- Président d'Emmaüs Gironde
depuis 20 ans, Pascal Lafargue fut un proche de l'abbé
Pierre qu'il rencontra (pour la 1ère fois) en automne
1989.
- Il est considéré aujourd'hui comme le principal
opposant à Martin Hirsch.
- Il conteste l'action du secrétaire d'Etat, et propose
une autre façon d'envisager la solidarité.
- Il
est ici question d'engagement... aux services des autres.
Comment devient-on compagnon d'Emmaüs, puis
président d'Emmaüs Gironde et vice-président
d'Emmaüs France ?
Que signifie aujourd'hui l'engagement bénévole ?
- En suivant le cours de sa vie, Pascal
Lafargue nous parle de l'abbé Pierre, des actions solidaires
ici et maintenant : en autres, comment Emmaüs a "géré"
les hommes et les femmes appelés "Les Dons Quichotte"...
Bref "on ne naît pas compagnon d'Emmaüs, on le
devient".
Comment Pascal Lafargue, personnalité laïque, anime-t-il
cette structure créée par l'abbé Pierre ?Cet ouvrage nous apprend beaucoup sur
le fonctionnement d'Emmaüs, structure qui pour l'essentiel
vit du travail de ses membres.
Fondée pour venir en aide aux plus pauvres, aux SDF, Emmaüs
démontre, depuis l'appel (1949) de l'abbé Pierre,
qu'un autre monde est possible...
- l'auteur
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- Pascal Lafargueest président d'Emmaüs Gironde
depuis plus de 17 ans. Il a été
vice-président d'Emmaüs France et candidat à
la présidence d'Emmaüs France face à Martin
Hirsch en 2002.
- L'abbé Pierre,
commémoration à Bordeaux du premier anniversaire
de sa mort | 7'32 | avec Pascal Lafargue.
Réalisation vidéo : Dominique-Emmanuel Blanchard
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C'était le 22 janvier 2008, à Bordeaux,
place Pey Berland.
L'abbé Pierre a quitté le monde des corps un an
plus tôt. Mais la force de son esprit est toujours là.
DEB
- Un extrait du livre
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- RSA : Abbé Pierre
| Emmaüs | Hirsch | RSA | Sarkozy
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- On a vu que
la confusion préjudiciable au mouvement Emmaüs
autour de la « filiation supposée »
Abbé Pierre / Emmaüs / Hirsch / RSA / Sarkozy
nétait quun raccourci journalistique dont
le président de la République avait su jouer avec
un talent incontestable. Pour celui qui a laissé dire,
faire, croire, il relève de la malhonnêteté
intellectuelle. Quand on évoquait limmensité
de son uvre, labbé avait la malice daffirmer
« Emmaüs, ce nest pas ce que jai
fait, cest ce qui mest arrivé »,
associant ainsi, par cet aphorisme empreint dhumilité,
les milliers de personnes qui pendant plus de 50 ans ont uvré
avec lui à la réalisation du mouvement Emmaüs.
Jinsiste,
Martin Hirsch nest pas le successeur de labbé
Pierre, il est le successeur de Jean Rousseau (président
de 1996 à 2002) qui lui-même avait succédé
à Raymond Étienne
Il est le prédécesseur
de Christophe Deltombe élu le 26 mai 2007.
Presque toute la presse a largement usé de limage
du « successeur de labbé Pierre au gouvernement »,
montrant ainsi que le travail de fond enclenché dès
février 2004 et les cérémonies commémoratives
de lappel de labbé Pierre (et que nous avions
déjà dénoncé à Bordeaux) avait
été efficace.
Cet amalgame est dautant plus gênant que le RSA est
assez éloigné des fondements dEmmaüs
dans la mesure où ce dispositif ne concerne pas les plus
faibles.
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- Le paquet plus beau que le
cadeau ?
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- Le RSA doit
permettre aux bénéficiaires des minima sociaux
le retour à lemploi sans perte de revenus. Il sagit
en clair de compenser la perte des aides publiques qui affectant
celui qui, sortant dune « position dassisté »,
devient « salarié ».
Lidée semble a priori généreuse, simple.
À la réflexion elle apparaît bien gênante.
Elle place le débat à partir dune référence
le seuil de pauvreté qui séloigne
du salaire minimum. Elle ne concerne ni ceux qui sont trop éloignés
de laccès à lemploi ni ceux qui ont
déjà un emploi à temps partiel subi et qui
grossissent le nombre des travailleurs pauvres. Le RSA se résume
en réalité à une série de subventions
aux bas salaires et donc à un encouragement à accepter
ces emplois-là. En tentant déliminer les
« trappes à inactivité »
que représentent, selon le Haut-commissaire, les minima
sociaux, le RSA risque dinventer les « trappes
à bas salaires ».
On voit mal où est le progrès !
Alors que lAide au retour à lemploi
existe depuis longtemps, cest la PPE (Prime pour lemploi)
créée par Jospin. Il aurait suffi de veiller à
ce quelle soit versée à ceux qui en avaient
vraiment besoin, et elle aurait été beaucoup plus
élevée, donc plus « incitative ».
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- Sans
approche globale
- des
problématiques de lexclusion
il ny a pas de solutions cohérentes
-
- Il est par
ailleurs contraire à la philosophie dEmmaüs
de présenter les bénéficiaires du RMI comme
des pauvres qui se complairaient dans une position dassistés.
Très gênante cette idée dun système
qui fonctionnerait en dehors des réalités, à
la fois du monde du travail et du monde de lexclusion.
La réalité, cest quil ny a
pas de travail pour tous. La réalité, cest
que tous ne peuvent pas travailler. Sait-on vraiment que
les problèmes financiers ne sont évoqués
que par 3 % des bénéficiaires du RMI pour
expliquer quils ne recherchent pas un emploi. Très
loin derrière les problèmes de santé, les
contraintes familiales fortes, léloignement, le
découragement
Le RSA ne serait-il pas seulement
une bonne idée qui donne des solutions qui ne répondent
pas aux besoins ?
Le Haut-commissaire se fait malheureusement lécho
dune idée bien ancrée à droite qui
assimile les pauvres aux fainéants. Cest ce qui
heurte le plus parce que cela relève du populisme et parce
que cela augure mal de la « réconciliation »
annoncée par le président de la République.
Martin Hirsch enfonce le clou dune culpabilisation des
exclus : ils sont pauvres parce quils ne veulent pas
travailler.
Curieuse présentation qui fait peu de cas de limmense
détresse des millions de pauvres qui vivent dans ce pays
riche, et qui fait référence explicitement à
lopposition ancestrale entre les « bons pauvres »
et les « mauvais pauvres », au temps où
lon enfermait les seconds dans lHôpital général,
et où les premiers suscitaient, déjà, la
compassion des riches. Dans une France, « fille aînée »
de lÉglise, donner aux pauvres cétait
donner au Christ.
La Révolution française puis la République
ont quand même depuis « inventé »
la solidarité en reconnaissant aux pauvres des droits
en tant que citoyens.
-
- Beaucoup dinterrogations
sur le fond et beaucoup dincertitudes aussi sur les réalités
de la mise en place du RSA. Et plus la mise en place semblait
complexe, plus le Haut-commissaire se répandait en annonces
tonitruantes dès lété 2007 (Libé :
« La fin du RMI », « RSA en
place dès 2008 », le JDD : Le RSA
doit remplacer le RMI ! ») alors que rien nétait
encore décidé tant de très nombreuses questions
très concrètes se posaient, et se posent toujours,
auxquelles nul ne peut répondre aujourdhui encore
tant nous sommes dans cette affaire dans le flou le plus total.
Le Premier ministre François Fillon le reconnaît
lui-même : « On a choisi de faire de
lexpérimentation, parce que cest quand même
très compliqué et on peut se tromper. Cette expérience
va sinscrire dans la durée si les choses fonctionnent. »
Cest le message en creux qui est le plus intéressant
et lexpérience peut ne pas aller au-delà
de
lexpérimentation.
-
- En clair,
on nen sait rien, il est donc urgent dattendre et
le Haut-commissaire demande de la patience pour les pauvres.
Les pauvres sont pauvres depuis tellement longtemps quils
peuvent bien attendre ! Alors que la droite « décomplexée »
sert les riches ou les plus aisés sans attendre. Je rappelle
un des slogans préférés de labbé
Pierre : « Lurgence est au partage. »
Martin Hirsch ne doit plus avoir la même notion de lurgence,
ni du partage.
Que retient-on de ces quelques mois de débat autour du
RSA ?
En réalité peu de choses si ce nest que le
RSA ne sera finalement quun coup de pouce donné
à ceux qui reprennent un travail. Tout ça pour
ça ? Inutile dannoncer la fin du RMI, inutile
daccabler les Rmistes en les culpabilisant.
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- Sur les inquiétudes
suscitées par le système RSA ?
Rien.
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- Sur la crainte de la multiplication des
petits boulots ? Rien, alors que lon sait bien que
ce qui fait les travailleurs pauvres, ce sont justement ces petits
boulots à temps partiels subis.
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- Sur la discrimination que cette mesure
peut susciter entre les bons pauvres et les mauvais pauvres ?
Rien.
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- Pour ceux
qui ne peuvent pas travailler et qui constituent lécrasante
majorité des 7 millions de pauvres ?
Toujours rien.
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- Le président
de la République la déclaré au mois
de mai 2008, le RSA sera généralisé
lannée prochaine (si tout va bien). Martin Hirsch
avait exigé 3 milliards, mettant sa démission dans
la balance. On se souvient quil parlait de 7 à 8
milliards au printemps 2007.
Il aura autour dun milliard.
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- Surtout, Nicolas
Sarkozy a précisé que largent serait pris
sur la PPE (prime pour lemploi) pour financer le RSA. Cest
lemploi qui va financer le RSA et non limpôt.
Ce sont les classes populaires, ceux qui touchent entre 1 et
1,3 SMIC, qui vont financer les précaires. Lopposition
et les associations sont montées au créneau, criant
au scandale. Même dans les rangs de la majorité,
cette idée saugrenue est très mal passée.
Martin Hirsch a tenté de la justifier en prenant lexemple
dun couple qui aurait 50000 euros de revenus et qui toucherait
la PPE ! Combien sont-ils dans ce cas si ce cas existe
sur les 8 millions de personnes qui ont bénéficié
de la PPE ?
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- Gageons que
Martin Hirsch, qui avait déclaré au printemps 2008
quil ne ferait pas un RSA au rabais, restera quand même
au gouvernement.
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- Finalement,
on est plutôt soulagés. Comme ce sont les smicards
qui vont le financer, un RSA au rabais leur coûtera moins
cher.
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- Objectif Aquitaine
- n° 160 novembre 2008
- SUD OUEST | 26 SEPTEMBRE
2008
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- La question du jour
-
Vous publiez aujourd'hui « Rencontre d'automne,
sur les chemins d'Emmaüs » aux éditions Le
Bord de l'eau. Quelle est la genèse de ce projet ?
-
Pascal LAFARGUE : L'éditeur m'a contacté,
tout simplement. Il m'a dit : « Je veux savoir comment
vous êtes devenu Pascal Lafargue ». En clair, pourquoi
je me suis engagé dans cette démarche de service
aux autres, dans cette dimension collective. Que signifie l'engagement
bénévole dans la lutte contre toutes les formes
d'exclusion. Ce projet littéraire m'a mis face à
moi-même, l'année de mes 50 ans. J'ai réalisé
le chemin parcouru, personnellement, celui qui m'a mené
à ce que je suis aujourd'hui. J'ai envie de témoigner
et de transmettre aussi, pour apporter sans doute un peu de compréhension
du monde qui nous entoure.
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