EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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REVERCHON Mona
 
Yves NAT
un musicien de légende

Conversation avec Chantal Auber
Genre : entretien Musique
Collection "Musique classique"
Format : 14 x 21,5
Nombre de pages : 180 pages
ISBN : 2-915651-53-1
Date de parution : octobre 2006

Prix : 18 € TTC
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LE LIVRE – qui est Yves nat (1890-1956) ?
 
Yves Nat est sans aucun doute le plus attachant des pianistes de sa génération. Ce musicien à la sensibilité à fleur de peau respirait l’humilité dans le tourment. Franc et tendre à la fois, Nat était un pianiste en proie au doute qui évoluait entre présence et absence. Frappé du syndrome de disparition en 1934, il décidait au faîte de sa notoriété de quitter la scène pendant 17 ans. « Désormais, je n’aurai plus besoin de tourner », avait-il avoué. Trop de concerts, trop d’épreuves dues au trac qui le paralysait et trop de voyages en Europe, en Amérique du Nord et du Sud, eurent raison de son métier de pianiste soliste. Sa nouvelle façon d’exister devait passer par l’enseignement et la composition. Son implication en tant que professeur au Conservatoire fut exceptionnelle. Avec un dévouement sans fin, il transmit à ses élèves l’art de s’effacer devant la musique. « S’oublier totalement afin que l’oeuvre se resouvienne », demandait le maître. Il renchérissait avec intransigeance : «Une interprétation idéale présuppose un oubli total de la personne au bénéfice de l’oeuvre. » Cet engagement sans ambages posait une problématique de nature schizophrénique. Avec Nat, la notion de présence de l’interprète acquérait un nouveau sens. « Toujours à l’étroit dans la vie », disait de lui sa femme Elise. Il avait une telle considération de la musique qu’il lui fallait repousser les frontières et franchir les bornes du lieu commun et de la facilité. Yves Nat guerroyait dans la vie comme dans une croisade. « Tout pour la musique et rien pour le piano » était son credo. Mais son orthodoxie n’était pas faite pour la composition. Meurtri par l’incertitude et la douleur, Nat renvoyait le plus souvent ses écrits à la poubelle lorsqu’il n’en faisait pas un autodafé. Il possédait pourtant un don pour la composition depuis sa tendre enfance. C’est même par la composition que sa carrière avait commencé lorsqu’à onze ans à peine il avait dirigé devant Fauré et Saint-Saëns sa « Fantaisie pour Orchestre ». Mais avec les années, sa quête d’absolu musical l’empêcha de devenir le Chabrier de son époque ou de reprendre le flambeau de son ami Déodat de Severac. Dix années de travail pour des « sommets de douleurs », telle fut la gestation de son poème symphonique intitulé « l’Enfer ». Composé pour choeur et orchestre, avec plus de deux cents exécutants en tout, cette oeuvre dantesque fut créée pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942. L’accueil du public fut poli, mais tous les fanatiques de Nat qui étaient dans la salle auraient préféré l’entendre à son piano. Il lui fallut dix autres années de labeur et d’autocensure pour aboutir à son « Concerto pour piano », oeuvre modale en quatre mouvements. Le jour de la création, Nat était au piano, un mieux pour son public. Mais il fallait se rendre à l’évidence : seul le pianiste existait et était acclamé. A tel point qu’en 1953, il y eut un récital au Théâtre des Champs-Elysées plein à craquer. Ses inconditionnels qui l’avaient tant ovationné dans les années vingt, retrouvèrent enfin leur idole. Beethoven, Schumann et la Sonate funèbre de Chopin s’inscrivaient à son programme. À soixante-trois ans, Nat fit de ce récital le couronnement de sa carrière. Trois ans plus tard, il mourut à Paris le 31 août 1956.
 

LES AUTEURS

Mona Reverchonest diplômée de lettres et de langues et ancien membre de l’Education nationale. Elle a publié Scott Joplin. Poète du ragtime 1868-1917 (CNRS, 2001), et un roman Sept notes volées à Chopin (Complicités, 2000)
 
Chantal Auber, est une ancienne élève d'Yves Nat, 1er Prix du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris,elle est pianiste et compositeur.

Toutes deux vivent en région parisienne.

Le début du livre
 
INTRODUCTION
 
Il est des hommages que l'on doit bien rendre un jour, des dettes qu'il convient d'apurer, des cris de reconnaissance et d'admiration qu'il faut enfin laisser échapper.
On a parlé d'Yves Nat à son époque, bien sûr, et aussi dix ans après sa mort quand des émissions radiophoniques furent consacrées à cette commémoration, plus tard encore, en 1983, lors de l'édition de ses Carnets. Des pianistes, des écrivains, ses anciens élèves, Boegner, Nanquette, eurent plaisir à évoquer, en des occasions diverses, ce grand interprète qui a joué beaucoup plus à l'étranger qu'en France. En 1995 une thèse2 a réuni la liste de ses manuscrits originaux3, des documents, témoignages et autres appréciations admiratives.
Dans ces conversations amicales, nous ne prétendons pas " tout " dire d'Yves Nat, ni de ses concerts, ni de ses travaux, ni des articles de journaux et des poèmes dont on peut trouver ailleurs (voir bibliographie) des compilations et des listes exhaustives. Notre intention est plus modeste. C'est à partir de souvenirs de première main, d'impressions profondément marquées, d'une approche personnelle et d'événements vécus intensément que nous voulons tenter de rendre vie à ce géant du piano, qui a tant apporté à la musique, aux musiciens et aux mélomanes, essayer de ranimer la grande présence d'un artiste intègre ennemi du succès facile et dont la personnalité exceptionnelle ne craignait pas de se placer en marge des idées reçues. Nous essaierons aussi de définir sa dimension, sa place dans l'histoire de l'interprétation et sa vérité, d'aussi près qu'on puisse cerner la vérité d'un être qui fut, comme Rimbaud qu'il aimait, un passant " considérable ".