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CORCUFF Philippe
La Question individualiste
Stirner, Marx, Durkheim, Proudhon

Philosophie
A l’origine, la base de ce texte était une conférence qui devait être prononcée à l’Université de Tunis.
En raison de son soutien régulier aux opposants au régime de Monsieur Ben Ali,
Philippe Corcuff fut expulsé avant d’avoir pu s’exprimer en public.
ISBN 2-911803-61-2
Format : 12x 19
96 pages

Prix : 12 euros TTC
Port et emballage compris en CEE
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« Parmi les précurseurs des sciences sociales, la double question de l’individualisation et de l’individualité a beaucoup occupé, parallèlement à ‘‘ la question sociale ’’, Karl Marx et Émile Durkheim. Pourtant, ils ont souvent la réputation de s’être ssentiellement intéressés au collectif et de parler au nom du collectif. On verra qu’il n’en est rien et que les aventures modernes de l’individu ont particulièrement attiré leur attention. J’ajouterai à ces deux noms illustres dans les sciences sociales un auteur moins connu et qui n’est pas à proprement parler un précurseur de la sociologie, Max Stirner, l’auteur de L’Unique et sa Propriété.
 
« Mais il sera aussi question de Proudhon. Je ne chercherai pas à resituer, à la manière d’un historien ou d’un sociologue, les textes de Proudhon dans leur époque, mais j’essayerai, en philosophe politique, d’extraire des ressources utiles pour les débats politiques contemporains.
« Ce ne sont là que quelques pistes. Le débat ne fait que commencer... »


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Philippe Corcuff est sociologue et philosophe.
Maître de conférences à l’Institut politique de Lyon, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de sociologie et de philosophie. Chroniqueur à « Charlie Hebdo », il est également coscénariste de « Nadia et les hippopotames », un film de Dominique Cabrera.
 
 
 
 


DANS LA PRESSE


France Arménie
Février 2004 - N°240


La question individualiste est au cœur de la transformation de la
société actuelle. L'auteur fait une revue militante et " scientifique " des idées de quatre grands penseurs sur ce sujet, pour conclure avec ses propositions ajustée aux enjeux du 21 ème s.
Marx aborde le problème à travers une subjectivité réinsérée dans le
cadre des relations sociales. n traite la question avec une option individualiste et une autre collective en essayant de dépasser cette opposition : l'individu est le nœud des relations sociales.
Max Stirner, développe l'individualisme égoïste avec un " moi " désocialisé qui peut mener à sa dissolution partielle; il anticipe l'éclatement narcissique de la pensée " post-modeme " d'aujourd'hui. Il développe aussi des versants positifs comme le maintien d'une " tension entre la singularité individuelle et les mesures communes de la société ".
Emile Durkheim affirme que " la seule puissance qui puisse servir de modérateur à l'égoïsme individuel est celle du groupe ". Le caractère illimité des désirs n'est pas toujours positif, car il peut amener du " mal-être ". L'individu devient un singulier collectif.
Pour Proudhon : "La communauté viole l'autonomie de la conscience ". La propriété sert de contrepoids à l'autorité publique et en donnant toute puissance à l'Etat on fera disparaître l'individualité. Pour repenser l'émancipation au 21 ème s., l'auteur fait le pari d'une nouvelle politique couplant républicanisme et socialisme qui doit inventer en sus le traitement des questions individualiste, féministe et écologiste.
Pour ne pas tomber dans les excès narcissiques de la culture " post-moderne ", la nouvelle émancipation rappelle que chaque individu est fait de ses relations avec les autres.


Critique Communiste
N°171, hiver 2004, pp.192-202
 
À propos de La Question individualiste de Philippe Corcuff
Par Antoine Artous


Dans La Question individualiste, Philippe Corcuff poursuit une réflexion, amorcée dans d’autres livres récents, sur l’individualisme, comme caractéristique des sociétés modernes et ses rapports au collectif, sous l’angle des discussions de méthode d’analyse qui traversent les sciences sociales, mais également, pour réfléchir sur une problématique d’émancipation, articulant émancipation individuelle et émancipation collective1. La Question individualiste est un “ petit ” livre facile d'accès, de plus Philippe Corcuff y fait des commentaires assez longs sur Marx. Je le prendrai donc comme point de départ pour, en quelque sorte, croiser mon approche de ces questions avec la sienne. C’est là, me semble-t-il, une façon fonctionnelle d’entamer un dialogue avec quelqu’un dont les référents théoriques comme l’histoire politique sont très différents des miens. En effet, je me considère comme marxiste ce qui n’est pas le cas de Philippe Corcuff. Reste que tous les deux – et avec d’autres – sommes engagés dans une réflexion collective sur la (re)formulation d’un projet d’émancipation. De plus, je suis d’accord – même si je le fais à ma façon - avec l’insistance qu’il met sur la nécessité de prendre en compte l’individualisme moderne dans la formulation d’un tel projet.
Cela n’a pas toujours été évident dans une certaine tradition marxiste. Toutefois, la façon dont Philippe Corcuff met en scène sa lecture d’un Marx “ individualiste ” opposé aux marxistes, présentés pour l’essentiel comme des “ collectivistes-holistes ” me semble un peu sommaire. Ainsi, il écrit dans le Figaro (08/07/03) : “ Dans La Question individualiste, je rappelle - à la suite de Michel Henry, Louis Dumont ou John Elster - qu’il y a une forte composante individualiste chez Marx, largement méconnue par les ‘marxistes’. Pour Marx, des Manuscrits de 1844 à la Critique du programme de Gotha (1875), la marchandisation du monde est condamnable car elle tend à imposer une mesure unique (celle de l’argent) à une individualité qui, elle, est incommensurable ”.

Le procès moderne d’individualisation

Le “ holisme ” c’est, pour la dire rapidement, une approche qui consiste à considérer la société comme un tout organique, une entité distincte des individus alors que, au contraire, “ l’individualisme ” prend comme point de départ l’individu. Si je parle de mise en scène, c’est que cette opposition ne permet pas de rendre compte de l’originalité de l’approche de Marx2 . Philippe Corcuff le constate d’ailleurs, j’y reviendrai. Il n’est pas mauvais de signaler d’ores et déjà que de nombreux marxistes l’ont souligné, notamment à partir des années 1960 qui ont vu s’ouvrir une période de réactivation du travail sur Marx. Opposer les “ réductions collectivistes des anciens marxistes ” à la “ composante individualiste ” présente chez Marx, c’est non seulement simplifier l’histoire, mais également les problèmes à résoudre.
Cela dit, Philippe Corcuff a raison de rappeler que Marx s’est toujours opposé au “ communisme vulgaire ”, “ égalitariste ”, celui des “ niveleurs ” et que sa perspective est celle d’une société dans laquelle la singularité individuelle puisse s’épanouir. Le communisme pleinement développé “ apparaît comme le règne des singularités individuelles, comme l’épanouissement des facultés et des désirs individuels dans un cadre associatif ” (p. 35). Par ailleurs, si Marx dénonce l’individualisme marchand – on retrouvera cette catégorie - il prend bien en compte le procès d’individualisation caractéristique de l’avènement de la société moderne.
Globalement, je suis d’accord sur la façon dont Philippe Corcuff parle de ce procès. D’abord, il ne s’agit pas de laisser croire que, ce l’individu se transforme en une monade isolée. Il est toujours inséré dans des rapports sociaux, c’est l’organisation de ces derniers qui pousse à l’individualisation. Ensuite, l’individualisme est une catégorie très générale, qui regroupe des réalités fort différentes, c’est “ un nœud de problèmes autant à expliquer qu’explicatif ” (p. 16). Pour ce qui nous concerne ici, je dirai que parler d’individualisme comme caractéristique de la modernité, c’est souligner une certaine “ prise d’autonomie ” de l’individu par rapport à la société. Cela, en opposition aux sociétés précapitalistes dans lesquelles l’individu est totalement immergé dans des formes (certes diverses) d’existence communautaire.
“ Libre association des individus ” et appropriation collective
Somme toute, dans Le Manifeste du parti communiste, Marx prend bien en compte l’individualisme moderne, ainsi compris, lorsqu’il dessine la perspective de “ l'association où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous ”. Une fois ce constat fait, il faut immédiatement souligner les difficultés qui surgissent. Dans Le Manifeste, il est question de concentration de la production “ dans les mains des individus associés ” et c’est seulement dans les Luttes de classes en France que Marx avance l’idée de l’appropriation collective des moyens de production par “ la classe ouvrière associée ”. Dès lors, se pose un problème simple à formuler, mais complexe à traiter : comment articuler la thématique de la “ libre association des individus ” et celle, tout aussi importante, de la nécessaire appropriation collective des moyens de production ?
Il faudrait entrer plus dans le détail des évolutions de la problématique marxienne3. Je ne prendrai ici que deux exemples. Dans Homo aequalis (Gallimard, 1977, p. 172), Louis Dumont, que cite Philippe Corcuff, souligne à juste titre que dans L’Idéologie allemande (1845-1846), Marx pense le communisme comme une société dans laquelle un véritable contrat social peut enfin être passé entre individus libres : “ La société idéale est seulement une juxtaposition d’individus libres ; c’est en somme la théorie individualiste de la Révolution française, réalisée cette fois grâce à la suppression des classes et de toute instance transcendant l’individu (l’État) ”. Par contre, dans un de ces derniers textes décisif, La Critique du programme de Gotha (1875), la société sans classe ne fonctionne pas comme “ une simple juxtaposition d’individus libres ”. Il est question d’un “ ordre social communautaire fondé sur la propriété commune des moyens de production ”4. Dans L’Idéologie allemande, l’épaisseur du rapport social disparaît ; plus exactement, il devient immanent aux relations entre individus grâce à la fiction du contrat. Par contre, dans la Critique du programme de Gotha, la référence à “ un ordre social communautaire, fondé sur la propriété commune des moyens de production ” fait bien apparaître que la société communiste fonctionne comme un rapport social spécifique, non réductible aux relations interindividuelles. Pour autant dans ce même texte, Marx se prononce très clairement pour un “ communisme de la singularité individuelle ”, selon la formule de Philippe Corcuff.
En fait, pour que la fiction du contrat social soit congruente sociologiquement à la figure du pouvoir des producteurs associés (que le rapport social soit immanent aux individus), il faudrait que ce dernier soit pensé comme libre association de petits producteurs indépendants, propriétaires (au sens large de “ possesseurs ”) des moyens de production. C’est effectivement la figure dominante dans le mouvement ouvrier du 19 ° siècle. La problématique de Proudhon en est un bon exemple. Je le signale car Philippe Corcuff - j’y reviendrai - me semble aller dans une impasse dans ses longs développements sur Proudhon comme point de départ pour penser une appropriation sociale non “ collectiviste-holiste ”. Marx, en tout cas, rompt radicalement avec cette perspective. Pour lui, l’existence d’un “ travailleur collectif ” - en rupture avec le “ procès de travail individuel ” des sociétés précapitalistes - est une “ acquêts de l’ère capitaliste ”, mais s’il doit s’organiser selon des formes coopératives, remettant en cause la division capitaliste du travail.
“ Sortir de l’opposition entre individus et société ”
Avant de poursuivre sur ces questions, il est nécessaire de faire un détour par des discussions sur les méthodes d’analyse dans les sciences sociales qui traduisent, à leur façon, les problèmes que je viens de souligner. L’opposition entre holisme et individualisme s’exprime alors sous la forme d’une méthode d’analyse qui prend pour point de départ la société comme entité extérieure aux individus et une autre (“ individualisme méthodologique ”) qui considère les individus comme les atomes de base de l’analyse des processus sociaux, le rapport social étant alors considéré comme une simple retombée des activités individuelles. Or, comme l’explique Philippe Corcuff dans Les Nouvelles sociologies (Nathan, 1996), il est nécessaire de “ sortir de l’opposition entre individus et société ”. Dans La Question individualiste, il cite Marx qui dans les Manuscrits de 1844 écrit : “ Il faut avant tout éviter de fixer la ‘société’ elle-même comme une abstraction face à l’individu. L’individu est l’être social ”. Et il commente : “ Ce qui intéresse ici Marx, ce n’est ni la société comme entité indépendante des individus, ni les individus isolés, mais l’individu comme nœud de relations sociales ” (p. 34).
C’est effectivement dans ce sens qu’il faut aller. Pour illustrer l’approche, Philippe Corcuff renvoie également à la VI° Thèse sur Feuerbach : “ L’essence humaine n’est point une chose abstraite, inhérente à l’individu isolé. Elle est, dans sa réalité, l’ensemble des relations sociales ”. La citation a été donnée de façon récurrente par de nombreux marxistes ; avec d’ailleurs des lectures différentes. Pour éviter toute interprétation “ essentialiste ”, je l’éclairerai par un passage des Grundrisse : “ La société ne se compose pas d’individus, elle exprime la somme des relations, conditions, etc. dans lesquelles se trouvent ces individus les uns par rapport aux autres. C’est comme si l’on voulait dire que, du point de vue de la société, il n’y a ni esclave ni citoyen : ce sont des humains les uns comme les autres. Bien au contraire, ils le sont en dehors de la société. Être esclave ou citoyen constitue des relations sociales, des relations des individus A et B ” (Pléiade, t.2, p. 349).
La question n’est donc pas seulement d’abandonner une abstraction (l’homme) pour lui donner un contenu concret (l’esclave, le citoyen), comme le laisse croire de nombreux commentaires des Thèses sur Feuerbach. Il faut changer de méthode d’analyse en passant d’une problématique partant des individus, à une méthode qui traite des relations, des rapports. La modernité de l’approche est étonnante. Du moins, c’est mon cas, si l’on est d’accord avec ce qu’explique Pierre Bourdieu : “ Les gloses philosophiques qui ont entouré un moment le structuralisme ont oublié et fait oublier ce qui en faisait sans doute la nouveauté essentielle : introduire dans les sciences sociales la méthode structurale, ou, plus simplement, le mode de pensée relationnel qui, rompant avec le mode de pensée substantialiste, conduit à caractériser tout élément par les relations qui l'unissent aux autres en un système, et dont il tire son sens et sa fonction ”5.
Retour sur des débats des années 1970
C’est volontairement que j’introduis cette référence au structuralisme qui donna lieu à des débats importants entre marxistes dans les années 1960/70 et laisse encore des traces. Il n’est pas possible d’entrer dans le détail et je ferai seulement quelques remarques lapidaires. Pour certains marxistes, cette méthode était synonyme de disparition du sujet par rapport à la structure, voire d’une simple expression directe de l’idéologie technocratique en train de se constituer. Ce n’est pas (ni n’était alors) mon opinion. La citation de Pierre Bourdieu signale, au contraire, un des enjeux importants de ces discussions. Plus généralement, tirant un bilan de cette période, Etienne Balibar souligne avec raison que “ le programme structuraliste se concentre finalement autour du projet de dépasser l’alternative du réductionnisme ‘analytique-individualiste’ et de l’organicisme ‘holiste’, selon la terminologie que les travaux anglo-saxons ont fini par imposer ” 6.
Quant à la prise en compte des singularités de chaque individu, elle supposait de rompre avec les discours théoriques sur l’humanisme tenus par ces mêmes marxistes ; c’est-à-dire de remettre en cause les “ conceptions classiques de l’identité individuelle en récusant les philosophies de la conscience ”, comme l’écrit Philippe Corcuff dans Bourdieu autrement (p. 71). L’approche définit dans La Question individuelle me semble pertinente : il s’agit de saisir “ une singularité individuelle non pas opposée aux relations collectives mais tissée de ces relations collectives et se manifestant pourtant comme un ensemble irréductible aux autres ensembles individuels ” (p. 34). Avec toutefois une remarque. En disant cela, Philippe Corcuff parle du concept bourdieusien d’habitus qui m’a toujours semblé un peu étroit. En particulier parce que l’inconscient, au sens freudien du terme, n’existe pas pour Pierre Bourdieu.
Les relations sociales sont premières
Revenons à la méthode d’analyse de Marx. Elle bien résumée dans La Question individuelle : “ Les relations sociales y apparaissent comme des réalités premières, et tant les individus (entendus comme individuation de relations sociales) que les entités collectives (‘société’, ‘État’ ou ‘classes’, en tant que cristallisation d’un ‘rapport social’) y fonctionnent comme des réalités secondes ” (p. 36).Toutefois, je ne comprends pourquoi Philippe Corcuff se croit obligé de préciser que “ sur le plan analytique-scientifique ”, il s’agit d’un “ individualisme sociologique et relationnel ” alors que, justement, “ les relations sociales y apparaissent comme réalités premières ”.
Si l’on veut caractériser la méthode de Marx, on pourrait dire que sa préoccupation est de mettre en oeuvre une analyse matérialiste des relations sociales qui, loin de se réduire à un “ économisme ”, vise à traiter des “ relations déterminées dans lesquelles (les individus) entrent en relation dans le procès de production de leur vie sociale ”, selon une formule de la Contribution à la critique de l’économie politique (Éditions sociales, p. 27). Dans ce cadre, je veux bien dire l’individu est approché d’un point de vue “ relationnel ”, mais une fois encore, le point de départ sont les relations sociales qu’on ne peut réduire à des relations interindividuelles, elles produisent également, comme Philippe Corcuff le souligne des “ entités collectives ” (État, classe) cristallisant un rapport social. Ce dernier ne peut être réduit à des rapports intersubjectifs puisque l'individu est une “ individuation de relations sociales ”.
À dire vrai, parler d’un “ individualisme sociologique et relationnel ” me semble essentiellement relever de la politique de mise en scène d’un “ Marx individualiste ”, opposé au “ Marx holiste-collectiviste ” des “ marxistes ” et la véritable discussion est ailleurs. Elle concerne la problématique de Philippe Corcuff qui, dans la lignée de Pierre Bourdieu, refuse d’analyser le capitalisme comme un système dont les conditions de production/reproduction sont dominées par une logique d’ensemble pour se contenter d’expliquer que les sociétés modernes sont constituées de divers champs autonomes, générant chacun une forme spécifique de domination. Il faudrait une longue discussion sur le sujet.
Ce qu’est l’individualisme marchand
Je conviens bien volontiers que “ l’économisme ” a fortement pesé sur la tradition marxiste qui, par ailleurs, s’est enfermée dans un débat sans fin sur la “ détermination en dernière instance par l’économie ”. D’une certaine façon, Pierre Bourdieu, et à sa suite Philippe Corcuff, reste enfermé dans cet horizon. La discussion ne porte pas sur la façon dont il faut apprécier le poids des différents “ champs ” (économique, politique, etc.) et leur autonomie réciproque (manifeste), mais sur l’analyse d’un système social dont la production/production est dominée par le procès de valorisation qui, loin d’avoir une seule dimension économique, structure l’ensemble des relations sociales.
Pierre Bourdieu entend montrer, à l’encontre de l’idéologie dominante, que le “ champ économique ” est une construction sociale complexe, mais il se contente d’injecter, en quelque sorte, de la sociologie critique dans ce champ pour déconstruire les pratiques et le catégories économiques. Au-delà, on a du mal à comprendre la logique de production sociale qui est à l’œuvre dans le capitalisme ; hormis la référence à des catégories passe partout (profit, concurrence, etc.). Et, au-delà du coup de chapeau obligé, Marx est réduit à une certaine vulgate marxiste sans que soit pris en compte le sens et la portée de sa critique de l’économie politique qui, justement, permet de sortir de l’économisme7.
Soit l’individualisme marchand dont j’ai parlé. Il ne s’agit pas seulement de souligner comme le “ champ économique ” produit une forme d’individuation spécifique, celle de l’homo economicus. Les analyses du Capital sur le fétichisme de la marchandise sont bien plus riches. Marx ne s'en tient pas - comme on le croit trop souvent - à analyser la façon dont les rapports sociaux se présentent sous le capitalisme ( “ chosification ” des rapports sociaux), il traite de la forme d'individualité historique spécifique produite par ces rapports. On peut la caractériser d'individualisme marchand ; c'est-à-dire d'un individualisme qui considère que le lien social se structure à travers l'échange de marchandises et génère une forme sujet. Ainsi que le souligne Tran Hai Hac, la société bourgeoise s'appuie sur un procès d'individualisation dans lequel l'individu se conjugue au privé, les hommes se percevant - à travers la monnaie et le droit - comme des individus autonomes, sujets indépendants et se représentant les rapports sociaux comme “ un lien qui leur est extérieur ”, “ un simple moyen d'objectiver leur individualité ”, selon des formules de Marx8.
Ce faisant, Marx considère les individus en tant qu'ils sont des “ supports ” de rapports marchands généralisés. Mais Philippe Corcuff (p. 28) a tort d'y voir le signe d'une approche “ holiste ” : c'est le rapport social de production capitaliste qui fonctionne ainsi. Pour autant, ce rapport ne peut réduire les individus à la simple fonction de “ support ”. Outre qu'ils sont traversés par d'autres procès d'individualisation (ceux produits par la famille, des formes de communautés spécifiques, les classes, etc.), cette individualisme marchand génère des contradictions. C'est dans la figure de l'individu comme sujet de droit (les échangistes sont considérés comme des individus égaux entre eux) que s'enracine l'exigence de la citoyenneté égalitaire. Par ailleurs, on sait que sous l'effet des luttes, le droit s'est largement ouvert au social mettant en place des solidarités qui font éclater la seule référence à l'individu comme “ sujet privé ”. Au-delà, si les individus ne sont pas seulement des “ support ”, c'est que, tout simplement, le rapport de production capitaliste est traversé par des contradictions de classe qui se traduisent par la mise en branle d'acteurs sociaux.
Sur l’apport de la tradition libertaire
Reste le troisième aspect de la réflexion de Philippe Corcuff : redéfinir un projet d’émancipation. Il distingue deux grands apports du passé : la politique d’émancipation républicaine (égalité politique, citoyenneté, etc.) et, dans son prolongement critique, la politique d’émancipation socialiste, au sens large (incluant sociaux-démocrates, communistes, anarchiste) qui y ajoute la question sociale. Pour l’avenir, il parle de “ social-démocratie-libertaire ”, car, parmi les courants se réclamant d’une politique d’émancipation socialiste, il valorise la tradition anarchiste pour deux apports politiques : “ la critique du penchant autoritaire des institutions et la promotion de l’autonomie individuelle dans l’association collective ” (p.64).
Mon regard sur le passé est différent. Si l’on reprend, sans la discuter, la typologie de Philippe Corcuff, je suis issu de la tradition communiste (non stalinienne) et j’en assume l’héritage. Une des question essentielle qu’elle a léguée est celle de la démocratie, entendue comme rapport entre émancipation politique (égalité politique, citoyenneté..) et émancipation sociale. Pour plus de détail, je ne peux que renvoyer à mon travail ; par exemple ma contribution dans le Cahier de Critique Communiste intitulé “ Marxisme et démocratie ”.
Sur ce sujet, pour le dire lapidairement, l’apport de la tradition anarchiste n’est pas d’un grand secours. Certes, elle a été porteuse, d’une critique de la dimension autoritaire présente dès les années 1920 dans la Révolution russe. Mais ma réflexion politico-théorique sur cet aspect des choses a été beaucoup plus stimulée - même si non attirée politiquement - par des auteurs du “ communiste des conseils ” ou par un courant comme Socialisme ou Barbarie (avec ses deux visages : Castoriadis et Lefort). Surtout - au-delà de ce constat lié à mon histoire -, l’anarchisme a toujours refusé de réfléchir sur des perspectives de transformations radicales des institutions politiques pour accentuer des thématiques qui, justement, font problème eu égard au bilan du siècle passé : simple référence à la démocratie directe, disparition de tout État, etc.
En ce qui concerne l’apport des anarchistes sur “ la promotion de l’autonomie individuelle dans l’association collective ”, la formule de Philippe Corcuff à l’intérêt de sérier le problème. Il est devenu aujourd’hui habituel d’accoler l’étiquette de libertaire à tellement de gens (de Stirner à Deleuze, en passant par les libéralo-libertaires) que l’on a du mal à s’y retrouver. Philippe Corcuff, lui, parle des courants se référant à l’association collective. Mais du coup, son affirmation devient discutable. Certes, certains courants anarchistes ont porté une forme d’individualisme articulée à la figure du petit producteur indépendant. Cela dit, si l’on fait le bilan de la révolution russe ou espagnole, il me semble que les courants anarchistes ont été souvent porteurs d’une conception très “ organique ”, “ fusionnelle ” des rapports entre l’individu et le collectif. Et cela n’est pas sans rapport avec la thématique de la démocratie directe qui, somme toute, est une forme très “ fusionnelle ”, “ organique ” d’expression d’une collectivité.
La citoyenneté moderne comme rupture avec le “ holisme ”
Quoi qu’il en soit, le retour critique sur la question de la démocratie dans ses rapports avec l’émancipation sociale me semble un élément clé pour prendre en compte le procès d’individualisation, caractéristique de la modernité, et remettre en cause toute vision “ holiste-collectiviste ” de l’émancipation.
Prenons l’exemple de la critique adressée par Claude Lefort aux analyses de Marx des droits de l’homme et du citoyen dans La Question juive ; sans traiter du fait que la remarque n’épuise pas l’intérêt de l’analyse de Marx et que, par ailleurs, Claude Lefort a tendance à développer une approche libérale de la démocratie9.
Marx, explique Claude Lefort, passe à côté d’une rupture historique dans le principe d’organisation du pouvoir politique. La proclamation de l’égalité politique et juridique des individus - comme droits attribués à la personne, indépendamment de son statut social - suppose de considérer l’individu hors de toute insertion sociale. C’est une fiction, mais elle introduit dans la représentation du social “ une dimension transversale des rapports sociaux dont les individus sont les termes ”, détruisant une autre représentation du social : “ celle d’une totalité transcendante de ses parties ”. C’est, si l’on veut, une rupture au plan de la conception du pouvoir politique avec le “ holisme ” qui était dominant dans les sociétés précapitalistes.
Par contre, dans la démocratie des conseils ouvriers, cette “ dimension transversale des rapports sociaux dont les individus sont les termes ” disparaît puisque, selon une formule de Trotski dans La Révolution trahie, sa fonction est de représenter des “ groupements de classe et de production ”. Du coup, la citoyenneté n’est pas “ un droit de l’homme ”, mais découle du statut social de l’individu en tant que producteur. D’un certain point de vue, on retrouve une vision holiste : l’individu n’existe qu’en tant que membre d’une communauté socio-économique particulière. Et l’on a affaire à une vision “ organique ” de l’émancipation, au sens ou l’ensemble de la vie sociale tend à être reconstruite autour de la production et l’ensemble des activités humaines autour de la figure du producteur.
Formes politiques et formes individuation
Je simplifie bien sûr. Mais je veux souligner deux choses. D’une part, la forme d’organisation d’un pouvoir politique a sa propre logique : organiser des élections sur la base de l’égalité citoyenne et du suffrage universel ou sur la base des lieux de production et du statut de producteur a toute une série de conséquences institutionnelles. D’autre part, cette forme d’organisation participe à la mise en forme du social. Affirmer que l’égalité citoyenne et le suffrage universel - c’est-à-dire la citoyenneté au sens moderne du terme - doit être un élément central d’une “ démocratie socialiste ” (même si cela n’est pas suffisant) c’est également une façon, non seulement de prendre en compte, mais de mettre en forme le procès d’individualisation.
On dira que Philippe Corcuff se prononce clairement pour l’égalité citoyenne. Certes. Mais les outils qu’il propose pour traiter de la démocratie ne permettent d’aborder les problèmes que je viens de souligner. Il se contente d’une simple reprise de la thématique de Pierre Bourdieu sur l’ambivalence de la représentation (politique, syndicale, etc.). Elle est certes nécessaire, mais porteuse d’une contradiction : le risque de se faire déposséder et dominer par les représentants. On apprend même que c’est là un apport théorique fondamental de Pierre Bourdieu qui aurait systématisé “ une première piste ” (p. 70) esquissée par Roberto Michels au début du 20 siècle. À franchement parler, quand l’on connaît les quelques pages du premier et le volumineux travail du second, l'affirmation laisse perplexe10. Surtout, ce type d’approche - qui par ailleurs soulève un problème réel - a été depuis longtemps reprises par de nombreux auteurs, y compris marxistes. Elle est devenue aujourd’hui largement répandue.
Reste que, avec ce seul cadre “ théorique ”, Philippe Corcuff en est réduit à tenir un discours général sur les tensions entre démocratie représentative et démocratie directe ; la référence à cette dernière permettant d’intégrer “ l’apport ” des courants libertaires. Par contre - alors que c’est tout aussi important, sinon plus - aucune discussion n’est possible sur la nature des systèmes représentatifs en présence, leur logique institutionnelle propre, la façon dont ils participent à des formes d’individuation différente des individus, etc. Outre que c’est ennuyeux lorsqu’on se réclame de la sociologie11 , ce sont pourtant là des questions décisive pour tirer les bilans du passé et discuter de l’avenir.
Propriété, salariat, individualisme
Le point de départ de la citoyenneté moderne est la figure du propriétaire. Cela pour des raisons qui dépassent les intérêts immédiats des classes dominantes car, face aux anciens rapports de dépendance personnelle, la propriété apparaissait comme le seul support possible de l’indépendance des individus ; notamment en permettant une autonomie du point de vue des ressources. Le salariat par contre est alors perçu comme se situant dans la continuation des rapports de dépendance personnelle. C’est pourquoi les courants radicaux de la Révolution anglaise, comme la plupart de ceux de la Révolution française, enracinent le statut de citoyen dans celui de petit propriétaire indépendant. Au 19 ° siècle, une partie significative du mouvement ouvrier articule la bataille pour la citoyenneté avec une politique de redistribution de la propriété et/ou se représente l’association des producteurs sous la forme d’une coopération entre petit producteur indépendant.
Le développement du rapport salarial brise naturellement ce type de représentation. Toutefois sa dynamique n’est pas unilatérale. Les études de Robert Castel et de Bernard Friot montrent comment la progressive construction d’une assurance sociale financée par le salaire permet le développement d’une sécurité d’existence des individus basée sur le travail et non plus sur la propriété12. Robert Castel souligne plus particulièrement que le droit social lié au travail a été un support essentiel pour que se développe l’individualisme moderne, au sens où nous en parlons ici. Certes, dans un premier temps, il s’est enraciné dans la figure du propriétaire, mais il s’est essentiellement construit avec le développement de ce l’auteur appelle “ la société salariale ”.
L’offensive neo-libérale contre le rapport salarial tel qu’il s’est construit tout au long du siècle dernier n’a pas seulement pour effet de briser les solidarités sociales qui s’étaient cristallisées en son sein. Il tend également à déstructurer les cadres qui permettaient une existence des individus comme sujets “ autonomes ”.
Si Philippe Corcuff renvoie aux travaux de Robert Castel, il ne traite pas frontalement de la question du statut salarial. Une fois encore je renvoie à mon travail (Travail et émancipation sociale. Marx et le travail, Syllepse, 2003) pour me contenter de souligner deux questions qui, il est vrai, n'orientent pas vers les courants libertaires. En effet, nombre d'entre eux se sont trouvés au côté d'André Gorz pour voir dans la déstructuration néolibérale du rapport salarial une porte ouverte, dont il fallait se saisir, pour avancer vers ...l'abolition du salariat. D'où de fortes réticences, voire un refus, à défendre le droit au travail, sous la forte du droit à l'emploi classique (statut salarial), au profit d'une vision “ élargie ” du travail remettant en cause ladite vision fordiste de l'emploi. Le discours sur la fin de l'emploi fordiste au profit de l'activité, catégorie plus riche et plus large, est un des thème central de l'idéologie libérale et il me semble très important de critiquer fermement sa version libéralo-libertaire.
Par ailleurs, dans une société future (disons socialiste), on voit à peu près clairement ce que veut dire abolition du rapport salarial capitaliste. Il est plus difficile d'imaginer ce qu'il faut entendre par la disparition de tout rapport salarial, à moins de penser cette société sous la forme d'un retour à des formes de production artisanale, comme association de travailleurs indépendants et/ou de petites communautés productives autogérées. Si ce n'est pas le cas, les conditions d'existence des individus peuvent être garanties de deux façons. Soit par une allocation universelle versée par la société : on reconnaîtra que, au vue du bilan de “ socialisme réel ”, cette dépendance matérielle des individus vis-à-vis de l'Etat (même rénové, etc.) est problématique. Soit via un travail salarié. Certes ce dernier sera profondément transformé, sa place réduite dans l'activité des individus, l'accès de toute une série de biens sera gratuit, reste que la distribution de revenus aux individus se fera en fonction d’un statut salarial.
Un retour à Proudhon ?
Tout cela est schématique. Je veux simplement souligner qu'une réflexion sur les conditions d'existence des individus comme sujets “ autonomes ” dans une société orientée vers l'émancipation doit poursuivre le mouvement amorcé de rupture entre la figure de la propriété comme garante de l'individualité pour continuer à l'enraciner dans un statut salarial, certes complètement transformé. Philippe Corcuff semble aller en sens inverse en prônant, sur ces questions, un retour à Proudhon, à travers de longs développements que je ne vais pas ici discuter dans le détail.
Je dirai simplement que, au-delà de l'évolution de ses positions sur la question de la propriété, Proudhon, est incapable d'imaginer la société future autrement que sous une forme artisanale ; c'est-à-dire de rapports entre travailleurs indépendants échangeant directement les produits de leur travail. C'est pourquoi, la défense du petit producteur indépendant, comme garantie de l'autonome de l'individu, contre le développement de la grande propriété capitaliste est une constante chez lui. Cela peut prendre des aspects divers (défense de la propriété privée au sens strict ou au sens large de possession par l'individu des moyens de production), mais la figure est bien celle de l'individu-propriétaire comme garant de son autonomie.
On dira que peu de monde aujourd'hui propose de revenir à des formes artisanales de production. Je n'en suis pas sûr. Certes, pas sous la forme d'un retour au 19° siècle. Par contre - avec comme toile le fond la crise actuelle du rapport salarial - les discours sur la nécessité de remplacer “ l'emploi fordiste ” par la notion d'activité, les rêveries d'André Gorz ou autres sur les “ communautés anarcho-communistes du cyber espace ” et les SEL (systèmes d'échanges locaux) comme alternative à la production capitaliste, etc., tout cela témoigne d'une vision artisanale. C'est-à-dire d'échanges sociaux organisés via des petits producteurs indépendants et d'échangistes individuels13.
Concluant ses développements sur Proudhon, Philippe Corcuff explique qu'il est nécessaire “ d'envisager la cohabitation d'une pluralité de formules de propriété qui casse l'appropriation capitaliste sans casser l'individualité au profit de l'Etat ”. Reste que, là aussi, se tourner vers Proudhon est une impasse car pour lui, de façon somme toute très classique, c’est l’existence de la propriété prive qui est la garantie ultime contre l’assujettissement des individus à l’Etat moderne devenu tout puissant14.
On ne peut s'en tenir à une simple référence à l'appropriation sociale, la discussion sur les formes de propriété est en effet nécessaire. Mais, en tout état de cause -tout au moins si l'on veut casser l'appropriation capitaliste dans son centre et non à la marge -, ces formes de propriétés ne peuvent être que collectives au sens général du terme ; c'est-à-dire reposant sur un procès de production dans lequel “ c'est la combinaison de l'activité sociale qui apparaît en fait comme le producteur ”, selon une formule de Marx. Dans ce cadre, c'est ailleurs que dans la réactivation de la figure de l'individu propriétaire – ou plus généralement dans celle du petit travail indépendant, même sous une forme modernisée - qu'il faut aller chercher les conditions d'existence de l'autonomie des individus.
A.A

1 - Philippe Corcuff, La Question individualiste, éditions Le Bord de l’eau, 2003, Bourdieu autrement- Fragilités d’un sociologue de combat, Textuel, 2003, La société de verre-Pour une éthique de la fragilité, Armand Colin, 2002.
2 J- e le signale une fois pour toute, il ne s’agit pas ici de rétablir ce qui serait la “vérité” des textes de Marx (au demeurant fort divers), mais d’en proposer une certaine lecture marquée par le bilan de l’inscription historique du marxisme.
3 - Je ne peux ici que renvoyer à mon livre Marx, l’État et la politique (Syllepse, 1999), 4° partie, chap. 2.
4 - Je donne la traduction des Éditions sociales. Dans sa contribution au Cahier de Critique Communiste “ Marx et l’appropriation sociale, Jacques Texier souligne que celle de Rubel dans la Pléiade (T. 1, p. 1418 ) est plus adéquate en parlant de “ société coopérative fondée sur la propriété collective des moyens de production ”. De façon plus générale, il souligne que les traductions rendent mal compte que Marx emploie le terme de “ communauté ” pour les sociétés pré-capitalistes et celui de “ association ” pour la société communiste. Ce qui est une façon de prendre en compte “ l’autonomie ” des individus.
5 - Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Éditions de Minuit, 1980, p.11.
6 - Etienne Balibar, “ Le structuralisme : méthode ou subversion des sciences sociales ”, Structure, système, champ et théorie du sujet, sous la direction de Tony Andréani et Menahen Rosen, L’Harmattan, 1997.
7 - Voir Jean-Marie Vincent, “ Sociologie de l’économie et critique de l’économie politique ”, Variations 3, Syllepse, 2002.
8 - Tran Hai Hac, Relire "Le Capital", Editions Page Deux, 2003, t.1, p. 179.
9 - Claude Lefort, L’Invention démocratique, Fayard, 1981, p. 68. Pour plus de détail voir Marx l’État et la démocratie (op. cit.), p.152-155. Sur les rapports entre démocratie des conseils ouvriers et approche organique de l’émancipation, voir mon livre Travail et émancipation sociale. Marx et le travail (Syllepse, 2003).
10 - Sur Robert Michels on lira avec intérêt le texte de Pierre Cours-Salies et Jean-Marie Vincent qui présente Critique du socialisme (Kimé, 1992,), un livre regroupant des articles écrits entre 1904 et 1913 dans la revue “ Le Mouvement socialiste ”.
11 - Ce qui caractérise la sociologie politique bourdieusienne - comme d’autres sociologies-, c’est son incapacité de travailler sur les formes politiques. Si l’on veut apprendre des choses sur l’histoire de la représentation politique et de la citoyenneté moderne, ses contradictions, etc., c’est ailleurs qu’il faut chercher. Au risque de faire sursauter Philippe Corcuff, je conseille la lecture de Pierre Rosanvallon : Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Gallimard, 1992 ; Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Gallimard, 1998.
12 - Bernard Friot, Puissance du salariat, La Dispute, 1998. Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995 ; Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, (entretiens avec Claudine Haroche), Fayard 2001.
13 - Sur ces questions, voir mon libre Travail et émancipation. Marx et le travail, op. cit.
14 - Comme le fait remarquer Jacques Texier dans sa contribution déjà cité du Cahier de Critique Communiste, l’intérêt de la tradition ouverte par Proudhon est ailleurs : dans sa conception fédéraliste du pouvoir politique que Marx reprend de fait sur la base de la Commune de Paris, dans La Guerre Civile en France.