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- Sans nul doute,
Martine Storti a écrit là le roman de mai 68...
Deux femmes se rencontrent dans les rassemblements, professeur
issue d'un milieu bourgeois pour l'une, étudiante issue
d'un milieu ouvrier pour l'autre. Dès les premiers regards,
elles s'aiment... Un amour de mai qui grandit au cours des événements.
Mai 68 écrit dans l'attente de l'être aimé...
attente devenue éternité.
- L'une meurt
dans un accident de voiture en juin. Amour tragique, inassouvi,
tout comme cette révolution de mai qui ne finit pas de
finir.
-
- L'histoire commence
par l'évocation de ce voyage sur les bords du lac d'Orta
qu'elles ne feront jamais... voyage qui résonne comme
celui que firent, des années plus tôt, Nietzsche
et Lou Andréa Salomé. A quel endroit sur ce petit
chemin du Sacro Monte, Lou a-t-elle embrassé Nietzsche
?
-
-
- Une écriture
ample et vive qui laisse entrevoir l'intensité des jours
de mai, et qui, au fond, restitue toute l'humanité de
ces jours où des individus, souvent étrangers les
uns des autres, redevinrent le peuple. C'est dans ce jour en
plus, en trop pour certains, toujours à venir pour d'autres,
que nous entraîne Martine Storti.
- Premières pages (extraits)
-
- Je me demande
à quel endroit du Sacro Monte Lou a embrassé Nietzsche.
Etait-ce pendant l'ascension de la petite colline ? Ou dans
les allées qui serpentent entre les chapelles bariolées
dont chacune raconte un épisode de la vie de Saint François
d'Assise ? Ou bien sur le chemin du retour, juste avant
de retrouver madame von Salomé et Paul Rée ?
Et d'ailleurs Lou a-t-elle embrassé Nietzsche ?
Des années plus tard, mais quand exactement, on ne le
sait pas, à Malraux, qui lui parlait de son livre sur
Nietzsche, puis de Nietzsche, elle répondit : « je
voudrais tout de même bien me souvenir si je l'ai embrassé
ou non, sur ce chemin, vous savez, au-dessus du lac d'Orta. »
Malraux qui relate cet épisode au début de ses
Antimémoires la décrit alors comme « une
vieille dame vêtue d'un sac » et dotée
« d'une mâchoire de dentiste américain ».
Difficile de dire ce qu'est une telle mâchoire et
aussi de savoir quel âge avait alors Lou Andréas
Salomé quand elle s'est ainsi interrogée à
haute voix devant Malraux. Il ne précise pas la date de
cette rencontre, il dit « un jour dans le salon de
madame Daniel Halévy ».
Lou meurt en 1937 à 76 ans, donc c'était avant
1937, sûrement plusieurs années avant 37, car depuis
pas mal de temps Lou ne quittait plus Göttingen.
A quel âge une femme était-elle alors pour Malraux
une « vieille dame » et quel genre de robe
pouvait-il être assimilé à un sac ?
Qu'importe. Et qu'importe si Lou avait vraiment perdu la mémoire
ou si elle jouait à ne pas se souvenir, ou si elle voulait
délibérement taire ce qui s'était passé
entre elle et Nietszche, ce jour-là, sur les pentes du
Sacro Monte qui, soit dit entre parenthèses, n'est pas
« au-dessus du lac de Côme », mais
domine le lac d'Orta San Giulio, le plus petit et le plus charmant
des lacs piémontais.
- Est-ce que Jeanne
aurait embrassé Louise, dans ces allées du Sacro
Monte ? Est-ce qu'elle aurait osé ? L'aurait-elle
embrassée à pleine bouche ou se serait-elle contentée
d'un baiser volé, effleurant à peine ses lèvres,
mais cette caresse d'un matin d'été lui aurait
été une jouissance plus vive qu'un vrai baiser.
Forcément un matin d'été parce qu'en juillet,
il faut gravir la via Gemelli le matin, quand le soleil n'a pas
encore fini d'aspirer la fraicheur de la nuit. Le matin. Ou le
soir. Oui, peut être auraient-elles décidé
d'aller au Sacro Monte le soir, repoussant le dîner à
plus tard, le prenant dans la nuit, face à l'eau scintillante.
- Matin ou soir,
cette promenade, si elle avait eu lieu, Jeanne et Louise l'auraient
faite en juillet 1968.
-
- L'AUTEUR
Aprés
avoir été successivement professeur de philo, journaliste
à Libération (1974-79), Martine Storti est aujourd'hui
Inspectrice générale de l'Education nationale.
Elle a publié Un Chagrin politique, L'Harmattan
1996 et Cahiers du Kosovo, Textuel 2001. Elle vit et travaille
à Paris.
-
-
Dossier
de presse (en PDF)
-
- LE MONDE daté du 17 février 2006
POLITIS du 16 février
2006
REVUE LAÏQUE
ET FEMINISTE N°5
LE PATRIOTE
Articles
-
Vient de paraître,
Cultures France
Juin 2006
- 32 jours
de mai
-
- Ce pourrait
être "32 jours de la vie de deux femmes". Mais
Martine Storti ne se souvient pas de l'écrivain Arthur
Schnitzler. Elle se souvient de Nietzsche et de Lou Andreas-Salomé,
de leurs promenades lumineuses sur les rives du lac d'Orta, dans
l'Italie du Nord, dont la narratrice, la troisième femme
du roman, s'approche pour y jeter les cendres de son amie Jeanne.
Les notes, les brouillons trouvés dans une grande enveloppe
après le décès de Jeanne permettent au roman
de s'écrire. Jeanne, vingt ans, étudie la philosophie;
Louise, de quinze ans plus âgée, l'enseigne à
la Sorbonne. 32 jours de mai tient dans une séquence temporelle
précise, 14 mai-16 juin 1968, à Paris. Ces journées
d'intense occupation militante et politique, de parole et de
manifs, de regards évités et cherchés, de
mots et d'arguments entendus dans les AG tissent la dépendance
muette d'incertitude qui lie jour après jour Jeanne et
Louise. L'incertitude est affective autant que politique: sommes-nous
d'accord? jugeons-nous de même? m'aime-t-elle?
pourquoi ne le dit-elle pas? Jeanne sait ce qu'elle veut de l'événement
du printemps. Non la fête, non le désir devenant
concept. Elle veut l'amour de Louise et la révolution,
cette entreprise qui doit changer la condition ouvrière
De celle-ci, par sa plus proche famille, elle sait ce qu'il en
est. Dans l'autre vie de Jeanne, celle d'après la disparition
accidentelle de Louise, quand aura été compris,
admis l'impossible horizon du militantisme, la politique survit
comme " une manière
de vivre et de se tenir". Jeanne se rendra au Kosovo, en
Afghanistan. Elle s'occupera de la reconstruction d'écoles.
La mort de Louise est-elle la métaphore de l'impatient
printemps?
Occasion d'une multitude d'ouvrages, Mai 68 ne s'est guère
trouvé préposé au roman. En voici un qui
emporte le lecteur, qu'il ait ou non été contemporain
des "événements". La construction narrative
ingénieuse, menée à bien, la clarté
de la langue, conduite par une intelligence sans complaisance
ni injustice à l'égard de ce à quoi on a
cru, une sensibilité vive et retenue font de ce beau premier
roman une réussite évidente. Un essai de Martine
Storti, Un chagrin politique,a précédé de
quelques années son roman. De quel deuil cette fois s'agit-il?
- Michel
Enaudeau
- DRÔLE
D'EPOQUE
- Politique,
Philosophie, Arts & Littérature
- Printemps
2006
-
- par
Pierre-André Dupuis
-
-
- Qu'est-ce qui
a vraiment lieu dans un événement ? Que change-t-il,
que déplace-t-il dans l'expérience, souvent sans
qu'on s'en aperçoive sur le moment ? Les récentes
manifestations étudiantes contre le Contrat Nouvelle Embauche,
avec même l'occupation de la Sorbonne, ont, dit-on, fait
passer un " air ", un " parfum " de mai 1968,
quelque chose comme une " atmosphère ". Est-ce
donc cela qui reste et qui circule encore, presque quarante ans
après ?
- Martine Storti
est beaucoup plus précise. 32 jours
, c'est d'abord
le récit du débordement des jours de mai-juin (du
14 mai au 16 juin 1968) qu'elle a vécus, et dont son écriture
fait revivre avec une grande justesse à la fois les sensations,
les émotions et la " teneur de pensée "
: non pas seulement la fête mais le désir de recommencement,
d'inauguration de quelque chose d'autre à partir de l'alliance
inespérée des ouvriers et des étudiants,
sur le fond de ce qui est alors devenu plus visible et plus dicible,
" la part cachée " de la société,
la vie de millions de femmes et d'hommes si obstinément
condamnés au silence, si souvent exclus de la scène
publique ".
- Mais au récit
des " événements " s'entrelace celui
du coup de foudre entre Jeanne, la jeune étudiante en
philosophie, et Louise, enseignante à la Sorbonne, avec
le contrepoint d'une autre rencontre, celle de Nietzsche et de
Lou Salomé à Orta, en Italie, au cours d'un autre
mois de mai (celui de 1982). Le " roman " construit
la densité temporelle d'événements dont
la mort accidentelle de Louise n'interrompt ni les résonances
ni le sens. Et sans doute Martine Storti permet-elle ici de saisir
ce que peut être la " contre-effectuation " (Deleuze)
d'un événement : repasser à travers lui
comme à l'envers, ne pas le " redérouler "
mais en soutirer la différence irréductible, en
dégager le sens soustractif, le sens rare contre la prolifération
des significations qui le recouvrent ou le saturent. Ce qui s'est
passé n'est plus alors une " parenthèse "
ou un " arrêt " du temps, mais ce qui revient
comme une ressource d'abord pour ceux qui l'ont vécu avec
cette intensité-là : " Ce qui te restait de
Mai c'était Louise, comme si la preuve de mai se jouait
pour toi dans cet amour ".
- Ce qui reste
aussi est certainement une autre façon de regarder, de
comprendre, de refuser l'inacceptable, tout en faisant le deuil
d'une rhétorique trop générale du combat
pour " se confronter vraiment " à ce qui est
intolérable : une certaine éthique, une certaine
politique concrète de l'engagement. Drôle d'Epoque
(n°9, automne 2001) a donné quelques extraits des
Cahiers du Kosovo où Martine Storti, Inspectrice Générale
de l'Education Nationale, témoigne de ce qu'elle a pu
voir et ce qu'à quoi elle a pu contribuer pour répondre
à " l'urgence de l'école ".
- Un événement
n'a pas eu lieu tant qu'il n'a pas suscité les agencements
et les " facultés " permettant de se mettre
niveau du possible qu'il inaugure, pour " vivre autrement
". En ce sens, la culture peut être le creuset d'une
" instruction d'organes ", selon le mot de Goethe à
Humboldt : les hommes ne sont pas seulement, comme les animaux,
instruits par leurs organes, mais ils " ont la supériorité
d'instruire leurs organes en retour " (lettre du 13 mars
1832). Ce que montre le très beau livre de Martine Storti
, c'est, au fond, la façon dont un événement
irréductible peut entrer en culture, c'est-à-dire
devenir bouleversant même pour ceux qui ne l'ont pas vécu.
Pierre-André Dupuis
- Mes
lectures par Jean-François CHALOT
- (Président
de l'UFAL de Seine et Marne
- Coup
de foudre social et amoureux
Mai juin 68, un mouvement social, une révolution en marche
trahie par les appareils
L'histoire a donné lieu à de nombreuses analyses
plus ou moins fines
Il ne s'agit pas là d'une " énième
" lecture de ce " joli mois de mai " mais d'une
uvre très originale.
Ce livre se présente comme un roman avec en toile de fond
les " 32 jours de mai " : des premières mobilisations
aux derniers soubresauts de juin
L'auteure nous narre l'histoire d'amour entre deux femmes, toutes
deux militantes du mouvement : l'une comme enseignante, l'autre
comme étudiante
Le lecteur suit à la fois ce sentiment très fort
qui prend corps et attend la fin du mouvement pour se conclure
et les " événements " décrits
et même analysés au jour le jour ou presque.
L'éveil politique, la réflexion en mouvement, les
hésitations, le refus de toute récupération,
l'envie d'agir, de changer la vie non artificiellement mais réellement
en mettant à bas ce vieux monde
Voici ce que nous fait vivre Martine Storti. Sa plume alerte
est rapide : le rythme et la réflexion se combinent harmonieusement
pour notre plaisir.
La plume ne dérape jamais, même si parfois le ton
est acerbe, sans pitié.
Les appareils sont là, présents, les uns, traditionnels
pour canaliser le mouvement ou le récupérer, les
autres plus petits imposant leurs " doctes " interprétations
et leurs solutions
Il ne s'agit pas de tout dénoncer, certains trahissent,
d'autres piétinent et entraînent les étudiants
dans leurs débats intergroupusculaires
On ne se situe pas sur le même registre.
Mais avant le retour à l'ordre, c'est à dire au
règne du capital , il y a cette grande explosion que Martine
Storti nous fait revivre :
" A-t-on déjà ressenti cette légèreté
qui a conquis Paris, cette allégresse qui traverse les
quartiers, comme une grâce imprévisible née
on ne sait comment ? A-t-on déjà vu autant de gens
se rencontrer, se parler, dans les rues, les usines, les bureaux,
transformant le pays en immense assemblée générale
? "
Sur la " quatrième " de couverture , le lecteur
découvre le commentaire suivant : " Ce roman entrelace
trois récits ", certes et le passage de l'un à
l'autre ne nuit pas à la bonne compréhension, bien
au contraire
Mais l'essentiel réside dans ce double
éblouissement amoureux et politique : la chute de l'après
mai-juin 1968 avec les désillusions, les abandons
D'un côté il y a ceux qui " continuent à
mouliner la rhétorique révolutionnaire " et
de l'autre les " convertis, repentis, ralliés aux
pouvoirs, acceptant de jouer le jeu et réconciliés
avec le monde tel qu'il est "
.
L'histoire ne se termine pas là !
Oh que non : il reste l'espoir, l'action concrète, un
engagement dans une autre perspective avec la fidélité
aux principes
.
Jean-François
CHALOT
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|
-
- Chronique
de Roland Pfefferkorn
La Marseillaise,
jeudi 27 avril 2006
- Un événement
-
- [...] le roman
de Martine Storti (32 jours de mai, le bord de l'eau éditions,
2006, 198 pages, 17 euros) fustige l'arrogance, le cynisme et
la suffisance des parvenus qui ont dénaturé et
exploité ce qui s'est passé au cours du printemps
1968 : cette " espèce de canaillerie dans les idées,
les valeurs et les actions, (
) cette voyouterie politique
et intellectuelle ", en bref, ceux qui en ont fait leur
fond de commerce, ceux qui ont fabriqué les petits clichés,
ceux qui ont fait l'éloge du fric facile, ceux qui se
sont vautrés dans les petites affaires
cette autre
" imposture française " (cf. aussi le livre
tonique de Nicolas Beau et Olivier Toscer, les arènes,
2006, 215 pages, 14,90 euros). La narratrice est animée
de la joyeuse révolte juvénile contre l'acceptation
des choses telles qu'elles sont. Elle raconte l'émerveillement
de Mai 68, saison de l'éveil révolutionnaire et
de l'émoi amoureux. Elle raconte Mai comme une histoire
d'amour, le bonheur amoureux et le désir de changer le
monde.
32 jours bouleversent la vie de la narratrice et de Jeanne, son
double. Les mots expriment en permanence le désir de révolution.
Les regards et les non-dits disent l'énergie intérieure.
La narratrice nous emmène dans un monde fait d'espérance
et d'innocence, d'avant les compromis et les compromissions.
L'éveil amoureux de Jeanne, son attirance pour Louise,
de quinze ans son aînée, entre en résonance
avec la rencontre de Friedrich Nietzsche et de Lou Salomé
au cours d'un autre mois de mai en Italie à la fin du
XIXe siècle.
Martine Storti réussit à nous faire partager l'espérance
sociale des protagonistes de mai, singulièrement de Jeanne,
son attente amoureuse et ses doutes aussi. Pendant la grande
grève le désir de vivre autrement entraîne
des millions de personnes " dans une nouvelle manière
d'être ensemble, joyeuse, solidaire, fraternelle ".
La vie semble enfin possible, une puissance nouvelle se révèle.
A l'emballement de la grève s'est ajouté celui
du cur. Grâce son style heurté, hésitant,
plein de doutes aussi, l'auteur arrive à nous faire partager
les éblouissements des commencements qui mêlent,
pour un temps au moins, bonheur privé et bonheur public.
Roland Pfefferkorn
- iIlico-com
- 15 juin 2006
Martine Storti, 32 jours de mai
- En mai, fais...
Et si ce dicton prenait ici tout son sens ? Mai 68 serait sa
métaphore et Louise et Jeanne, les deux héroïnes
de ce roman, "32 jours de mai", son incarnation. Car
Martine Storti nous raconte avec un lyrisme se faisant fi de
tout romantisme son Mai-Juin (elle tient beaucoup à ce
Juin oublié) entre Censier et la rue, le département
de philo et Charléty. Trente-deux jours entre un regard
et un baiser, les jours de l'attente amoureuse de deux femmes
hétéros que tout semble séparer (place hiérarchique,
milieu social) mais que les "événements"
changer le monde ! portent, transcendent. Ah !
Chercher dans une AG remplie par le tumulte des mots, dans une
manif, celle que l'on sait déjà aimer ; la frôler
du regard ou lui faire l'amour avec des mots ! Et si ce Mai-là
est omniprésent, il l'est surtout par "le" politique
à travers un regard distancé, acerbe, grave, sans
illusions, mais tendre, toutefois. Déjà les magouilles,
les trahisons, les Grenelles qui chantent ont le goût saumâtre
des nouvelles gauches qui s'annoncent au pouvoir.
- Et puis la narratrice
(vieille amie de Jeanne) est en Italie, au bord de ce lac où
Nietzsche aimât follement Lou. Elle doit y jeter les cendres
de cette Jeanne qui a survécu à ce court amour
incandescent, Louise étant morte dans cette voiture qui
menait les deux amantes dans ce pays aimé en juillet 68.
Martine Storti nous offre un livre sur la grâce de l'inachevé
comme Mai.
- Martine Laroche
- La Référence
- Août 2006
- Les
32 jours de mai de Martine Storti
par Pierre
Salducci
-
- Autrefois professeur
de philosophie puis journaliste, Martine Storti est aujourd'hui
inspectrice générale de l'éducation nationale.
Elle a déjà publié deux livres : Un chagrin
politique (L'Harmattan, 1996) et Cahiers du Kosovo
(Textuel, 2001). Elle nous revient à présent avec
32 jours en mai , un roman politico-lesbien qui restitue brillamment
les illusions et désillusions de mai 1968 en même
temps que la violence et les emportements d'un amour éphémère.
- Avec la précision
d'un horloger, Martine Storti a compté 32 jours, c'est-à-dire
une bonne partie du mois de mai plus les quelques journées
de juin qui ont suffi à réduire une presque révolution
en un mouvement agonisant, 32 jours stratégiques qui vont
aussi donner naissance à un amour qui, tel mai 68, ne
disposera de guère plus d'un mois pour naître, atteindre
son apogée et mourir.
- Jeanne est étudiante,
passionnée, convaincue, et la fougue de ses 20 ans fait
d'elle une des intervenantes les plus engagées dès
le début de la contestation populaire. Elle a trop vu
la condition ouvrière de près pour ne pas se sentir
interpellée. Elle a trop vu son père partir à
l'usine pour des journées de 12 ou 15 heures, toute la
semaine y compris le samedi. Elle a soif de revanche, de justice
sociale. Elle sera parmi les premières à participer
aux assemblées générales, à prendre
la parole, à exiger toujours plus et à refuser
de baisser les bras.
- Face à
elle, il y a Louise, 35 ans, professeur de philosophie à
l'université, un autre milieu, presque une autre génération,
mais entre les deux, dès le premier regard, c'est le coup
de foudre. Jeanne le sent très profondément et
sans aucune ambiguïté au plus creux de son être.
Mais voilà, mai 68 a beau être perçu aujourd'hui
comme le porte-flambeau avant-gardiste de la liberté sexuelle,
on est encore à une époque où l'homosexualité
ne se dit pas et ne se vit pas, à une époque où
l'on respecte les protocoles, les barrières sociales,
les tabous, à une époque où même les
jeunes se vouvoient quand ils se parlent, si bien que Jeanne
ne dira rien. Pas un mot. Mais si sa bouche se tait, ses yeux,
ses gestes parlent à sa place et très vite, elle
ne sait plus après quoi elle court, pourquoi elle veut
tant être là, participer. Pour faire avancer la
lutte ou tout simplement pour être auprès de Louise,
la voir et la revoir encore, la frôler, la toucher ?
- Écrit
avec le cur et la sensibilité d'une femme de gauche,
le roman de Martine Storti est une admirable reconstitution des
journées historiques de mai 68 et on apprend beaucoup
à sa lecture. On voit comment les gens ont vécu
les grèves et les manifestations de l'intérieur,
comment tout s'est organisé dans le chaos et l'euphorie,
mais aussi comment le pouvoir a réagi, soutenant des contre-manifestations
et utilisant un vocabulaire qui nous est depuis resté
familier, assimilant toute réaction d'opposition à
du terrorisme (déjà !) et considérant les
opposants comme de la racaille. Plus encore, 32 jours de mai
expose parfaitement les déchirements internes au sein
des familles et des institutions, décrit la chute du mouvement,
et propose une analyse profonde de cette tentative avortée,
expliquant pourquoi ça n'a pas marché et pourquoi
tant de gens se sont recentrés par la suite, abandonnant
leurs idéaux de jeunesse. Un livre qui pourrait être
triste finalement, ou pessimiste, s'il n'y avait l'amour, deux
femmes qui vont jusqu'au bout de leurs rêves et réussiront
à se retrouver malgré les espoirs déçus,
la mort qui rôde et la société qui s'écroule
tout autour. Remarquable d'intelligence d'un bout à l'autre.
Tout simplement magnifique.
Pierre
Salducci
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