LE LIVRE : Paris. Résistant
verres après verres contre la dictature de la santé
et la prohibition, une bande de paumés défie le
nouveau pouvoir en place. Action directe chez les poivrots,
lalcool au bout du fusil, rouler bourré, lintoxication
comme seule revendication terroriste. De livresse festive
à laddiction de la violence, ce groupuscule de rebelles
cèdera aux pièges de la clandestinité pour
basculer dans la fascination de lautodestruction. Roman noir aux éclats de larmes, vertige de
la descente aux enfers où fraternité imbibée
et amours en désespérance se côtoient sans
pudeur, Les Hommes sont des icebergs est aussi un polar interactif
dont le même scénario est décliné
au scalpel par trois personnages différents. Jeu de miroirs schizophrénique porté
par une écriture de chair et de sang...
Pierre Hanot a écrit
un roman noir, un polar interactif fondé sur un concept
original : la problématique des groupes terroristes
clandestins transposée dans un rapport à lalcool
(escalade, culpabilité, rapport faussé à
la réalité, addiction de la violence). Ce roman est un récit interactif décliné
par trois personnages différents mis en lumière
par une écriture rare, reconnue par les médias
à travers Rockn taules. L'écriture au couteau
de Pierre Hanot, emportée parfois par des vagues de poésie
et de flamboyance, se rapproche de celle dAudiard dans
la vérité des tons, des expressions et l'art des
dialogues avec des personnages de chair et de sang... une écriture
des tripes et du cur.
-
LAUTEUR
: Pierre
HANOT a publié 5 albums CD dont le dernier en 2000. Libération
en avait fait son coup de cur. Il a publié juin
2005 Rock'n taules, récit qui a été
salué par la presse.
Cet ouvrage
a obtenu le Prix "Bordelaise de lunetterie" 2006.
Pierre Hanot vit dans la région de Metz.
-
Pierre
Hanot dans la presse à propos de Rock'n taules :
23 articles dans la presse écrite , 5 émissions
à France Inter, 1 à RTL, 1 en Allemagne, 3 sur
France Bleu, 1 sur Radio Libertaire , etc., 5 télés
(France 2 et France 3 plus présentation du livre sur RTL
9 par... Bohringer), jusquà présent aussi
9 salons littéraires et 20 rencontres (taules ou libraires)
ou cafés littéraires.
- Les premières
pages du livre
-
-
Luy prit un livre sur une pile et se
glissa dans la file. Tous, autour, parlaient à voix basse
: leurs chuchotements en poussière suspendus à
la lumière des halogènes, et l'écho de leurs
mirages lui parvenaient comme de la fosse d'une piscine, barbouillés
par les vapeurs de l'alcool. Cons, sang, suce ! Pauvre nation
soumise, pensa Luy, lecteurs esclaves, habitués depuis
des générations à la fermer chez leur libraire,
le proctologue ou le lundi matin aux enterrements
Le même
respect intangible pour les choses mortes et les salles d'attente,
le même abandon aux mains du spécialiste.
À la convergence des murmures,
le nouveau prix Goncourt dédicaçait son best-seller
sur une table recouverte d'un tissu trop court dévoilant
les pieds du maître. Escarpins vernis sur mesure mais socquettes
sans maintien, chevilles glabres et mesquines, gélatineux.
La terre était bancale, la journée tanguait. Était-ce
l'ivresse, était-ce eux-mêmes ?
- Votre petit nom ? Ah, c'est un beau
prénom !
L'auteur rabâchait obstinément
sa formule de bienvenue, puis décernait ses sucreries
à la chaîne, mâchouillées en travers
sur la page de garde : " À vous dont je ne connais
rien, mais qui m'apportez tant. "
Ils avaient accouru pour le rencontrer,
affronté les ouragans, mis leur vie en péril, changé
d'horaire, aménagé leur quotidien, modifié
leur emploi du temps, bravé le métro, abandonné
leurs familles, renié leurs promesses pour enfin se pousser
en cortège, à pas impatients vers le saint sacrement,
offrant au messie le ventre blanc de leur livre sacré.
Lui susurrer un compliment, le prendre en photo, et contrôler
aussitôt la qualité du cadrage afin que sur l'écran
numérique, il soit encore mieux qu'en vrai.
Luy était beurré et bouillait
de leur tiédeur dégoulinante. Il remarqua le nombre
inouï d'appareils dentaires, chez au moins un tiers du troupeau.
À l'évidence, lire gâtait la bouche. Jouant
des coudes, étranger dans la foule, il slaloma jusqu'au
pied de l'autel et tendit à son tour le bouquin volé.
L'amour à jeun, tout un programme. La presse ne parlait
plus que de ça, le témoignage, retour de l'abîme,
les affres de l'addiction et la rédemption du sevrage,
l'autoflagellation, le courage. Rien de pire que les ex.
- Votre petit nom ?
- T'encombre pas, dit Luy, fais-moi juste
un dessin. Tu marqueras quelque chose quand t'auras appris à
écrire.
L'auteur s'écarquilla :
- Mais mon jeune ami, vous êtes
saoul !
Luy se retourna vers les groupies et
à la cantonade :
- Bravo ! Un ban d'honneur pour ce ringard
et tout ce qu'il a commis ! Vous-mêmes, bande de taches,
la direction vous remercie, vous avez été excellents,
fabuleux, grandioses !
Ils s'applaudirent à tout rompre,
sans l'ombre d'un doute. Luy aurait montré son cul qu'ils
auraient pris ça pour une performance. Il les détestait,
qui entrecroisent par milliards les fils de leurs destinées
si prévisibles.
Soudain, il la vit. Elle le regardait,
il ne l'avait même pas devinée auparavant, lui qui
croyait tout voir, des cheveux à tomber sur les épaules.
Tout de suite il imagina passer la nuit dans ses cheveux.
- Je crois qu'on s'est égarés,
dit-elle, en rigolant.
Une voix de brune. Luy s'était
menti, le hasard n'existait pas, déjà ils étaient
deux. Ils s'en allèrent ensemble sous le ciel clair de
juin, il faisait doux, presque tendre, le long des quais. Ça
lui rappelait un de ses anciens poèmes, " Les amants
aimantés ", l'espace où rien ne peut aller
contre la fusion des êtres, le moment où tout est
dans tout.
- Jo la méduse, le parangon de
la repentance, dit Luy. L'écrivain aux écrits vains
! Le calembour est éculé mais ça colle à
cent pour cent.
- Tu n'aimes pas les livres ? demanda-t-elle.
Pourtant, les mots sont fidèles
- C'est pas ça. Plutôt une
question de vases communicants, ou la loi d'Archimède
qui tourne mal. Quatre ans que je me mutile à écrire
le roman du siècle et je sais maintenant qu'il finira
au vide-ordures. En réalité, plus je veux parler
des autres, moins je les supporte
Je suis entré
dans la librairie pour confirmation et ils m'ont donné
le coup de grâce : le fan-club, leurs problèmes
d'orthodontie, je suis juste venu pour m'écurer,
avoir la gerbe, me rouler dans leurs convenances, une dernière
fois, c'est maso, non ?
- Pourquoi divorcer sur un malentendu
?
Luy trouva qu'elle avait des phrases
pétillantes comme un verre de Lambrusco. Il oublia la
prudence :
- Ça te dirait de picoler ? On
en a pas mal à la maison
- Je ne crains pas l'ivresse, dit-elle
sobrement.
Il en était sûr. Ils y allèrent
et burent, à toc, ils s'imprégnèrent. Boire
était la raison, boire était la soif. Luy pouvait
sentir, quasi par transparence, l'alcool se propager dans son
corps, au rythme de son pouls, au souffle de son cur, palpitation
primale emplissant ses veines d'un venin délicieux, confortant
l'aigu désir qu'il avait pour elle.
Elle aussi avait chaud. Ils chahutèrent.
Elle enleva son pull, ses cheveux ondulaient tels les serpents
du Nil. Ils chahutèrent encore, ils se frôlaient,
ils pensaient tous les deux à la même chose.
- Je suis paf, dit-elle en s'allongeant
sur le lit, j'ai le tournis.
-
-
- DANS LA PRESSE
-

L'Humanité - 22 février
2007
- Un futur noir où
règne la solitude
- MUTINERIE . Une parabole
sur la rébellion et livresse
- Les Hommes sont tous
des icebergs, de Pierre Hanot,
- Éditions Le Bord
de Leau. 192 pages, 16 euros.
Ces hommes-là dérivent dans une révolution
divresse obstinée. Ce pourrait être un futur
proche, mais loin de la science-fiction, un futur noir où
règne la solitude. Résistants dérisoires
dans une société où a été
installée la prohibition, un petit groupe de marginaux
se lance avec maladresse dans la dissidence alcoolisée.
Les canettes remplacent les fusils, et les partisans sont des
poivrots. Les flaques de bière artisanale sèment
leur chemin vers la clandestinité. Le récit de
leur combat éthylique est écrit à trois
voix : Luy, le verre à moitié vide, lAutre,
le verre à moitié plein, et Lydie, le verre renversé.
Si le désespoir était soluble dans lalcool,
ça se saurait et la vie aurait la couleur de ce roman,
lie-de-vin, et lodeur des lendemains de cuite. Pierre Hanot
lance ici une histoire qui pète à la gueule de
son lecteur, comme un attentat raté, une bombe à
vin, un cocktail Molotov à lalcool frelaté.
Mais la mutinerie est condamnée à patiner dans
les flaques de vomi, et les rebelles mis à mal par la
cirrhose. Rien nest juste et les insurrections finissent
dans la solitude.
Les Hommes sont tous des icebergs est une provocation
pour les abstinents et les utilisateurs dalcootest, cest
une âpre parabole sur la rébellion pour les lecteurs
robustes. Pierre Hanot est musicien. Il a publié un récit
fondé sur son expérience des concerts donnés
en prison Rockn taules (prix Bordelaise de Lunetterie 2006).
Les Hommes sont des icebergs est son premier roman.
Adèle
Arnould
- Dernières
Nouvelles d'Alsace
25 11 06
- Pas
de repos pour les braves
-
Musicien et écrivain, Pierre Hanot
publie Les hommes sont des icebergs, un roman très noir
d'une grande intensité, où il mêle avec bonheur
aventure et politique, fiction et réflexion. On lui doit Rock'n taules, un carnet de route sur
ses multiples concerts dans les prisons de France - près
de deux cents à ce jour. Les brouillards d'automne ont
déposé Les hommes sont des icebergs (Ed. Le bord
de l'eau) sur les rayonnages des libraires, un premier roman
qui vous prend à la gorge. "Le manuscrit était
en chantier depuis deux ans mais le bon accueil fait à
mon livre précédent m'a aidé à le
finir. Et beaucoup de gens m'ont donné du courage pour
aller jusqu'au bout", raconte Pierre Hanot. Un univers romanesque quel qu'il soit, ne s'improvise
jamais. Né en 1ç(é à Metz, il abandonne
le professorat, en 72, pour se consacrer à la musique.
Parallèlement, il vit de boulots divers -maçon,
poseur de vitres - ou en faisant le voyou, expert en deal inavouable.
L'envie de créer a toujours été là,
ne l'a jamais quitté. "Ecrire un roman, c'est raconter
une histoire. Ce sont les gens que vous faites vivre qui donnent
le ton du roman, la couleur des mots qui sortent de la plume",
dit Paul Auster. Ici, tout est parfaitement plausible et obéit
à une logique rigoureuse, même si elle est particulière,
puisqu'il s'agit de l'analyse d'une obsession. "Je voulais
que l'alcool soit la problématique centrale. Je trouvais
que c'était plus intéressant de parler d'une autre
addiction que la drogue". Alors, roman noir ? Thriller ?
Anticipation ? "Comme en musique, je ne suis pas à
l'aise avec les étiquettes. On pourra donc parler de fable
noire".
Cet écrivain attentif a su parfaitement saisir tout ce
qui fait la réussite d'un polar, une atmosphère,
des protagonistes singuliers, la précision des combines
des uns et des autres. Une histoire qui résonne presque
comme un prétexte à des jeux de mots, de rimes,
des introspections, des personnages azimutés, trois angles
de vue : Luy ou le verre à moitié plein, l'Autre
ou le verre à moitié vide et Lydie ou le verre
renversé, trois manières d'envisager une dramaturgie
à la violence rebelle. Des gens ordinaires qui déraillent
lorsque le quotidien devient imbuvable.
Loin des bureaux enfumés et des demeures chic, dans la
grisaille de la cité, dans des lieux qui n'ont jamais
été beaux, on scelle des pactes avec la mort, pour
sa propre survie, pour garder un semblant de liberté,
ou encore crier, au nom des victimes, l'indignation qui empêchera
les morts de sombrer dans l'oubli et rachètera l'indifférence
des vivants. C'est aussi à ces étranges loyautés
qu'obéit le roman de Pierre Hanot. Dans une écriture
vive et nerveuse - "je carbure à l'urgence"
- il nous parle d'un monde où l'appartenance au genre
humain se paie au prix fort.
Ce ne sont pas les événements, aussi violents soient-ils,
qui constituent l'ossature du livre mais bien l'exploration des
étranges motivations des protagonistes et l'atmosphère
délétère qui s'en dégage. Comme si
l'écrivain avait voulu faire autant que possible l'économie
des accessoires d'une histoire classique pour plonger directement
à la source de l'intrigue : le souffle et la violence.
Avec ce livre, le Lorrain est en route pour gagner sa place parmi
les meilleurs auteurs de romans noirs.
Joël Isselé
Les 25 et 26 novembre au salon du livre de Colmar
- OUEST
FRANCE - 17/10/06
-
-
- Au fond
du verre nulle vérité
-
Pierre Hanot est homme
de talent et de conviction. Ce chanteur et musicien, animateur
du groupe "Parano Band" a assuré près
de 200 concerts en prison, expérience dont il tira son
premier livre Rock'n taules, unanimement salué par la
critique. Le rocker récidiviste, passant cette fois au
roman, avec un livre tendu, au langage tour à tour violent
ou tendre, au rythme vif alternant avec de brèves pauses,
aux scènes tonitruantes s'effaçant ci et là
au profit d'images esquissées. Un roman-concert en quelque
sorte, sur un sujet original. Imaginez une Europe de la prohibition, dans laquelle
plus une goutte d'alcool n'est tolérée tandis que
les buveurs - révoltés, résistants ou simples
pauvres types déjantés - sont impitoyablement traqués
par les forces de l'ordre, de la morale et de la santé.
Ce ne sont pas les trafics montés avec une Pologne en
proie aux mafias ou les plants de Côtes de Blaye des guérilleros
sud-américains qui sauveront la treille ou la bouteille.
Pourtant Bébé, un costaud qui travaille dans un
abattoir, Théo et Rachel, Luy, écrivain raté
et alcoolo réussi, ne se laissent pas faire. Tout est
bon qui fait boisson et ventre. Mais leur équipée
tourne au vinaigre quand ils se mêlent à des gauchistes-terroristes
fous et pathologiques qui dévoient la cause. Luy se perdra
de déchéances en échecs et surtout perdra
Lydie qui était la vie
Telles est la curieuse fable-rock inventée
par un écrivain qui secoue notre monde, ses poncifs, ses
fausses bonnes raisons de toute obédience, et se met en
quête du sens de la vie et du bonheur
Yannick
PELLETIER
- La
Semaine
-
- PIERRE
HANOT UNE TRONCHE DE VIE
- Anne
de Rancourt
-
On ne peut pas rater
sa dégaine : un peu bancale, déglinguée
par une poliomyélite à l'âge de dix-huit
mois, une saloperie qui ne lui a pas déglingué
la tête, et encore moins le coeur, je vous assure !
Un voyage en train avec
Pierre Hanot, entre Besançon et Metz, à l'occasion
d'un salon du livre qui nous réunissait avec quelques
trois cents autres fêlés du verbe, c'est pas triste,
croyez-moi. C'est d'abord la constatation narcissique navrante
que si vous l'avez reconnu tout de suite, la réciproque
n'est pas vraie. Lorsqu'il s'assied face à vous, vous
lui dites Re-bonjour, Pierre ! (vous étiez au même
stand que lui à Besançon). Il se croit universellement
connu, peut-être, il se redresse dans son siège,
fait le sourire aimable du personnage prêt à assurer
le service après-vente de sa notoriété.
Alors
vous vous présentez, vous vous re-présentez plutôt
en vous marrant. Avec bienveillance et douceur vous tentez d'évoquer
des références communes, qui peu à peu émergent
dans son cerveau épuisé de salonnard du livre qui
n'a ni la mémoire des visages ni celle des noms. Il rit
alors de ce début flagrant d'une maladie dégénérescente
à la mode, s'excuse, reprend son air normal : une bonne
tronche de loubard, des épaules à l'aise et à
l'air dans un débardeur orné d'un dragon, une boucle
d'oreille... pas de tatouages apparents. Même pas peur,
seul face à cette gueule au crâne rasé à
blanc et à barbiche ! Le bad boy s'évanouit dès
qu'il sourit... Hanot, c'est un Messin, bachelier à seize
ans avec une tête de cancre, c'est un musicien hors-pair,
qui va jouer dans les prisons pour les taulards (cf. son premier
livre, très remarqué : Rock'n'taules, édité
chez Bord de l'eau, en mai 2005). C'est aussi un deuxième
bouquin sorti tout récemment : Les Hommes sont des icebergs
(éd. Bord de l'eau, 190 pages, 16 euros). Il faut lire
ce premier roman écrit à l'alcool brut, d'une écriture
littéralement éthylique, râpeuse comme une
vodka au poivre, originale et folle, qui dit l'urgence de vivre
par tous les bouts, qui dit l'amour brut et brutal, un livre
qui vous chope aux tripes et au foie, et ne vous lâchera
plus : vous serez obligés de boire jusqu'au bout, vous
serez prévenus !
C'est de ça qu'on a soif : d'une littérature qui
se fout de l'ego de l'auteur et du confort du lecteur, du penser
droit et du prêt à lire onctueux ! Allez, offre-nous
vite une autre tournée, Pierrot ! Éditeurs, ne
le laissez pas échapper, cet écrivain est dangereux
: il écrit avec son ventre ! Et c'est le lecteur qui trinque
: Hanot z'amours !
-
Anne
de Rancourt
- Dédicace
chez Géronimo le 17 octobre : Les Hommes sont des icebergs.
- Kaële
Magazine n° 27
- Les
hommes sont des icebergs de Pierre Hanot
-
Dans une France ultrasécuritaire
où lalcool est désormais prohibé,
les libertés individuelles se noient dans lexcès.
On pense au slogan soixante-huitard : « Il est interdit
dinterdire. » Les rencontres entre groupuscules extrémistes
ironisent sur le militantisme. Et les effluves de lanarchisme
incarné par Luy embaument les pages du début à
la fin. Les images et autres métaphores se succèdent
à la vitesse dun cul-sec et lon se laisse
agréablement grisé par le rythme des buveurs. Parler
cru, vision troublée, le champ sémantique, du sordide
caniveau aux cieux des amoureux, ne se laisse pas emporter par
la facilité, et maîtrise son propos. Ce premier
roman mérite donc quon sy attarde : passer
les premières gorgées, insidieusement livresse
de la lecture prend le dessus et dune traite on le boit.
Attention, labus dalcool est dangereux pour la santé,
Luy et Lydie trinqueront à leur tour : « Boire au
matin, boire souvent, boire la nuit, elle nest pas faite
pour ça. Quand son corps sy refuse, que ça
la rend malade, que ça lécure parce
quelle a été trop loin, Luy lui reproche
de ne pas être avec lui et ils se chamaillent. Puis il
la quitte alors quil a besoin delle, il part quand
elle le veut. Les amants aimantés, qui se repoussent et
sattirent, elle espérait une autre polarité.
Alors elle reste en lucidité, seule. »
- F.F.
Éditions Le Bord de lEau, 2006, 16 .
-
- EST
REPUBLICAIN - Octobre 2006
-
- par
Frédéric R. Vignale
- Fondateur
bien aimé du Mague. Webmaster, plasticien, photographe
et réalisateur.
-
Après le remarqué
"Rockn Taules" et sa structure en fer et en notes
musicales dune beauté et force saisissantes, Pierre
Hanot revient avec un roman qui lui ressemble et prouve ainsi
quil faudra maintenant compter avec lui pour une carrière
littéraire en plus de son parcours hors norme dans la
Musique. "Les hommes sont des icebergs" est un roman
noir qui va au charbon sur le champ lexical de la boisson.
Une histoire qui résonne
presque comme un prétexte à des jeux de mots, de
rimes, des introspections, des personnages azimutés, trois
angles de vue : Luy ou le verre à moitié plein,
lAutre ou le verre à moitié plein et Lydie
ou le verre renversé, trois manières denvisager
une dramaturgie à la violence rebelle.
Pierre Hanot a du style
et on a tort de sans cesse le comparer à ce que fait un
autre qui ne cesse de répéter que "Cest
beau une ville la nuit".
On prend ce roman en
pleine face, en pleine gueule, on suit les peregrinations dun
homme qui se noit dans des milliers de verres, on assiste à
la difficile construction dun roman, Apolinnaire, Bernard
Dimey et dautres poètes ponctuant le récit
de leurs phrases éternelles.
Travail sur soi-même,
expérimentatio passionnelle et intimiste sur la littérature
et la manière que lon a de se lapproprier
à la force du poignet et du coude, "Les hommes sont
des icebergs" est comme le précédent livre
de son auteur un OVNI étrange et fascinant, déconcertant
et atypique.
Nous sommes dans la plus
pure poésie, les lignes dHanot ont du corps, une
odeur, des veines apparentes. On tremble, on boit à la
lie, on sasperge de lambiance et de lélectrique
des situations.
Pierre Hanot met le feu aux poudres et
nous fait partager son univers parallèle, cest bien
la moindre des choses quon peut demander un Ecrivain véritable.
A lire si on na pas peur dans la
nuit et si on veut aller plus loin que les idées reçues.
Une Schizo-littéraire de premier choix bonne comme le
meilleur des excitants.
De la très bonne littérature
noire à feu et à sang.
à noter une très belle
photo de couverture de Christian Legay.
Les hommes sont des icebergs, Pierre
Hanot, roman, Editions Le Bord de lEau, 2006
le 19/09/2006
- REPUBLICAIN
LORRAIN
- 15 10 06
-
- Hanot l'ivresse
On dirait un futur proche. Oui, pas vraiment
lointain ce temps où, après avoir pourchassé
les fumeurs jusque dans les derniers recoins, l'ordre au pouvoir
s'en prendrait aux ultimes compagnons de la dive bouteille. Un
monde à la Orwell avec son univers paranoïaque et
fliqué, un monde à la Bukowski avec des héros
allumés, avinés, azimutés. Des résistants
du pastaga fédérés en d'improbables groupes
rebelles. C'est le singulier univers dans lequel nous plonge
Pierre Hanot avec son premier roman Les hommes sont des icebergs,
qui paraît aux éditions Le Bord de l'Eau. Musicien,
plasticien, Pierre Hanot avait publié l'an dernier Rock'n
taules chez le même éditeur, un récit documentaire
très pertinent sur la situation délitée
de l'univers carcéral en France. Un monde qu'il connaît
bien pour y tourner depuis pas mal d'années en concert. Nouvelle
corde à son arc, il se lance dans le roman en propulsant
des personnages déglingués, à l'ivresse
triste, dans une brinquebale éthylique, la brigade des
alcools aux trousses. Toujours entre deux vins, Fred, Bébé,
Théo et Luy, l'écrivain raté, sont prêts
à boire même de l'antigel pour combler leur addiction
à l'alcool sous toutes les formes. Une histoire sombre
de trahison, d'abandon où l'amour part en vrille, comme
l'estime de soi et la confiance en l'autre. De quoi avoir la
gueule de bois après la lecture de ce récit imbibé,
genre de polar interactif et désespéré où
l'écriture imagée de l'auteur sauve heureusement
le lecteur de tant de noirceur sociétale. On y retrouve
la patte rythmée, les images qui claquent, les jeux de
langue, les saines colères et franches fraternités
qui sont la marque de fabrique de Pierre Hanot
.
Francis KOCHERT
- REPUBLICAIN LORRAIN
- 20 10 06
-
- CULTURE rencontre
- Hanot, le visible et
l'invisible
-
Après l'excellent et très remarqué
Rock'n taules - récit de son expérience
de concerts donnés dans les prisons -, Pierre Hanot se
lance à plume perdue dans le roman. Les hommes sont
des icebergs, titre de son nouvel ouvrage, aurait pu présager
d'un guide de vie quotidienne destiné à la gent
masculine. Pas du tout. Il s'agit en réalité d'un
polar sociologique où les personnages sont plongés
dans l'alcool et la noirceur. En guise de décor, l'auteur imagine (ou pas)
une société qui prohibe la boisson et verse violemment
dans une dictature de la santé. Ici, l'hygiénisme
ne souffre aucune différence. "Je voulais que mes
protagonistes soient perçus comme des gens à la
dérive qui se rebellent, a expliqué Pierre Hanot
lors de sa dédicace à la librairie Géronimo.
Et que les bons ne sont pas forcément ceux qu'on croit". Récit
à trois voix, Les hommes sont des icebergs se remarque
dans le style d'écriture employé par l'auteur.
Torturé, trituré. Simple parfois, extrême
souvent. "Etant musicien, le rythme et la sonorité
se sont rapidement installés dans mon esprit. J'y ai trouvé
la fluidité que je souhaitais offrir aux lecteurs. Quitte
à me corriger quand j'approchais certains côtés
moralisateurs." Mélange des genres, éloge des contradictions,
le roman d'Hanot se veut volontairement surprenant. Ce n'est
qu'à la fin de la lecture que le destin de ses personnages
se scelle réellement. Tenu en haleine, l'amateur de polar
plongera avec délectation dans cette aventure. Les adeptes
d'univers marqués et particuliers s'abandonneront avec
plaisir dans cette fresque. Pas si éloignée que
ça de notre monde.
|