EDITIONS LE BORD DE L'EAU
Accueil _Nous contacter Diffusion
           
           
          Pierre HANOT
          Les Hommes sont des icebergs
          Genre : roman
          Format : 12,5 x 20,5
          Nombre de pages : 190 pages
          ISBN 2-915651-51-5
          Date de parution : 2 octobre2006
          Du même auteur :
          Rock'n taules

          Port et emballage compris en CEE
          Prix : 16 eurosTTC
          Pour le recevoir sous 48 h (hors week end).
          Paiement sécurisé par
           
          Pour commander par email
          Bon de commande

          LE LIVRE : Paris. Résistant verres après verres contre la dictature de la santé et la prohibition, une bande de paumés défie le nouveau pouvoir en place. Action directe chez les poivrots, l’alcool au bout du fusil, rouler bourré, l’intoxication comme seule revendication terroriste. De l’ivresse festive à l’addiction de la violence, ce groupuscule de rebelles cèdera aux pièges de la clandestinité pour basculer dans la fascination de l’autodestruction.
          Roman noir aux éclats de larmes, vertige de la descente aux enfers où fraternité imbibée et amours en désespérance se côtoient sans pudeur, Les Hommes sont des icebergs est aussi un polar interactif dont le même scénario est décliné au scalpel par trois personnages différents.
          Jeu de miroirs schizophrénique porté par une écriture de chair et de sang...
          Pierre Hanot a écrit un roman noir, un polar interactif fondé sur un concept original : la problématique des groupes terroristes clandestins transposée dans un rapport à l’alcool (escalade, culpabilité, rapport faussé à la réalité, addiction de la violence).
          Ce roman est un récit interactif décliné par trois personnages différents mis en lumière par une écriture rare, reconnue par les médias à travers Rock’n taules. L'écriture au couteau de Pierre Hanot, emportée parfois par des vagues de poésie et de flamboyance, se rapproche de celle d’Audiard dans la vérité des tons, des expressions et l'art des dialogues avec des personnages de chair et de sang... une écriture des tripes et du cœur.
           

          L’AUTEUR : Pierre HANOT a publié 5 albums CD dont le dernier en 2000. Libération en avait fait son coup de cœur. Il a publié juin 2005 Rock'n taules, récit qui a été salué par la presse.

          Cet ouvrage a obtenu le Prix "Bordelaise de lunetterie" 2006.
          Pierre Hanot vit dans la région de Metz.

           

          Pierre Hanot dans la presse à propos de Rock'n taules : 23 articles dans la presse écrite , 5 émissions à France Inter, 1 à RTL, 1 en Allemagne, 3 sur France Bleu, 1 sur Radio Libertaire , etc., 5 télés (France 2 et France 3 plus présentation du livre sur RTL 9 par... Bohringer), jusqu’à présent aussi 9 salons littéraires et 20 rencontres (taules ou libraires) ou cafés littéraires.

          Les premières pages du livre
           
           
          Luy prit un livre sur une pile et se glissa dans la file. Tous, autour, parlaient à voix basse : leurs chuchotements en poussière suspendus à la lumière des halogènes, et l'écho de leurs mirages lui parvenaient comme de la fosse d'une piscine, barbouillés par les vapeurs de l'alcool. Cons, sang, suce ! Pauvre nation soumise, pensa Luy, lecteurs esclaves, habitués depuis des générations à la fermer chez leur libraire, le proctologue ou le lundi matin aux enterrements… Le même respect intangible pour les choses mortes et les salles d'attente, le même abandon aux mains du spécialiste.
          À la convergence des murmures, le nouveau prix Goncourt dédicaçait son best-seller sur une table recouverte d'un tissu trop court dévoilant les pieds du maître. Escarpins vernis sur mesure mais socquettes sans maintien, chevilles glabres et mesquines, gélatineux. La terre était bancale, la journée tanguait. Était-ce l'ivresse, était-ce eux-mêmes ?
          - Votre petit nom ? Ah, c'est un beau prénom !
          L'auteur rabâchait obstinément sa formule de bienvenue, puis décernait ses sucreries à la chaîne, mâchouillées en travers sur la page de garde : " À vous dont je ne connais rien, mais qui m'apportez tant. "
          Ils avaient accouru pour le rencontrer, affronté les ouragans, mis leur vie en péril, changé d'horaire, aménagé leur quotidien, modifié leur emploi du temps, bravé le métro, abandonné leurs familles, renié leurs promesses pour enfin se pousser en cortège, à pas impatients vers le saint sacrement, offrant au messie le ventre blanc de leur livre sacré. Lui susurrer un compliment, le prendre en photo, et contrôler aussitôt la qualité du cadrage afin que sur l'écran numérique, il soit encore mieux qu'en vrai.
          Luy était beurré et bouillait de leur tiédeur dégoulinante. Il remarqua le nombre inouï d'appareils dentaires, chez au moins un tiers du troupeau. À l'évidence, lire gâtait la bouche. Jouant des coudes, étranger dans la foule, il slaloma jusqu'au pied de l'autel et tendit à son tour le bouquin volé. L'amour à jeun, tout un programme. La presse ne parlait plus que de ça, le témoignage, retour de l'abîme, les affres de l'addiction et la rédemption du sevrage, l'autoflagellation, le courage. Rien de pire que les ex.
          - Votre petit nom ?
          - T'encombre pas, dit Luy, fais-moi juste un dessin. Tu marqueras quelque chose quand t'auras appris à écrire.
          L'auteur s'écarquilla :
          - Mais mon jeune ami, vous êtes saoul !
          Luy se retourna vers les groupies et à la cantonade :
          - Bravo ! Un ban d'honneur pour ce ringard et tout ce qu'il a commis ! Vous-mêmes, bande de taches, la direction vous remercie, vous avez été excellents, fabuleux, grandioses !
          Ils s'applaudirent à tout rompre, sans l'ombre d'un doute. Luy aurait montré son cul qu'ils auraient pris ça pour une performance. Il les détestait, qui entrecroisent par milliards les fils de leurs destinées si prévisibles.
          Soudain, il la vit. Elle le regardait, il ne l'avait même pas devinée auparavant, lui qui croyait tout voir, des cheveux à tomber sur les épaules. Tout de suite il imagina passer la nuit dans ses cheveux.
          - Je crois qu'on s'est égarés, dit-elle, en rigolant.
          Une voix de brune. Luy s'était menti, le hasard n'existait pas, déjà ils étaient deux. Ils s'en allèrent ensemble sous le ciel clair de juin, il faisait doux, presque tendre, le long des quais. Ça lui rappelait un de ses anciens poèmes, " Les amants aimantés ", l'espace où rien ne peut aller contre la fusion des êtres, le moment où tout est dans tout.
          - Jo la méduse, le parangon de la repentance, dit Luy. L'écrivain aux écrits vains ! Le calembour est éculé mais ça colle à cent pour cent.
          - Tu n'aimes pas les livres ? demanda-t-elle. Pourtant, les mots sont fidèles…
          - C'est pas ça. Plutôt une question de vases communicants, ou la loi d'Archimède qui tourne mal. Quatre ans que je me mutile à écrire le roman du siècle et je sais maintenant qu'il finira au vide-ordures. En réalité, plus je veux parler des autres, moins je les supporte… Je suis entré dans la librairie pour confirmation et ils m'ont donné le coup de grâce : le fan-club, leurs problèmes d'orthodontie, je suis juste venu pour m'écœurer, avoir la gerbe, me rouler dans leurs convenances, une dernière fois, c'est maso, non ?
          - Pourquoi divorcer sur un malentendu ?
          Luy trouva qu'elle avait des phrases pétillantes comme un verre de Lambrusco. Il oublia la prudence :
          - Ça te dirait de picoler ? On en a pas mal à la maison…
          - Je ne crains pas l'ivresse, dit-elle sobrement.
          Il en était sûr. Ils y allèrent et burent, à toc, ils s'imprégnèrent. Boire était la raison, boire était la soif. Luy pouvait sentir, quasi par transparence, l'alcool se propager dans son corps, au rythme de son pouls, au souffle de son cœur, palpitation primale emplissant ses veines d'un venin délicieux, confortant l'aigu désir qu'il avait pour elle.
          Elle aussi avait chaud. Ils chahutèrent. Elle enleva son pull, ses cheveux ondulaient tels les serpents du Nil. Ils chahutèrent encore, ils se frôlaient, ils pensaient tous les deux à la même chose.
          - Je suis paf, dit-elle en s'allongeant sur le lit, j'ai le tournis.
           
           

          DANS LA PRESSE
           


          L'Humanité - 22 février 2007
          Un futur noir où règne la solitude
          MUTINERIE . Une parabole sur la rébellion et l’ivresse
          Les Hommes sont tous des icebergs, de Pierre Hanot,
          Éditions Le Bord de L’eau. 192 pages, 16 euros.
          Ces hommes-là dérivent dans une révolution d’ivresse obstinée. Ce pourrait être un futur proche, mais loin de la science-fiction, un futur noir où règne la solitude. Résistants dérisoires dans une société où a été installée la prohibition, un petit groupe de marginaux se lance avec maladresse dans la dissidence alcoolisée. Les canettes remplacent les fusils, et les partisans sont des poivrots. Les flaques de bière artisanale sèment leur chemin vers la clandestinité. Le récit de leur combat éthylique est écrit à trois voix : Luy, le verre à moitié vide, l’Autre, le verre à moitié plein, et Lydie, le verre renversé. Si le désespoir était soluble dans l’alcool, ça se saurait et la vie aurait la couleur de ce roman, lie-de-vin, et l’odeur des lendemains de cuite. Pierre Hanot lance ici une histoire qui pète à la gueule de son lecteur, comme un attentat raté, une bombe à vin, un cocktail Molotov à l’alcool frelaté. Mais la mutinerie est condamnée à patiner dans les flaques de vomi, et les rebelles mis à mal par la cirrhose. Rien n’est juste et les insurrections finissent dans la solitude.
          Les Hommes sont tous des icebergs est une provocation pour les abstinents et les utilisateurs d’alcootest, c’est une âpre parabole sur la rébellion pour les lecteurs robustes. Pierre Hanot est musicien. Il a publié un récit fondé sur son expérience des concerts donnés en prison Rock’n taules (prix Bordelaise de Lunetterie 2006). Les Hommes sont des icebergs est son premier roman.
          Adèle Arnould

          Dernières Nouvelles d'Alsace
          25 11 06
          Pas de repos pour les braves
           
          Musicien et écrivain, Pierre Hanot publie Les hommes sont des icebergs, un roman très noir d'une grande intensité, où il mêle avec bonheur aventure et politique, fiction et réflexion.
          On lui doit Rock'n taules, un carnet de route sur ses multiples concerts dans les prisons de France - près de deux cents à ce jour. Les brouillards d'automne ont déposé Les hommes sont des icebergs (Ed. Le bord de l'eau) sur les rayonnages des libraires, un premier roman qui vous prend à la gorge. "Le manuscrit était en chantier depuis deux ans mais le bon accueil fait à mon livre précédent m'a aidé à le finir. Et beaucoup de gens m'ont donné du courage pour aller jusqu'au bout", raconte Pierre Hanot.
          Un univers romanesque quel qu'il soit, ne s'improvise jamais. Né en 1ç(é à Metz, il abandonne le professorat, en 72, pour se consacrer à la musique. Parallèlement, il vit de boulots divers -maçon, poseur de vitres - ou en faisant le voyou, expert en deal inavouable. L'envie de créer a toujours été là, ne l'a jamais quitté. "Ecrire un roman, c'est raconter une histoire. Ce sont les gens que vous faites vivre qui donnent le ton du roman, la couleur des mots qui sortent de la plume", dit Paul Auster.
          Ici, tout est parfaitement plausible et obéit à une logique rigoureuse, même si elle est particulière, puisqu'il s'agit de l'analyse d'une obsession. "Je voulais que l'alcool soit la problématique centrale. Je trouvais que c'était plus intéressant de parler d'une autre addiction que la drogue". Alors, roman noir ? Thriller ? Anticipation ? "Comme en musique, je ne suis pas à l'aise avec les étiquettes. On pourra donc parler de fable noire".
          Cet écrivain attentif a su parfaitement saisir tout ce qui fait la réussite d'un polar, une atmosphère, des protagonistes singuliers, la précision des combines des uns et des autres. Une histoire qui résonne presque comme un prétexte à des jeux de mots, de rimes, des introspections, des personnages azimutés, trois angles de vue : Luy ou le verre à moitié plein, l'Autre ou le verre à moitié vide et Lydie ou le verre renversé, trois manières d'envisager une dramaturgie à la violence rebelle. Des gens ordinaires qui déraillent lorsque le quotidien devient imbuvable.
          Loin des bureaux enfumés et des demeures chic, dans la grisaille de la cité, dans des lieux qui n'ont jamais été beaux, on scelle des pactes avec la mort, pour sa propre survie, pour garder un semblant de liberté, ou encore crier, au nom des victimes, l'indignation qui empêchera les morts de sombrer dans l'oubli et rachètera l'indifférence des vivants. C'est aussi à ces étranges loyautés qu'obéit le roman de Pierre Hanot. Dans une écriture vive et nerveuse - "je carbure à l'urgence" - il nous parle d'un monde où l'appartenance au genre humain se paie au prix fort.
          Ce ne sont pas les événements, aussi violents soient-ils, qui constituent l'ossature du livre mais bien l'exploration des étranges motivations des protagonistes et l'atmosphère délétère qui s'en dégage. Comme si l'écrivain avait voulu faire autant que possible l'économie des accessoires d'une histoire classique pour plonger directement à la source de l'intrigue : le souffle et la violence. Avec ce livre, le Lorrain est en route pour gagner sa place parmi les meilleurs auteurs de romans noirs.
          Joël Isselé
          Les 25 et 26 novembre au salon du livre de Colmar

          OUEST FRANCE - 17/10/06
           
           
          Au fond du verre nulle vérité
           
          Pierre Hanot est homme de talent et de conviction. Ce chanteur et musicien, animateur du groupe "Parano Band" a assuré près de 200 concerts en prison, expérience dont il tira son premier livre Rock'n taules, unanimement salué par la critique. Le rocker récidiviste, passant cette fois au roman, avec un livre tendu, au langage tour à tour violent ou tendre, au rythme vif alternant avec de brèves pauses, aux scènes tonitruantes s'effaçant ci et là au profit d'images esquissées. Un roman-concert en quelque sorte, sur un sujet original.
          Imaginez une Europe de la prohibition, dans laquelle plus une goutte d'alcool n'est tolérée tandis que les buveurs - révoltés, résistants ou simples pauvres types déjantés - sont impitoyablement traqués par les forces de l'ordre, de la morale et de la santé. Ce ne sont pas les trafics montés avec une Pologne en proie aux mafias ou les plants de Côtes de Blaye des guérilleros sud-américains qui sauveront la treille ou la bouteille. Pourtant Bébé, un costaud qui travaille dans un abattoir, Théo et Rachel, Luy, écrivain raté et alcoolo réussi, ne se laissent pas faire. Tout est bon qui fait boisson et ventre. Mais leur équipée tourne au vinaigre quand ils se mêlent à des gauchistes-terroristes fous et pathologiques qui dévoient la cause. Luy se perdra de déchéances en échecs et surtout perdra Lydie qui était la vie…
          Telles est la curieuse fable-rock inventée par un écrivain qui secoue notre monde, ses poncifs, ses fausses bonnes raisons de toute obédience, et se met en quête du sens de la vie et du bonheur…
           

          Yannick PELLETIER


          La Semaine
           
          PIERRE HANOT UNE TRONCHE DE VIE
          Anne de Rancourt
           
          On ne peut pas rater sa dégaine : un peu bancale, déglinguée par une poliomyélite à l'âge de dix-huit mois, une saloperie qui ne lui a pas déglingué la tête, et encore moins le coeur, je vous assure !
          Un voyage en train avec Pierre Hanot, entre Besançon et Metz, à l'occasion d'un salon du livre qui nous réunissait avec quelques trois cents autres fêlés du verbe, c'est pas triste, croyez-moi.
          C'est d'abord la constatation narcissique navrante que si vous l'avez reconnu tout de suite, la réciproque n'est pas vraie. Lorsqu'il s'assied face à vous, vous lui dites Re-bonjour, Pierre ! (vous étiez au même stand que lui à Besançon). Il se croit universellement connu, peut-être, il se redresse dans son siège, fait le sourire aimable du personnage prêt à assurer le service après-vente de sa notoriété.
          Alors vous vous présentez, vous vous re-présentez plutôt en vous marrant. Avec bienveillance et douceur vous tentez d'évoquer des références communes, qui peu à peu émergent dans son cerveau épuisé de salonnard du livre qui n'a ni la mémoire des visages ni celle des noms. Il rit alors de ce début flagrant d'une maladie dégénérescente à la mode, s'excuse, reprend son air normal : une bonne tronche de loubard, des épaules à l'aise et à l'air dans un débardeur orné d'un dragon, une boucle d'oreille... pas de tatouages apparents. Même pas peur, seul face à cette gueule au crâne rasé à blanc et à barbiche ! Le bad boy s'évanouit dès qu'il sourit...
          Hanot, c'est un Messin, bachelier à seize ans avec une tête de cancre, c'est un musicien hors-pair, qui va jouer dans les prisons pour les taulards (cf. son premier livre, très remarqué : Rock'n'taules, édité chez Bord de l'eau, en mai 2005). C'est aussi un deuxième bouquin sorti tout récemment : Les Hommes sont des icebergs (éd. Bord de l'eau, 190 pages, 16 euros). Il faut lire ce premier roman écrit à l'alcool brut, d'une écriture littéralement éthylique, râpeuse comme une vodka au poivre, originale et folle, qui dit l'urgence de vivre par tous les bouts, qui dit l'amour brut et brutal, un livre qui vous chope aux tripes et au foie, et ne vous lâchera plus : vous serez obligés de boire jusqu'au bout, vous serez prévenus !
          C'est de ça qu'on a soif : d'une littérature qui se fout de l'ego de l'auteur et du confort du lecteur, du penser droit et du prêt à lire onctueux ! Allez, offre-nous vite une autre tournée, Pierrot ! Éditeurs, ne le laissez pas échapper, cet écrivain est dangereux : il écrit avec son ventre ! Et c'est le lecteur qui trinque : Hanot z'amours !
           

          Anne de Rancourt

          Dédicace chez Géronimo le 17 octobre : Les Hommes sont des icebergs.

          Kaële Magazine n° 27
          Les hommes sont des icebergs de Pierre Hanot
           
          Dans une France ultrasécuritaire où l’alcool est désormais prohibé, les libertés individuelles se noient dans l’excès. On pense au slogan soixante-huitard : « Il est interdit d’interdire. » Les rencontres entre groupuscules extrémistes ironisent sur le militantisme. Et les effluves de l’anarchisme incarné par Luy embaument les pages du début à la fin. Les images et autres métaphores se succèdent à la vitesse d’un cul-sec et l’on se laisse agréablement grisé par le rythme des buveurs. Parler cru, vision troublée, le champ sémantique, du sordide caniveau aux cieux des amoureux, ne se laisse pas emporter par la facilité, et maîtrise son propos. Ce premier roman mérite donc qu’on s’y attarde : passer les premières gorgées, insidieusement l’ivresse de la lecture prend le dessus et d’une traite on le boit. Attention, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, Luy et Lydie trinqueront à leur tour : « Boire au matin, boire souvent, boire la nuit, elle n’est pas faite pour ça. Quand son corps s’y refuse, que ça la rend malade, que ça l’écœure parce qu’elle a été trop loin, Luy lui reproche de ne pas être avec lui et ils se chamaillent. Puis il la quitte alors qu’il a besoin d’elle, il part quand elle le veut. Les amants aimantés, qui se repoussent et s’attirent, elle espérait une autre polarité. Alors elle reste en lucidité, seule. »
          F.F.
          Éditions Le Bord de l’Eau, 2006, 16 €.
           

          EST REPUBLICAIN - Octobre 2006

           
          par Frédéric R. Vignale
          Fondateur bien aimé du Mague. Webmaster, plasticien, photographe et réalisateur.
           
          Après le remarqué "Rock’n Taules" et sa structure en fer et en notes musicales d’une beauté et force saisissantes, Pierre Hanot revient avec un roman qui lui ressemble et prouve ainsi qu’il faudra maintenant compter avec lui pour une carrière littéraire en plus de son parcours hors norme dans la Musique. "Les hommes sont des icebergs" est un roman noir qui va au charbon sur le champ lexical de la boisson.
          Une histoire qui résonne presque comme un prétexte à des jeux de mots, de rimes, des introspections, des personnages azimutés, trois angles de vue : Luy ou le verre à moitié plein, l’Autre ou le verre à moitié plein et Lydie ou le verre renversé, trois manières d’envisager une dramaturgie à la violence rebelle.
          Pierre Hanot a du style et on a tort de sans cesse le comparer à ce que fait un autre qui ne cesse de répéter que "C’est beau une ville la nuit".
          On prend ce roman en pleine face, en pleine gueule, on suit les peregrinations d’un homme qui se noit dans des milliers de verres, on assiste à la difficile construction d’un roman, Apolinnaire, Bernard Dimey et d’autres poètes ponctuant le récit de leurs phrases éternelles.
          Travail sur soi-même, expérimentatio passionnelle et intimiste sur la littérature et la manière que l’on a de se l’approprier à la force du poignet et du coude, "Les hommes sont des icebergs" est comme le précédent livre de son auteur un OVNI étrange et fascinant, déconcertant et atypique.
          Nous sommes dans la plus pure poésie, les lignes d’Hanot ont du corps, une odeur, des veines apparentes. On tremble, on boit à la lie, on s’asperge de l’ambiance et de l’électrique des situations.
          Pierre Hanot met le feu aux poudres et nous fait partager son univers parallèle, c’est bien la moindre des choses qu’on peut demander un Ecrivain véritable.
          A lire si on n’a pas peur dans la nuit et si on veut aller plus loin que les idées reçues. Une Schizo-littéraire de premier choix bonne comme le meilleur des excitants.
          De la très bonne littérature noire à feu et à sang.
          à noter une très belle photo de couverture de Christian Legay.
          Les hommes sont des icebergs, Pierre Hanot, roman, Editions Le Bord de l’Eau, 2006
          le 19/09/2006

          REPUBLICAIN LORRAIN
          15 10 06
           
          Hanot l'ivresse

           

          On dirait un futur proche. Oui, pas vraiment lointain ce temps où, après avoir pourchassé les fumeurs jusque dans les derniers recoins, l'ordre au pouvoir s'en prendrait aux ultimes compagnons de la dive bouteille. Un monde à la Orwell avec son univers paranoïaque et fliqué, un monde à la Bukowski avec des héros allumés, avinés, azimutés. Des résistants du pastaga fédérés en d'improbables groupes rebelles. C'est le singulier univers dans lequel nous plonge Pierre Hanot avec son premier roman Les hommes sont des icebergs, qui paraît aux éditions Le Bord de l'Eau. Musicien, plasticien, Pierre Hanot avait publié l'an dernier Rock'n taules chez le même éditeur, un récit documentaire très pertinent sur la situation délitée de l'univers carcéral en France. Un monde qu'il connaît bien pour y tourner depuis pas mal d'années en concert.
          Nouvelle corde à son arc, il se lance dans le roman en propulsant des personnages déglingués, à l'ivresse triste, dans une brinquebale éthylique, la brigade des alcools aux trousses. Toujours entre deux vins, Fred, Bébé, Théo et Luy, l'écrivain raté, sont prêts à boire même de l'antigel pour combler leur addiction à l'alcool sous toutes les formes. Une histoire sombre de trahison, d'abandon où l'amour part en vrille, comme l'estime de soi et la confiance en l'autre. De quoi avoir la gueule de bois après la lecture de ce récit imbibé, genre de polar interactif et désespéré où l'écriture imagée de l'auteur sauve heureusement le lecteur de tant de noirceur sociétale. On y retrouve la patte rythmée, les images qui claquent, les jeux de langue, les saines colères et franches fraternités qui sont la marque de fabrique de Pierre Hanot….
          Francis KOCHERT

          REPUBLICAIN LORRAIN
          20 10 06
           
          CULTURE rencontre
          Hanot, le visible et l'invisible
           
          Après l'excellent et très remarqué Rock'n taules - récit de son expérience de concerts donnés dans les prisons -, Pierre Hanot se lance à plume perdue dans le roman. Les hommes sont des icebergs, titre de son nouvel ouvrage, aurait pu présager d'un guide de vie quotidienne destiné à la gent masculine. Pas du tout. Il s'agit en réalité d'un polar sociologique où les personnages sont plongés dans l'alcool et la noirceur.
          En guise de décor, l'auteur imagine (ou pas) une société qui prohibe la boisson et verse violemment dans une dictature de la santé. Ici, l'hygiénisme ne souffre aucune différence. "Je voulais que mes protagonistes soient perçus comme des gens à la dérive qui se rebellent, a expliqué Pierre Hanot lors de sa dédicace à la librairie Géronimo. Et que les bons ne sont pas forcément ceux qu'on croit".
          Récit à trois voix, Les hommes sont des icebergs se remarque dans le style d'écriture employé par l'auteur. Torturé, trituré. Simple parfois, extrême souvent. "Etant musicien, le rythme et la sonorité se sont rapidement installés dans mon esprit. J'y ai trouvé la fluidité que je souhaitais offrir aux lecteurs. Quitte à me corriger quand j'approchais certains côtés moralisateurs."
          Mélange des genres, éloge des contradictions, le roman d'Hanot se veut volontairement surprenant. Ce n'est qu'à la fin de la lecture que le destin de ses personnages se scelle réellement. Tenu en haleine, l'amateur de polar plongera avec délectation dans cette aventure. Les adeptes d'univers marqués et particuliers s'abandonneront avec plaisir dans cette fresque. Pas si éloignée que ça de notre monde.