronnement de sa carrière. Trois ans plus tard, il
mourut à Paris le 31 août 1956.
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LES
AUTEURS
Mona
Reverchonest
diplômée de lettres et de langues et ancien membre
de lEducation nationale. Elle a publié Scott
Joplin. Poète du ragtime 1868-1917 (CNRS, 2001), et
un roman Sept notes volées à Chopin (Complicités,
2000)
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- Chantal Auber, est une ancienne élève d'Yves Nat,
1er Prix du Conservatoire National Supérieur de Musique
de Paris,elle est pianiste et compositeur.
Toutes deux vivent en région parisienne.
Le début
du livre
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- INTRODUCTION
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- Il est des hommages que l'on doit bien
rendre un jour, des dettes qu'il convient d'apurer, des cris
de reconnaissance et d'admiration qu'il faut enfin laisser échapper.
- On a parlé d'Yves Nat à
son époque, bien sûr, et aussi dix ans après
sa mort quand des émissions radiophoniques furent consacrées
à cette commémoration, plus tard encore, en 1983,
lors de l'édition de ses Carnets. Des pianistes, des écrivains,
ses anciens élèves, Boegner, Nanquette, eurent
plaisir à évoquer, en des occasions diverses, ce
grand interprète qui a joué beaucoup plus à
l'étranger qu'en France. En 1995 une thèse2 a réuni
la liste de ses manuscrits originaux3, des documents, témoignages
et autres appréciations admiratives.
- Dans ces conversations amicales, nous
ne prétendons pas " tout " dire d'Yves Nat,
ni de ses concerts, ni de ses travaux, ni des articles de journaux
et des poèmes dont on peut trouver ailleurs (voir bibliographie)
des compilations et des listes exhaustives. Notre intention est
plus modeste. C'est à partir de souvenirs de première
main, d'impressions profondément marquées, d'une
approche personnelle et d'événements vécus
intensément que nous voulons tenter de rendre vie à
ce géant du piano, qui a tant apporté à
la musique, aux musiciens et aux mélomanes, essayer de
ranimer la grande présence d'un artiste intègre
ennemi du succès facile et dont la personnalité
exceptionnelle ne craignait pas de se placer en marge des idées
reçues. Nous essaierons aussi de définir sa dimension,
sa place dans l'histoire de l'interprétation et sa vérité,
d'aussi près qu'on puisse cerner la vérité
d'un être qui fut, comme Rimbaud qu'il aimait, un passant
" considérable ".
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