EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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Benoît Malon
 
La Morale sociale

Présentation de Philippe Chanial
philosophie politique

Collection : Bibliothèque républicaine
dirigée par Vincent Peillon
 
Format: 13 x 20,5 — 392 pages
Date de parution : mai 2007
ISBN : 978-2-915651-62-1


Prix : 22 € TTC
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Dans la même collection:

Pour la laïque de Jean Jaurès, présentation de Laurence Loeffel.
La Foi laïque de Ferdinand Buisson, présentation de Mireille Gueissaz.
Les Idées égalitaires de Célestin Bouglé, présentation de Serge Audier.
Anthologie de Pierre Leroux, présentation de Bruno Viard.
LE LIVRE
 
La Morale sociale (1885), justement préfacée par Jaurès, est certainement, avec son Socialisme intégral (1890), l’œuvre la plus représentative de la singularité du socialisme de Malon. Développant son rapport critique au matérialisme, manifestant sa volonté de contenir, au double sens du terme, le marxisme dans une nouvelle synthèse doctrinale qui laisserait toute sa place à la tradition socialiste française (Saint-Simon, Fourier, Pecqueur, Blanc, Proudhon), ce texte défend un socialisme moral.
De la même façon que Jaurès cherchait dans les replis du socialisme allemand, derrière son bouclier matérialiste, le souffle de l’idéalisme, Malon vise à intégraliser la pensée socialiste, à ranimer son « sentimentalisme généreux » contre le trop exclusif et réducteur fatalisme économique de ses lois historiques. Résolument évolutionniste, cette somme, passant en revue le développement de la morale sous ses formes religieuses, philosophiques, matérialistes et panthéistes, montre comment à chaque période historique réciprocité, altruisme et sociabilité progressent, combien le « frisson vivifiant de la sympathie universelle » s’y diffuse. Parce que la morale est avant tout le produit de l’organisation sociale, de l’association des hommes, son accomplissement exige le plus grand perfectionnement de l’association. C’est ce perfectionnement qu’incarne, pour Malon, le socialisme, et c’est par lui que s’instaurera une « forme d’association toujours plus étendue et plus perfectionnées [qui] amènera forcément une prédominance croissante des sentiments altruistes sur les sentiments égoïstes et, par suite, une forme socialiste ou solidariste des groupements humains ».
L’introduction à l’ouvrage, au-delà de la présentation de ce texte, tentera de restituer le parcours politique et l’ensemble de son œuvre doctrinal dans son contexte, mais aussi de souligner l’héritage malonien, fondamental de la genèse du socialisme républicain et réformiste français.
 

Qui est Benoît Malon ?


Benoît Malon (1841-1893) est l’une des grandes figures oubliées du socialisme français. Ce pur autodidacte d’origine paysanne, quittant – à pied - son Forez natal pour gagner la capitale, ouvrier teinturier à 22 ans, entre en politique dans les années 1860, tout d’abord dans la lignée d’un socialisme mutuelliste et fédéraliste, d’inspiration proudhonienne. Il devient ensuite dirigeant de la section française de l’Internationale avec Varlin, député puis communard. Après une longue période d’exil, il deviendra l’un des principaux protagonistes et théoricien – notamment dans le cadre de la Revue socialiste qu’il fonde et anime durant prés de 10 ans - d’un socialisme réformiste et républicain dont l’influence sur Jaurès est désormais reconnue.

Philippe Chanial

Philippe Chanial est maître de conférences en sociologie, Université Paris-Dauphine. Il a notamment publié : Justice, don et association. La délicate essence de la démocratie, La découverte, coll. Recherches, 383 p ; 2001, en collaboration avec J.L Laville, A.Caillé et al., Association, démocratie et société civile, La découverte, coll. Recherches, 224 p. ; en collaboration avec D.Cefaï, L’association comme politique, Collection « Actualité de 1848 », Thierry Quinqueton éditeur, Paris.

Le Nouvel observateur
31 mai - 6 juin 2007
Les boussoles de Peillon
Et si, avant de rénover la gauche, il fallait redécouvrir les grands classiques du républicanisme ?
par François Bazin
 
C'est Philippe Chanial, un sociologue, secrétaire de la " Revue du Mauss ", qui va dire l'essentiel en quelques mots. Il a livré une belle préface à la réédition de " la Morale sociale " de Benoît Malon. Sur cette figure oubliée de la gauche française de la fin du XIX' siècle, théoricien méconnu d'un socialisme réformiste et républicain, il est intarissable. Malon l'éclectique, comme disait Marx avec mépris ? Et alors... Avec lui, autour de lui, parfois même contre lui, c'est toute une école qu'on redécouvre. Pas simplement par goût de l'érudition académique. Derrière " la Bibliothèque républicaine" (1) que lancent les Éditions du Bord de l'Eau, il y a un projet intellectuel et politique de première importance. Philippe Chanial en est conscient : " La droite s'est ressourcée, à partir des années 1970, dans une relecture critique des théoriciens du libéralisme français, Tocqueville ou Constant. Si la gauche réformiste, à son tour, ne fait pas ce travail avec les siens, alors... "
Refondation ? Dites plutôt redécouverte. Le chef d'orchestre de cette opération s'appelle Vincent Peillon. Il est parlementaire européen. C'est un des espoirs du PS, où l'on reste un jeune quand on n'a pas encore 50 ans. Philosophe et militant. Historien et élu. Peillon est un cas. Encore un éclectique... Le drame du socialisme français s'est noué à ses yeux en 1905, quand Jaurès, pour obtenir l'unité de l'organisation, a cédé l'essentiel au marxisme vulgaire de Guesde en comptant sur le temps pour rattraper le terrain perdu. Ce temps lui a manqué un jour d'août 1914. La gauche ne s'en est jamais remise.
C'est tout un continent intellectuel qui a ainsi disparu, il y a de cela un siècle. Des socialistes libertaires, des républicains de progrès, des utopistes, des laïques, des associatifs aussi... Tellement divers mais finalement si proches. Parfois datés mais souvent riches de problématiques qu'une gauche vaguement marxiste n'a eu de cesse de disqualifier. Quoi de commun entre Ferdinand Buisson et Pierre Leroux ? Quel rapport entre Alfred Fouillée et Célestin Bouglé ? Quels liens entre Benoît Malon et Léon Bourgeois ? Ceux-là ne forment pas une école à proprement parler. Ils dessinent plutôt une communauté de pensée. Ils ont tous leur place dans la même bibliothèque.
Curieux hasard - mais en est-ce vraiment un ? - que ce retour à des auteurs oubliés au moment même où la gauche réformiste cherche, dans la défaite, de nouvelles boussoles. D'autant qu'avec Bourgeois, Malon, Fouillée and Co, c'est toute une génération de jeunes historiens, philosophes et sociologues qui s'affirme ou pointe le bout de son nez. Vincent Peillon réédite. Eux préfacent. Leurs noms ? Philippe Chanial mais aussi Jean-Fabien Spitz, auteur il y a quelques années d'un très remarquable " Moment républicain en France " (Gallimard), ou Serge Audier, dont l'ouvrage sur "le Socialisme libéral " (La Découverte) aurait mérité d'être davantage commenté, à gauche notamment. Tous disent finalement la même chose. Le réformisme, dans la tradition française, n'est pas qu'un pragmatisme au [d de l'eau. Le républicanisme est une école qui mérite mieux que les statues de marbre qui lui ont été consacrées. Le reconnaître, n'est-ce pas déjà reconstruire ?
 
François Bazin
 
(1) Déjà publié aux Éditions Le Bord de l'Eau : " Pour la laïque et autres textes ", de Jean Jaurès ; " la Morale sociale ", de Benoît Malan ; " la Foi laïque ", de Ferdinand Buisson.