La Marseillaise | Juin 2010
Imaginer un autre monde possible par Roland Pfefferkorn
Au vu de la crise globale sociale, écologique et démocratique dans laquelle s’enfoncent nos sociétés il est urgent d’imaginer un autre futur. La question n’est ni simple ni nouvelle. Elle se pose cependant en des termes nouveaux après l’effondrement du «socialisme réellement existant» des pays de l’Est et le tournant néo-libéral et ses conséquences de plus en plus dramatiques qui affectent l’ensemble du monde capitaliste.
Avec son livre « Jalons vers un monde possible» (éditions Le bord de l'eau, 2010, 16 euros), Thomas Coutrot contribue à cette indispensable réflexion. Il est convaincu qu’il est possible de subvertir le capitalisme par des voies démocratiques, à condition toutefois de remettre en cause la démocratie représentative en grande partie confisquée par les grands médias et les grands partis. Car, nous explique-t-il, «la démocratie s'étiole à rester confinée dans les limites étroites du régime représentatif». Le coprésident d’Attac oriente son propos vers l’action : il estime que «la société civile est l'espace où peuvent s'exprimer la résistance contre les pouvoirs monopolisés et les aspirations à l'autonomie des citoyens dans toute leur diversité». Ce faisant il ne confond pas ici la société civile avec la société officielle, celles des puissants de toutes sortes.
L’enjeu de société que représentent les retraites est au centre de l’excellent travail réalisé par Attac et la Fondation Copernic. L’ouvrage de 172 pages, «Retraites. L’heure de vérité» (Syllepse, 2010, 7 euros) rédigé par des économistes et des spécialistes des retraites se distingue par sa qualité pédagogique. Il montre que la paupérisation des retraités est désormais ouvertement programmée par ceux qui nous gouvernent et par une partie de ceux qui y aspirent. L’ouvrage insiste sur les solutions positives qui existent, à condition notamment d’envisager un nouveau partage de la richesse produite en s’attaquant aux revenus financiers, ce qui est possible par l’augmentation des cotisations.
L’ouvrage collectif « Postcapitalisme. Imaginer l'après » (Au diable Vauvert, 2009, 20 euros) que Clémentine Autain a coordonné il y a quelques mois et auquel plusieurs membres d’Attac ont participé contribue à cette nécessaire réflexion. Les auteurs proposent leurs analyses en fonction de leur sensibilité, de leur spécialité et de leur trajectoire. Ils ont en commun de tenter de faire advenir une autre gauche : une gauche qui n’a pas d’emblée renoncé. On y trouve par exemple des textes de Roger Martelli, Daniel Bensaïd ou Jacques Généreux. Signalons aussi quelques autres livres qui ouvrent des perspectives intéressantes. L’esprit frappeur et Le jouet enragé ont traduit le livre de Martin Sivak consacré à Evo Morales premier président indigène de Bolivie, simplement intitulé Evo (330 pages, 19 euros). Les Editions Thierry Magnier ont lancé une nouvelle collection «Troisième culture» qui a l’ambition de renouveler l’accès aux savoirs critiques. Exemples : «Le temps de la décroissance» de Serge Latouche et Didier Harpagès ou «L’amérique pauvre» de Romain Huret (2010, 9,80 le volume).
Et pendant ce temps le directeur du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, lancé par la propagande sondagière, est présenté comme meilleur postulant «socialiste». A ce niveau de tartufferie les mots décidemment n’ont plus de sens : l’ex-ministre de l’industrie, ex-avocat d’affaires, n’est évidemment pas de gauche. DSK, avec ses compères Schröder et Blair, incarne parfaitement la traîtrise de la sociale-démocratie et son adhésion au dogme libéral qui précisément entraîne le monde vers le chaos. A la tête du FMI, auréolé d’une supposée «compétence» économique, il impose des sacrifices aux populations pour satisfaire les fameux «marchés», c’est-à-dire les banques, les fonds de pension, les financiers et autres spéculateurs...