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- Gilbert &
Yannick BEAUBATIE
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- Trotsky en
Corrèze
Généalogie d'une rumeur
Préface
de Jean-Pierre Rioux (historien)
- Genre : document
histoire
Format : 14 x 21 300 pages
Date de parution : 24 mars 2007
ISBN : 978-2-915651-64-5
- France 3 | 21 avril
2007
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LE LIVRE
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- Ce livre tente, quelques soixante dix ans plus
tard, de comprendre pourquoi, ce qui à lévidence
naurait pu être quun bruit, un ragot de couloir,
va se transformer en rumeur, trouver, dans une certaine presse,
matière à sépanouir, stimuler peu
à peu les imaginations, et convaincre une grande partie
de lopinion...
- De surcroît, ce quil y a, peut-être,
de plus fascinant dans cette histoire, cest que, loin de
sombrer, une fois pour toutes, dans le silence, sous leffet
de toutes les preuves qui en révèlent la fausseté,
cette rumeur ne fait, en définitive, quentrer en
sommeil, pour resurgir, bien des années plus tard, sous
la forme dune légende, dans un autre contexte, culturel
et politique...
- Trotsky aurait en effet trouvé asile au
château de Bity, commune de Sarran, dans la propriété
dun certain Noël Lucas-Shadwell, archéologue
anglais qui était considéré par certains
comme un des principaux « correspondants de lIntelligence
Service » dans la France du Sud.
Or lorsque cette gentilhommière deviendra, en 1969, propriété
de Jacques Chirac, certains de ses biographes, ainsi que des
journalistes, ne tarderont guère à exhumer cet
épisode de la presse des années trente...
- Dans ce livre nous retrouvons tous les ingrédients
des grands récits mythologiques, de la transformation
d'une rumeur en vérité pour certains.
Cette histoire-là nous est-elle si lointaine ?
- Un livre d'historiens accessible à tous.
LES AUTEURS
Gilbert Beaubatie est professeur d'histoire à l'IUFM
de Tulle, correspondant départemental de l'Institut d'histoire
du Temps présent.
Yannick Beaubatie enseigne la philosophie. Il est l'auteur
de plusieurs ouvrages, parmi lesquels : Le Nihilisme
et la morale de Nietzsche (Larousse), Comment peut-on
être Limousin ? Les Paradoxes de l'échafaud
(Fanlac), Il a dirigé aux éditions Mille Sources
Tombeau de Gilles Deleuze (2000), Empreintes (2004).
- DANS LA PRESSE
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- Littéraire
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- La Quinzaine Littéraire | 1er
juin 2007
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- LA
VALSE DES RAGOTS
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- Gilbert
et Yannick Beaubatie : Trotsky en Corrèze. Généalogie
d'une rumeur. Préface de Jean-Pierre Rioux. Le Bord de
l'Eau, 274 pages, 22 euros.
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- Trotsky en Corrèze, au premier regard ce titre suggère un
épisode mineur dans une existence marquée par des
événements dramatiques dont certains ont laissé
une trace dans l'histoire du monde d'hier et même d'aujourd'hui.
Pourtant l'ouvrage tout à fait passionnant de Gilbert
et Yannick Beaubatie, dont le sous-titre ("Généalogie
d'une rumeur") évoque la portée réelle,
n'a rien d'anecdotique
- Les deux auteurs partent d'un article du Canard
Enchaîné du 15 janvier 1997 évoquant
un déplacement de Jacques Chirac sur ses terres corréziennes
et reprenant une information du Figaro et qui affirmait : "Le
Seigneur de Bity, par ailleurs président de la République,
est allé, accompagné de Madame, présenter
ses vux à ses villageois de Sarran ( Corrèze).
Après quoi tous deux ont dormi dans leur Chateau-Chirac.
Un manoir au passé étrange , selon Le Figaro.
Dans les années trente , il appartenait à un colonel
anglais retraité de l'Intelligence Service , l'honorable
Willian-Noel Licas-Shadwell qui y accueillit pendant l'hiver
1934 Trotsky pourchassé par les agents du Komintern. Dans
les greniers de château Chirac le fantôme de Trotsky
poursuivi par le spectre de Staline hante-t-il parfois les nuits
de Bity ?"
-
- L'hebdomadaire, alerté sans doute par un
lecteur au fait des méandres de la biographie de Trotsky
rectifiait la semaine suivante cette information fantaisiste.
Pendant l'hiver 1934 Trotsky se trouvait en effet, sous une surveillance
policière permanente, à Domène non loin
de Grenoble, loin du Château de Bity, privé de toute
possibilité de quitter Domène fût-ce pour
une après-midi.
- La fausse information, née ou du moins diffusée
dès 1934 sous la plume de Georges Lecomte, membre de l'Académie
française, aujourd'hui bien oublié (à juste
titre) a pourtant fait carrière. On la voit ainsi réapparaître
dans les Secrets de Jeunesse d'Edwy Plenel, spécialiste
du "journalisme d'investigation", en l'occurrence peu
exigeant sur la qualité de l'information ou de l'informateur.
Dans ce livre qu'il présente comme un recueil de "découvertes
d'une mémoire buissonnière" (très buissonnière
en effet
) il prend au sérieux ce "séjour"
imaginaire avec une simple réserve distante et s'interroge :
"L'un des mystères de ce séjour, dont je
n'ai pu encore trouver la clé, est cette halte incertaine
du Vieux en Corrèze, fin décembre 1934 ,début
janvier 1935. Vacances, repos, rendez-vous, discussions ? Je
ne sais."
- Apparemment , depuis lors, Edwy Plenel n'a toujours
pas trouvé la clé du prétendu mystère.
Le journalisme d'investigation ne permet sans doute pas de trouver
de réponses à de fausses questions. Mais que d'interrogations
pour un séjour aussi impossible matériellement
que fantaisiste !
- Pourtant Bernard-Henri Lévy rendant compte
de l'ouvrage d'Edwy Plenel où il voit "le plus inquiétant
des romans vrais de l'année" (sic !) dans Le Figaro
du 9 novembre 2001 juge essentielles les questions soulevées
par l'auteur dans son ouvrage, et demande, haletant : "Que
se sont vraiment dit André Malraux et Léon Trotsky
en août 1933 dans une villa de Royan ? Qui était
Jean van Heijenoort ? Était-il le garde du corps, le chauffeur,
le traducteur attitré de l'exilé de Coyoacan ?(
)
Trotsky a-t-il séjourné à Bity dans le château
de Jacques Chirac ? (
) Toutes ces questions et d'autres
hantent de livre indocile."
Lignes cocasses ! L'ignorance permet de poser des questions
dénuées de tout contenu ; il n'y a en effet pas
l'ombre d'un mystère ni sur les fonctions archi-connues
de Jean Van Heijenoort ,ni sur le contenu de la conversation
entre Malraux et Trotsky lors de leur rencontre à Royan.
Le seul vrai mystère est dans le non-séjour de
Trotsky au château de Bity.
- La rumeur refait pourtant surface dans la chronique
de Frank Moulin du 8 août 2001 sur RTL. Le journaliste
déclare tout de go : "On a reparlé
de Bity, même si ça n'a rien à voir, au sujet
du passé trotskyste de Lionel Jospin. En 1935 , en effet,
bien avant son achat par Jacques Chirac, Léon Trotsky
lui-même avait séjourné au château
de Bity." L'objet de l'"information" est évidemment
d'accoler en passant le nom de Trotsky à celui de Jacques
Chirac pour pouvoir ensuite, ce qui sera fait dans plusieurs
quotidiens, accoler au nom de ce dernier celui d'une organisation
trotskyste.
- Gilbert et Yannick Beaubatie retracent la généalogie
de la rumeur, ses méandres parfois surprenants, le contexte
dans lequel elle prend son essor ses développements, les
traces qu'elle laisse derrière elle, et son utilisation
multiforme. L'article de l'académicien Georges Lecomte
qui la lance et que les deux auteurs ont l'excellente idée
de reproduire intégralement est un modèle du genre.
Georges Lecomte souligne d'abord que la Corrèze "renferme
en ce moment un matériel destiné à armer
les réfugiés espagnols, lesquels entraînent
des troupes du Front Social au maniement révolutionnaire".
Tulle en effet renferme dans ses murs une manufacture d'armes.
"Un autre hasard fait que cette région abrite
un individu qu'aucun pays ne veut recevoir ; j'ai nommé
Trotsky." Et Georges Lecomte révèle que
cet "indésirable" ne se contente pas de "manger
des châtaignes" mais "il abandonne deux fois
par mois sa retraite pour venir, au vu et au su du gouvernement,
converser avec Blum, Bergery, Doriot et les fusilleurs du 6 février."
Il tient avec eux des "réunions où l'on élabore
un coup de force contre la Patrie." Le gouvernement laisse
faire parce qu'un "grand ministre" dont Lecomte ne
donne pas le nom est franc-maçon et que "les lois
maçonniques priment toutes les autres."
- Le seul élément vrai dans ce récit
délirant, qui ressuscite le mythe du complot judéo-bolcheviquo-maçonnique
est qu'il y a dans la région quelques dizaines d'ouvriers
espagnols rescapés de la répression sanglante quoi
a décimé la grève générale
des mineurs des Asturies en octobre 1934 et qui ne se livrent
bien entendu à aucun maniement d'armes. Tout le reste
est du mauvais roman feuilleton, qui agite pourtant les représentants
du pouvoir. Gilbert et Yannick Beaubatie retracent les enquêtes
grotesques lancées par ces derniers. Le préfet
de la Corrèze demande à ses gendarmes "d'identifier
les personnalités de nationalité étrangère
qui auront pu, au cours des derniers mois, établir leur
résidence en Corrèze". Le 11 janvier 1935,
il informe le ministre de l'intérieur : "Plusieurs
journaux ce matin encore l'hebdomadaire Candide ont annoncé
la présence en Corrèze de Trotsky. Il y a déjà
près d'un mois qu'un journal Par l'effort (organe
mensuel de l'association, nationale des officiers combattants
(
) a publié cette information que j'ai fait contrôler
dès que j'en ai eu connaissance."
- Le quotidien Le Jour envoie un de ses collaborateurs
sur les traces de l'ancien chef de l'Armée rouge. Une
in formation laisse entendre qu'après avoir erré
quelque temps entre Brive et Tulle (où se trouve, rappelons-le,
la manufacture d'armes !). Trotsky aurait trouvé asile
"dans la commune de Rosiers d'Égletons dans une petite
maison bourgeoise isolée" que le journaliste finit
par dénicher et qui se révèle "inhabitée
depuis plusieurs mois". Un autre journal envoya pourtant
un correspondant à la recherche de la maison d'Égletons
où "disait-on, Trotsky menait joyeuse vie".
et ne trouve rien ni personne. Le journaliste du Jour conclut
sagement : "Trotsky, que l' on croit voir partout
en Corrèze est peut-être à cent lieues mais
les conversations vont leur train." et reprendront après
une longue éclipse.
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- L'ouvrage de Gilbert et Yannick Beaubatie ne se
contente pas de démonter le mécanisme de la rumeur
et de la désinformation qui débouche sur la calomnie
dont ils analysent les prolongements contemporains : les deux
auteurs étudient le contexte politique dans lequel ces
affabulations prennent naissance et le rôle qu'elles sont
destinées à jouer, car elles ne sont en rien gratuites
ou fortuites.
- En ce sens cet ouvrage écrit avec autant
de verve que de précision est à la fois d'une lecture
très facile et d'une très grande actualité.
Il ne peut qu'inviter son lecteur à la plus grande vigilance,
sinon méfiance, vis-à-vis des bruits et rumeurs
répandus par les medias, fût-ce sous la signature
ou dans la bouche de très éminentes personnalités.
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- Jean-Jacques Marie
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