- Dans
la même collection
Pour
la laïque de Jean Jaurès, présentation de Laurence Loeffel.
La
Foi laïque de Ferdinand Buisson, présentation de Mireille Gueissaz.
La
Morale sociale de Benoît Malon, présentation de Philippe Chanial.
Les
Idées égalitaires de Célestin Bouglé, présentation
de Serge Audier.
- Qui
est Pierre Leroux ?
le livre & le choix des textes
-
- On
la oublié : Pierre Leroux (1797-1871) est linventeur
du socialisme. Mais si on ajoute que ce socialisme était
républicain, libéral et « religieux »,
on comprend pourquoi il fut impossible de lire cette uvre
tout au long dun XXe siècle enfermé dans
lalternative du marxisme et du socialisme utopique. Leroux
nest ni scientifique ni utopique.
Sa pensée toute dialectique était dirigée
dès 1830 vers un dépassement de lalternative
entre ce quil appelait lindividualisme absolu et
le socialisme absolu. Il proclama à lordre du jour
« la grande question du prolétariat »
et poursuivit avec constance la critique de léconomie
politique. En même temps, sa réflexion sur la Terreur
et sur certaines dérives du saint-simonisme lavait
averti du danger pour les sociétés modernes de
ce que nous appelons le totalitarisme.
- Figure
dominante de 1848, Leroux influença grandement les fondateurs
de la IIIe République (1875-1940) et Jaurès lui
doit beaucoup, en particulier dans son idée de ne pas
séparer le socialisme de la République. Leroux
veillait à ne jamais désolidariser les luttes pour
légalité sociale et la conquête des
formes politiques et juridiques. Le grand problème des
sociétés modernes est à ses yeux de concilier
les frères ennemis que sont légalité
et la liberté. Il plaçait la fraternité
au centre de la devise républicaine pour indiquer quaucune
solution technocratique ne peut avoir defficacité
sans la mobilisation des consciences. La culture nest pas
une vaine superstructure ! Sa réflexion sur la religion
est toute terrestre et orientée vers la vie universelle ;
elle anticipe sur la conscience écologique actuelle. Leroux
se voulait philosophe de la vie, en même temps quil
développa une érudition considérable pour
évaluer avec beaucoup douverture la grandeur et
les misères des cultures du passé.
- Cette
uvre monumentale, oubliée depuis 1850, commence
à ressurgir par blocs séparés.
Cette anthologie a lambition den rendre possible
une vision densemble.
- L'auteur
Bruno VIARD est professeur de Littérature Française
à l'Université de Provence, spécialisé
dans la littérature romantique et les idées sociales
au XIXe siècle, et collabore à la Revue de Psychologie
de la Motivation et à la Revue du MAUSS. Il a publié
De légalité, de Pierre Leroux Slatkine,
Genève, 1996, À la source perdue du socialisme
français, Desclée de Brouwer, 1997, Les
trois neveux ou laltruisme et légoïsme
réconciliés(Pierre Leroux, Marcel Mauss, Paul
Diel), PUF, 2002, Les Poètes et les Économistes.
Pour une approche anthropologique de la littérature,Kimé,
2004.
DANS LA PRESSE
- MarianneN°542 - 8-14 septembre 2007
-
- Leroux, le socialisme
encore possible
-
- par Robert REDEKER
-
- Bibliothèque
républicaine de Vincent Peillon, où se côtoieront
Jaurès, Fouillée, Buisson et bien d'autres, publie
une anthologie complète de ce penseur singulier et profond.
Avec Leroux nous retournons aux sources du socialisme, d'où
coule aussi son avenir. Le problème du socialisme est
le problème même de l'humanité, jamais résolu
jusqu'ici : comment concilier les deux légitimités,
celle de la société et celle de l'individu, de
la liberté et de l'association, toujours en conflit ?
Le socialisme apporte la solution. Liant l'un et le multiple,
produisant la synthèse du principe de liberté et
du principe de société, il est ii la doctrine qui
ne sacrifiera aucun des termes de la formule liberté,fratemité,
égalité, unité, mais qui les conciliera
tous ". Bien avant Marx, Leroux parle de "l'exploitation
de l'homme par l'homme" tout en définissant le prolétariat
et la bourgeoisie dans leur rapport à la propriété
des moyens de production. Sa critique du
saint-simonisme, anticipation de toute bonne critique du marxisme,
lui procurel'intuition répulsive du totalitarisme qu'il
appelle "socialisme absolu ". Chez Leroux, l'activité
de critique littéraire nourrit une riche anthropologie.
Intime de Sand, inspirant Hugo (avec qui il entretient de puissantes
affinités, malgré le revirement de leur amitié
en brouille), son lien à la littérature l'empêche
de sombrer dans l'économisme : se défiant du matérialisme,
il ne réduit pas le patrimoine de l'humanité à
une superstructure trompeuse.
C'est parce qu'il est profondément marqué par la
littérature que le socialisme de Leroux n'est ni manichéen
ni - mécaniste, mais républicain et libéral.
Du coup, il rejette aussi bien la lutte des classes violente,
l'utopie éradicatrice de la table rase, la démocratie
totalitaire que l'étatisation de l'économie.
Si le marxisme est un fleuve tari, le socialisme ne l'est point.
Son avenir passe par un retour aux sources - celles de la pensée
de Pierre Leroux, apte à nourrir la réflexion et
l'action des hommes du XXIe siècle. En effet, chaque page
de ce livre manifeste avec éclat la nécessité
et la possibilité du socialisme. D'un socialisme dans
un autre sens que celui légué par l'histoire du
XXe siècle.
- Le Nouvel observateur
31 mai - 6 juin 2007
- Les
boussoles de Peillon
- Et
si, avant de rénover la gauche, il fallait redécouvrir
les grands classiques du républicanisme ?
- par
François Bazin
-
C'est Philippe Chanial, un sociologue,
secrétaire de la " Revue du Mauss ", qui va
dire l'essentiel en quelques mots. Il a livré une belle
préface à la réédition de "
la Morale sociale " de
Benoît Malon. Sur cette figure oubliée de la gauche
française de la fin du XIX' siècle, théoricien
méconnu d'un socialisme réformiste et républicain,
il est intarissable. Malon l'éclectique, comme disait
Marx avec mépris ? Et alors... Avec lui, autour de lui,
parfois même contre lui, c'est toute une école qu'on
redécouvre. Pas simplement par goût de l'érudition
académique. Derrière " la Bibliothèque
républicaine" (1) que lancent les Éditions
du Bord de l'Eau, il y a un projet intellectuel et politique
de première importance. Philippe Chanial en est conscient
: " La droite s'est ressourcée, à partir des
années 1970, dans une relecture critique des théoriciens
du libéralisme français, Tocqueville ou Constant.
Si la gauche réformiste, à son tour, ne fait pas
ce travail avec les siens, alors... " Refondation ? Dites plutôt redécouverte.
Le chef d'orchestre de cette opération s'appelle Vincent
Peillon. Il est parlementaire européen. C'est un des espoirs
du PS, où l'on reste un jeune quand on n'a pas encore
50 ans. Philosophe et militant. Historien et élu. Peillon
est un cas. Encore un éclectique... Le drame du socialisme
français s'est noué à ses yeux en 1905,
quand Jaurès, pour obtenir l'unité de l'organisation,
a cédé l'essentiel au marxisme vulgaire de Guesde
en comptant sur le temps pour rattraper le terrain perdu. Ce
temps lui a manqué un jour d'août 1914. La gauche
ne s'en est jamais remise. C'est tout un continent intellectuel qui a ainsi
disparu, il y a de cela un siècle. Des socialistes libertaires,
des républicains de progrès, des utopistes, des
laïques, des associatifs aussi... Tellement divers mais
finalement si proches. Parfois datés mais souvent riches
de problématiques qu'une gauche vaguement marxiste n'a
eu de cesse de disqualifier. Quoi de commun entre Ferdinand Buisson
et Pierre Leroux ? Quel rapport entre
Alfred Fouillée et Célestin
Bouglé ? Quels liens entre Benoît Malon et Léon
Bourgeois ? Ceux-là ne forment pas une école à
proprement parler. Ils dessinent plutôt une communauté
de pensée. Ils ont tous leur place dans la même
bibliothèque.
Curieux hasard - mais en est-ce vraiment un ? - que ce retour
à des auteurs oubliés au moment même où
la gauche réformiste cherche, dans la défaite,
de nouvelles boussoles. D'autant qu'avec Bourgeois, Malon, Fouillée
and Co, c'est toute une génération de jeunes historiens,
philosophes et sociologues qui s'affirme ou pointe le bout de
son nez. Vincent Peillon réédite. Eux préfacent.
Leurs noms ? Philippe Chanial mais aussi Jean-Fabien Spitz, auteur
il y a quelques années d'un très remarquable "
Moment républicain en France " (Gallimard), ou Serge
Audier, dont l'ouvrage sur "le Socialisme libéral
" (La Découverte) aurait mérité d'être
davantage commenté, à gauche notamment. Tous disent
finalement la même chose. Le réformisme, dans la
tradition française, n'est pas qu'un pragmatisme au [d
de l'eau. Le républicanisme est une école qui mérite
mieux que les statues de marbre qui lui ont été
consacrées. Le reconnaître, n'est-ce pas déjà
reconstruire ?
François Bazin
-
- (1) Déjà
publié aux Éditions Le Bord de l'Eau : " Pour la laïque et autres textes ",
de Jean Jaurès ; " la
Morale sociale ", de Benoît Malan ; " la Foi laïque ",
de Ferdinand Buisson.
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