- le livre
-
Ce récit, écrit dans un
état d'urgence, témoigne de la complexité
et de la "violence" de l'intégration en raison
de toutes les concessions intimes et sociales que cela exige.
La France a élu en mai 2007 un nouveau président
de la République qui se présente à l'occasion
comme un Français issu de l'immigration... et qui dans
le même temps invoque "l'immigration choisie".
"Choisie" par qui ? Comment, dans ces conditions,
sentir le drame de l'étranger ?
Ce n'est pas en cela qu'il sont frères
L'étranger ne comprend pas mieux l'étranger
Ailleurs est notre lien à l'Autre
Unique est notre lien à la Terre
Azadée Nichapour fait la démonstration
que c'est par la langue française et la création
littéraire autant que par le travail qu'elle vit le sentiment
d'être bien ici.
Bref, elle fait la démonstration que l'immigration peut
être envisagée autrement que dans l'affrontement.
Les
premiers mots du livre...
-
Monsieur le président
de la République,
Je suis un exemple de ce que lon appelle communément
une immigrée qui a réussi son intégration.
Mais je ne me trouve
pas exemplaire, tant je connais le prix et toute la complexité
de cette adaptation pour pouvoir en tirer une recette à
lusage de tous. Je crois cependant à la force du
témoignage personnel pour sensibiliser les curs
et les mentalités.
Trop de clichés,
trop de préjugés circulent encore dans notre société
et à travers nos médias au sujet de lintégration.
Depuis vingt-huit ans
que je vis en France, combien de fois ai-je vu, avant et après
que je ne travaille dans le milieu politique, la question de
limmigration instrumentalisée à lapproche
de telle ou telle élection ? Cest une blessure
de plus pour ces personnes à demi brisées qui vivent
déjà au quotidien la blessure du déracinement.
Non, aujourdhui je ne mhabitue toujours pas à
voir avec indifférence le temps dun reportage de
quelques minutes à la télévision, ces êtres
désespérés qui perdent leur vie tragiquement
sur le chemin périlleux de lexil, parfois à
quelques mètres de leur Terre Non-Promise.
-
- l'auteur
Poète français d'origine
irannienne, Azadée Nichapour a quitté enfant sa
terre de naissance et vit depuis à Paris. Elle a publié
de nombreux recueils de poésie, des nouvelles et des contes
aux éditions, entre autres, Gallimard, Le Temps des cerises,
Phébus. Elle a aussi enregistré un CD "Parfois
la Beauté" (AK Prod). Pour l'Amour d'une langue est
son premier récit publié.
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Dans la
presse
- L'Hebdo des socialistes
| N°461 |
13octobre 2007
Confrontée à
des discours qui mettent en avant " l'identité nationale
" pour mieux stigmatiser l'immigration, l'auteur, qui vit
en France depuis 28 ans, a écrit ce livre " dans
un état d'urgence ". L'écrivain et poète
livre le récit d'une enfance heureuse et insouciante en
Iran et du brutal exil en France, adouci toutefois par l'humanisme
et la dignité de ses parents et par son amour de la langue
française et des grands auteurs. Mais cette foi en la
culture ne suffit pas toujours à transcender la dureté
des conditions de vie d'une famille appauvrie par l'exode. Ni
à oublier l'hostilité des regards, ou la curiosité
intrusive, fut-elle bienveillante, à l'égard d'une
jeune femme désormais française mais sans cesse
sommée de rendre compte de ses origines. Ce récit
émouvant touche le lecteur par sa sobre justesse, comme
dans ses pages où l'auteur, se rendant à la préfecture
de police de Paris dans un cadre professionnel, ressent la même
angoisse que 17 ans auparavant, quand elle y faisait la queue
pour obtenir une carte de séjour. En quelques lignes,
tout est dit de la terrible fragilisation des êtres à
l'uvre dans notre société.
-
- LE MONDE
| 17.09.07
- Article paru dans l'édition
du 18.09.07.
- Immigration, intégration
: lettre d'une "Persane"
Ce recueil se présente
comme une "lettre ouverte d'une immigrée "intégrée"
au président de la République et aux Français".
En réalité, il s'agit bien d'une lettre d'amour...
à la langue française. Cette langue dont, enfant,
Azadée Nichapour a perçu les premières notes
à l'école Jeanne-d'Arc de Téhéran
et qui sera son véritable passeport pour la liberté.
Cette langue par laquelle elle a "le sentiment d'être
davantage possédée qu'elle ne la possède"
et dont elle entretint longtemps la crainte de rester toujours
"étrangère face à elle".
-
De
son arrivée en France, à l'âge de 11 ans,
la jeune "Persane" garde le souvenir du premier
matin, lorsqu'elle entendit les éboueurs s'interpeller
"dans la langue de Molière". Elle a,
depuis, acquis la nationalité française, a été
la collaboratrice de ministres et de députés, prêté
sa plume à certains d'entre eux et publié plusieurs
ouvrages littéraires. Elle ne peut toutefois s'empêcher
d'être étonnée quand elle s'entend encore
présentée comme une poétesse "qui
vient d'Iran". "Oui, répond-elle ,
je viens d'Iran. Mon avion s'est posé pas plus tard qu'il
y a (vingt-huit ans) et je n'ai jamais repris l'avion dans l'autre
sens."
Aussi,
au moment où arrive au Parlement un nouveau texte visant
à "encadrer les conditions" du regroupement
familial - pour le restreindre -, en imposant notamment aux candidats
une évaluation de leur connaissance de la langue française,
a-t-elle voulu porter témoignage.
Témoigner
de cette "blessure du déracinement" qui
jamais ne se referme totalement. De cette angoisse qui l'envahit
lorsqu'un jour elle dut représenter un député
à une réunion de travail à la préfecture
de police, cette même préfecture où, des
années durant, elle avait fait la queue avec ses parents
pour leur servir d'interprète, "tremblants de
peur, à chaque fois, que nous soyons renvoyés dans
notre pays". "Lorsque j'ai vu des policiers venir vers
moi, raconte-t-elle , j'ai cru un instant qu'ils ordonneraient
à l'étrangère d'aller intégrer l'interminable
file d'attente des demandeurs de carte de séjour."
Expliquant précipitamment qu'elle avait rendez-vous avec
le préfet, elle fut alors "aimablement escortée
jusqu'à la salle de réunion".
Ce
livre, elle l'a dédié à ses parents, "qui
ont eu le courage de partir". Elle évoque le visage
baigné de larmes de sa mère lui avouant "combien
l'exil avait brisé sa vie de femme" et confiant son
désir de faire un dernier voyage en Iran, mais que retient
la peur de ne pas revenir en France.
L'auteur
craint que la volonté inépuisable de légiférer
dans le domaine de l'immigration ne se transforme en projet contre
l'intégration. "Dans la solitude et l'angoisse
de l'exil, c'est la force d'être unie qui permet à
une famille de surmonter les difficultés", déclarait
à la tribune de l'Assemblée nationale un député
socialiste, en novembre 2003, alors qu'était examiné
- déjà - un précédent projet de loi
sur l'immigration présenté par Nicolas Sarkozy.
Assise dans une loge réservée aux collaborateurs,
la jeune assistante écoutait non sans trouble "ces
phrases tout droit sorties de (sa) vie".
"Je
ne suis pas pareille, je suis comme toi." Azadée
Nichapour pensait-elle au futur président lorsqu'elle
rédigea naguère ces mots ? "La France a
élu en mai son nouveau président de la République,
qui se fait le porte-drapeau de l'identité nationale tout
en se présentant à l'occasion comme un Français
issu de l'immigration. Pour autant, sentira-t-il mieux en lui-même
le drame de l'étranger ?", interroge-t-elle.
Avec cette "lettre ouverte", c'est une supplique
d'espoir qu'au nom de tous ces déracinés qui, "depuis
le ventre de la mère jusqu'au ventre de la terre",
n'ont que "la frontière (pour) seul territoire",
elle implore le chef de l'Etat : "Soyez chef d'orchestre
et non chef de guerre !"
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- "Pour l'amour
d'une langue" d'Azadée
Nichapour. Ed. Le
- Bord de l'eau, 104 pages,
10
Patrick Roger
- Libération | 18 | 09 | 2007
Plus
tôt, le premier secrétaire (François Hollande),
cible, lui aussi, de la mitraille jospiniste, avait répliqué
: «Si on a des leçons à tirer des campagnes,
on regardera toutes les campagnes quon na pas réussies.»
Dans sa main, un livre. Pas celui de Lionel Jospin, mais de lécrivaine
Azadée Nichapour : Pour lamour dune langue.
David Revault
dAllonnes
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