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EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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Martine STORTI
 
 
32 jours de mai
 
Roman
Format: 12 x 20,5
196 pages
Date de parution : janvier 2006
ISBN : 2-915651-39-6
Le site de Martine Storti
 
Prix : 17 euros TTC
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Sans nul doute, Martine Storti a écrit là le roman de mai 68... Deux femmes se rencontrent dans les rassemblements, professeur issue d'un milieu bourgeois pour l'une, étudiante issue d'un milieu ouvrier pour l'autre. Dès les premiers regards, elles s'aiment... Un amour de mai qui grandit au cours des événements. Mai 68 écrit dans l'attente de l'être aimé... attente devenue éternité.
L'une meurt dans un accident de voiture en juin. Amour tragique, inassouvi, tout comme cette révolution de mai qui ne finit pas de finir.
 
L'histoire commence par l'évocation de ce voyage sur les bords du lac d'Orta qu'elles ne feront jamais... voyage qui résonne comme celui que firent, des années plus tôt, Nietzsche et Lou Andréa Salomé. A quel endroit sur ce petit chemin du Sacro Monte, Lou a-t-elle embrassé Nietzsche ?
 
 
Une écriture ample et vive qui laisse entrevoir l'intensité des jours de mai, et qui, au fond, restitue toute l'humanité de ces jours où des individus, souvent étrangers les uns des autres, redevinrent le peuple. C'est dans ce jour en plus, en trop pour certains, toujours à venir pour d'autres, que nous entraîne Martine Storti.


Premières pages (extraits)
 
Je me demande à quel endroit du Sacro Monte Lou a embrassé Nietzsche. Etait-ce pendant l'ascension de la petite colline ? Ou dans les allées qui serpentent entre les chapelles bariolées dont chacune raconte un épisode de la vie de Saint François d'Assise ? Ou bien sur le chemin du retour, juste avant de retrouver madame von Salomé et Paul Rée ?
Et d'ailleurs Lou a-t-elle embrassé Nietzsche ?
Des années plus tard, mais quand exactement, on ne le sait pas, à Malraux, qui lui parlait de son livre sur Nietzsche, puis de Nietzsche, elle répondit : « je voudrais tout de même bien me souvenir si je l'ai embrassé ou non, sur ce chemin, vous savez, au-dessus du lac d'Orta. »
Malraux qui relate cet épisode au début de ses Antimémoires la décrit alors comme « une vieille dame vêtue d'un sac » et dotée « d'une mâchoire de dentiste américain ». Difficile de dire ce qu'est une telle mâchoire et aussi de savoir quel âge avait alors Lou Andréas Salomé quand elle s'est ainsi interrogée à haute voix devant Malraux. Il ne précise pas la date de cette rencontre, il dit « un jour dans le salon de madame Daniel Halévy ».
Lou meurt en 1937 à 76 ans, donc c'était avant 1937, sûrement plusieurs années avant 37, car depuis pas mal de temps Lou ne quittait plus Göttingen.
A quel âge une femme était-elle alors pour Malraux une « vieille dame » et quel genre de robe pouvait-il être assimilé à un sac ?
Qu'importe. Et qu'importe si Lou avait vraiment perdu la mémoire ou si elle jouait à ne pas se souvenir, ou si elle voulait délibérement taire ce qui s'était passé entre elle et Nietszche, ce jour-là, sur les pentes du Sacro Monte qui, soit dit entre parenthèses, n'est pas « au-dessus du lac de Côme », mais domine le lac d'Orta San Giulio, le plus petit et le plus charmant des lacs piémontais.
Est-ce que Jeanne aurait embrassé Louise, dans ces allées du Sacro Monte ? Est-ce qu'elle aurait osé ? L'aurait-elle embrassée à pleine bouche ou se serait-elle contentée d'un baiser volé, effleurant à peine ses lèvres, mais cette caresse d'un matin d'été lui aurait été une jouissance plus vive qu'un vrai baiser.
Forcément un matin d'été parce qu'en juillet, il faut gravir la via Gemelli le matin, quand le soleil n'a pas encore fini d'aspirer la fraicheur de la nuit. Le matin. Ou le soir. Oui, peut être auraient-elles décidé d'aller au Sacro Monte le soir, repoussant le dîner à plus tard, le prenant dans la nuit, face à l'eau scintillante.
Matin ou soir, cette promenade, si elle avait eu lieu, Jeanne et Louise l'auraient faite en juillet 1968.
 
L'AUTEUR

Aprés avoir été successivement professeur de philo, journaliste à Libération (1974-79), Martine Storti est aujourd'hui Inspectrice générale de l'Education nationale. Elle a publié Un Chagrin politique, L'Harmattan 1996 et Cahiers du Kosovo, Textuel 2001. Elle vit et travaille à Paris.
 
 

 Dossier de presse (en PDF)
 
LE MONDE daté du 17 février 2006

POLITIS du 16 février 2006

REVUE LAÏQUE ET FEMINISTE N°5

LE PATRIOTE


Articles
 

Vient de paraître, Cultures France
Juin 2006
32 jours de mai
 
Ce pourrait être "32 jours de la vie de deux femmes". Mais Martine Storti ne se souvient pas de l'écrivain Arthur Schnitzler. Elle se souvient de Nietzsche et de Lou Andreas-Salomé, de leurs promenades lumineuses sur les rives du lac d'Orta, dans l'Italie du Nord, dont la narratrice, la troisième femme du roman, s'approche pour y jeter les cendres de son amie Jeanne. Les notes, les brouillons trouvés dans une grande enveloppe après le décès de Jeanne permettent au roman de s'écrire. Jeanne, vingt ans, étudie la philosophie; Louise, de quinze ans plus âgée, l'enseigne à la Sorbonne. 32 jours de mai tient dans une séquence temporelle précise, 14 mai-16 juin 1968, à Paris. Ces journées d'intense occupation militante et politique, de parole et de manifs, de regards évités et cherchés, de mots et d'arguments entendus dans les AG tissent la dépendance muette d'incertitude qui lie jour après jour Jeanne et Louise. L'incertitude est affective autant que politique: sommes-nous d'accord? jugeons-nous de même? m'aime-t-elle?
pourquoi ne le dit-elle pas? Jeanne sait ce qu'elle veut de l'événement du printemps. Non la fête, non le désir devenant concept. Elle veut l'amour de Louise et la révolution, cette entreprise qui doit changer la condition ouvrière De celle-ci, par sa plus proche famille, elle sait ce qu'il en est. Dans l'autre vie de Jeanne, celle d'après la disparition accidentelle de Louise, quand aura été compris, admis l'impossible horizon du militantisme, la politique survit comme " une manière
de vivre et de se tenir". Jeanne se rendra au Kosovo, en Afghanistan. Elle s'occupera de la reconstruction d'écoles. La mort de Louise est-elle la métaphore de l'impatient printemps?
Occasion d'une multitude d'ouvrages, Mai 68 ne s'est guère trouvé préposé au roman. En voici un qui emporte le lecteur, qu'il ait ou non été contemporain des "événements". La construction narrative ingénieuse, menée à bien, la clarté de la langue, conduite par une intelligence sans complaisance ni injustice à l'égard de ce à quoi on a cru, une sensibilité vive et retenue font de ce beau premier roman une réussite évidente. Un essai de Martine Storti, Un chagrin politique,a précédé de quelques années son roman. De quel deuil cette fois s'agit-il?
Michel Enaudeau

DRÔLE D'EPOQUE
Politique, Philosophie, Arts & Littérature
Printemps 2006
 
par Pierre-André Dupuis
 
 
Qu'est-ce qui a vraiment lieu dans un événement ? Que change-t-il, que déplace-t-il dans l'expérience, souvent sans qu'on s'en aperçoive sur le moment ? Les récentes manifestations étudiantes contre le Contrat Nouvelle Embauche, avec même l'occupation de la Sorbonne, ont, dit-on, fait passer un " air ", un " parfum " de mai 1968, quelque chose comme une " atmosphère ". Est-ce donc cela qui reste et qui circule encore, presque quarante ans après ?
Martine Storti est beaucoup plus précise. 32 jours…, c'est d'abord le récit du débordement des jours de mai-juin (du 14 mai au 16 juin 1968) qu'elle a vécus, et dont son écriture fait revivre avec une grande justesse à la fois les sensations, les émotions et la " teneur de pensée " : non pas seulement la fête mais le désir de recommencement, d'inauguration de quelque chose d'autre à partir de l'alliance inespérée des ouvriers et des étudiants, sur le fond de ce qui est alors devenu plus visible et plus dicible, " la part cachée " de la société, la vie de millions de femmes et d'hommes si obstinément condamnés au silence, si souvent exclus de la scène publique ".
Mais au récit des " événements " s'entrelace celui du coup de foudre entre Jeanne, la jeune étudiante en philosophie, et Louise, enseignante à la Sorbonne, avec le contrepoint d'une autre rencontre, celle de Nietzsche et de Lou Salomé à Orta, en Italie, au cours d'un autre mois de mai (celui de 1982). Le " roman " construit la densité temporelle d'événements dont la mort accidentelle de Louise n'interrompt ni les résonances ni le sens. Et sans doute Martine Storti permet-elle ici de saisir ce que peut être la " contre-effectuation " (Deleuze) d'un événement : repasser à travers lui comme à l'envers, ne pas le " redérouler " mais en soutirer la différence irréductible, en dégager le sens soustractif, le sens rare contre la prolifération des significations qui le recouvrent ou le saturent. Ce qui s'est passé n'est plus alors une " parenthèse " ou un " arrêt " du temps, mais ce qui revient comme une ressource d'abord pour ceux qui l'ont vécu avec cette intensité-là : " Ce qui te restait de Mai c'était Louise, comme si la preuve de mai se jouait pour toi dans cet amour ".
Ce qui reste aussi est certainement une autre façon de regarder, de comprendre, de refuser l'inacceptable, tout en faisant le deuil d'une rhétorique trop générale du combat pour " se confronter vraiment " à ce qui est intolérable : une certaine éthique, une certaine politique concrète de l'engagement. Drôle d'Epoque (n°9, automne 2001) a donné quelques extraits des Cahiers du Kosovo où Martine Storti, Inspectrice Générale de l'Education Nationale, témoigne de ce qu'elle a pu voir et ce qu'à quoi elle a pu contribuer pour répondre à " l'urgence de l'école ".
Un événement n'a pas eu lieu tant qu'il n'a pas suscité les agencements et les " facultés " permettant de se mettre niveau du possible qu'il inaugure, pour " vivre autrement ". En ce sens, la culture peut être le creuset d'une " instruction d'organes ", selon le mot de Goethe à Humboldt : les hommes ne sont pas seulement, comme les animaux, instruits par leurs organes, mais ils " ont la supériorité d'instruire leurs organes en retour " (lettre du 13 mars 1832). Ce que montre le très beau livre de Martine Storti , c'est, au fond, la façon dont un événement irréductible peut entrer en culture, c'est-à-dire devenir bouleversant même pour ceux qui ne l'ont pas vécu.
Pierre-André Dupuis

Mes lectures par Jean-François CHALOT
(Président de l'UFAL de Seine et Marne
Coup de foudre social et amoureux



Mai juin 68, un mouvement social, une révolution en marche trahie par les appareils…
L'histoire a donné lieu à de nombreuses analyses plus ou moins fines…
Il ne s'agit pas là d'une " énième " lecture de ce " joli mois de mai " mais d'une œuvre très originale.
Ce livre se présente comme un roman avec en toile de fond les " 32 jours de mai " : des premières mobilisations aux derniers soubresauts de juin …
L'auteure nous narre l'histoire d'amour entre deux femmes, toutes deux militantes du mouvement : l'une comme enseignante, l'autre comme étudiante…
Le lecteur suit à la fois ce sentiment très fort qui prend corps et attend la fin du mouvement pour se conclure et les " événements " décrits et même analysés au jour le jour ou presque.
L'éveil politique, la réflexion en mouvement, les hésitations, le refus de toute récupération, l'envie d'agir, de changer la vie non artificiellement mais réellement en mettant à bas ce vieux monde…
Voici ce que nous fait vivre Martine Storti. Sa plume alerte est rapide : le rythme et la réflexion se combinent harmonieusement pour notre plaisir.
La plume ne dérape jamais, même si parfois le ton est acerbe, sans pitié.
Les appareils sont là, présents, les uns, traditionnels pour canaliser le mouvement ou le récupérer, les autres plus petits imposant leurs " doctes " interprétations et leurs solutions…
Il ne s'agit pas de tout dénoncer, certains trahissent, d'autres piétinent et entraînent les étudiants dans leurs débats intergroupusculaires…
On ne se situe pas sur le même registre.
Mais avant le retour à l'ordre, c'est à dire au règne du capital , il y a cette grande explosion que Martine Storti nous fait revivre :
" A-t-on déjà ressenti cette légèreté qui a conquis Paris, cette allégresse qui traverse les quartiers, comme une grâce imprévisible née on ne sait comment ? A-t-on déjà vu autant de gens se rencontrer, se parler, dans les rues, les usines, les bureaux, transformant le pays en immense assemblée générale ? "
Sur la " quatrième " de couverture , le lecteur découvre le commentaire suivant : " Ce roman entrelace trois récits ", certes et le passage de l'un à l'autre ne nuit pas à la bonne compréhension, bien au contraire… Mais l'essentiel réside dans ce double éblouissement amoureux et politique : la chute de l'après mai-juin 1968 avec les désillusions, les abandons…
D'un côté il y a ceux qui " continuent à mouliner la rhétorique révolutionnaire " et de l'autre les " convertis, repentis, ralliés aux pouvoirs, acceptant de jouer le jeu et réconciliés avec le monde tel qu'il est "….
L'histoire ne se termine pas là !
Oh que non : il reste l'espoir, l'action concrète, un engagement dans une autre perspective avec la fidélité aux principes….

Jean-François CHALOT

 
Chronique de Roland Pfefferkorn
La Marseillaise, jeudi 27 avril 2006
Un événement
 
[...] le roman de Martine Storti (32 jours de mai, le bord de l'eau éditions, 2006, 198 pages, 17 euros) fustige l'arrogance, le cynisme et la suffisance des parvenus qui ont dénaturé et exploité ce qui s'est passé au cours du printemps 1968 : cette " espèce de canaillerie dans les idées, les valeurs et les actions, (…) cette voyouterie politique et intellectuelle ", en bref, ceux qui en ont fait leur fond de commerce, ceux qui ont fabriqué les petits clichés, ceux qui ont fait l'éloge du fric facile, ceux qui se sont vautrés dans les petites affaires… cette autre " imposture française " (cf. aussi le livre tonique de Nicolas Beau et Olivier Toscer, les arènes, 2006, 215 pages, 14,90 euros). La narratrice est animée de la joyeuse révolte juvénile contre l'acceptation des choses telles qu'elles sont. Elle raconte l'émerveillement de Mai 68, saison de l'éveil révolutionnaire et de l'émoi amoureux. Elle raconte Mai comme une histoire d'amour, le bonheur amoureux et le désir de changer le monde.
32 jours bouleversent la vie de la narratrice et de Jeanne, son double. Les mots expriment en permanence le désir de révolution. Les regards et les non-dits disent l'énergie intérieure. La narratrice nous emmène dans un monde fait d'espérance et d'innocence, d'avant les compromis et les compromissions. L'éveil amoureux de Jeanne, son attirance pour Louise, de quinze ans son aînée, entre en résonance avec la rencontre de Friedrich Nietzsche et de Lou Salomé au cours d'un autre mois de mai en Italie à la fin du XIXe siècle.
Martine Storti réussit à nous faire partager l'espérance sociale des protagonistes de mai, singulièrement de Jeanne, son attente amoureuse et ses doutes aussi. Pendant la grande grève le désir de vivre autrement entraîne des millions de personnes " dans une nouvelle manière d'être ensemble, joyeuse, solidaire, fraternelle ". La vie semble enfin possible, une puissance nouvelle se révèle. A l'emballement de la grève s'est ajouté celui du cœur. Grâce son style heurté, hésitant, plein de doutes aussi, l'auteur arrive à nous faire partager les éblouissements des commencements qui mêlent, pour un temps au moins, bonheur privé et bonheur public.
Roland Pfefferkorn

iIlico-com - 15 juin 2006

Martine Storti, 32 jours de mai
En mai, fais... Et si ce dicton prenait ici tout son sens ? Mai 68 serait sa métaphore et Louise et Jeanne, les deux héroïnes de ce roman, "32 jours de mai", son incarnation. Car Martine Storti nous raconte avec un lyrisme se faisant fi de tout romantisme son Mai-Juin (elle tient beaucoup à ce Juin oublié) entre Censier et la rue, le département de philo et Charléty. Trente-deux jours entre un regard et un baiser, les jours de l'attente amoureuse de deux femmes hétéros que tout semble séparer (place hiérarchique, milieu social) mais que les "événements" — changer le monde ! — portent, transcendent. Ah ! Chercher dans une AG remplie par le tumulte des mots, dans une manif, celle que l'on sait déjà aimer ; la frôler du regard ou lui faire l'amour avec des mots ! Et si ce Mai-là est omniprésent, il l'est surtout par "le" politique à travers un regard distancé, acerbe, grave, sans illusions, mais tendre, toutefois. Déjà les magouilles, les trahisons, les Grenelles qui chantent ont le goût saumâtre des nouvelles gauches qui s'annoncent au pouvoir.
Et puis la narratrice (vieille amie de Jeanne) est en Italie, au bord de ce lac où Nietzsche aimât follement Lou. Elle doit y jeter les cendres de cette Jeanne qui a survécu à ce court amour incandescent, Louise étant morte dans cette voiture qui menait les deux amantes dans ce pays aimé en juillet 68. Martine Storti nous offre un livre sur la grâce de l'inachevé… comme Mai.
Martine Laroche

La Référence - Août 2006
Les 32 jours de mai de Martine Storti
par
Pierre Salducci
 
Autrefois professeur de philosophie puis journaliste, Martine Storti est aujourd'hui inspectrice générale de l'éducation nationale. Elle a déjà publié deux livres : Un chagrin politique (L'Harmattan, 1996) et Cahiers du Kosovo (Textuel, 2001). Elle nous revient à présent avec 32 jours en mai , un roman politico-lesbien qui restitue brillamment les illusions et désillusions de mai 1968 en même temps que la violence et les emportements d'un amour éphémère.
Avec la précision d'un horloger, Martine Storti a compté 32 jours, c'est-à-dire une bonne partie du mois de mai plus les quelques journées de juin qui ont suffi à réduire une presque révolution en un mouvement agonisant, 32 jours stratégiques qui vont aussi donner naissance à un amour qui, tel mai 68, ne disposera de guère plus d'un mois pour naître, atteindre son apogée et mourir.
Jeanne est étudiante, passionnée, convaincue, et la fougue de ses 20 ans fait d'elle une des intervenantes les plus engagées dès le début de la contestation populaire. Elle a trop vu la condition ouvrière de près pour ne pas se sentir interpellée. Elle a trop vu son père partir à l'usine pour des journées de 12 ou 15 heures, toute la semaine y compris le samedi. Elle a soif de revanche, de justice sociale. Elle sera parmi les premières à participer aux assemblées générales, à prendre la parole, à exiger toujours plus et à refuser de baisser les bras.
Face à elle, il y a Louise, 35 ans, professeur de philosophie à l'université, un autre milieu, presque une autre génération, mais entre les deux, dès le premier regard, c'est le coup de foudre. Jeanne le sent très profondément et sans aucune ambiguïté au plus creux de son être. Mais voilà, mai 68 a beau être perçu aujourd'hui comme le porte-flambeau avant-gardiste de la liberté sexuelle, on est encore à une époque où l'homosexualité ne se dit pas et ne se vit pas, à une époque où l'on respecte les protocoles, les barrières sociales, les tabous, à une époque où même les jeunes se vouvoient quand ils se parlent, si bien que Jeanne ne dira rien. Pas un mot. Mais si sa bouche se tait, ses yeux, ses gestes parlent à sa place et très vite, elle ne sait plus après quoi elle court, pourquoi elle veut tant être là, participer. Pour faire avancer la lutte ou tout simplement pour être auprès de Louise, la voir et la revoir encore, la frôler, la toucher ?
Écrit avec le cœur et la sensibilité d'une femme de gauche, le roman de Martine Storti est une admirable reconstitution des journées historiques de mai 68 et on apprend beaucoup à sa lecture. On voit comment les gens ont vécu les grèves et les manifestations de l'intérieur, comment tout s'est organisé dans le chaos et l'euphorie, mais aussi comment le pouvoir a réagi, soutenant des contre-manifestations et utilisant un vocabulaire qui nous est depuis resté familier, assimilant toute réaction d'opposition à du terrorisme (déjà !) et considérant les opposants comme de la racaille. Plus encore, 32 jours de mai expose parfaitement les déchirements internes au sein des familles et des institutions, décrit la chute du mouvement, et propose une analyse profonde de cette tentative avortée, expliquant pourquoi ça n'a pas marché et pourquoi tant de gens se sont recentrés par la suite, abandonnant leurs idéaux de jeunesse. Un livre qui pourrait être triste finalement, ou pessimiste, s'il n'y avait l'amour, deux femmes qui vont jusqu'au bout de leurs rêves et réussiront à se retrouver malgré les espoirs déçus, la mort qui rôde et la société qui s'écroule tout autour. Remarquable d'intelligence d'un bout à l'autre. Tout simplement magnifique.

Pierre Salducci