Collection Bibliothèque Républicaine

dirigée par Vincent Peillon

Depuis quelques années, de nombreux travaux sont en train de provoquer un renouvellement en profondeur des études républicaines en France. Derrière la vulgate d’une République soi-disant positiviste, celle d’un Littré, d’un Ferry ou d’un Gambetta, se révèle une République plus religieuse, à tout le moins plus métaphysique, plus spirituelle et plus morale.
Après l’occultation due à l’opposition souvent caricaturale du libéralisme et du communisme, on découvre aujourd’hui une République qui a cherché à inventer sa doctrine propre de conciliation de l’individu et de l’État, à travers le double projet d’une République scolaire et d’une République sociale. C’est à partir de ce renouvellement historiographique que de nouvelles filiations, de nouvelles problématiques, de nouveaux champs d’étude émergent. Et ce sont autant de rappropriations d’une part essentielle — mais jusqu’alors effacée — de notre histoire politique qui sont ainsi réalisées et dans lesquelles les interrogations contemporaines sur la laïcité, la place des religions dans les démocraties ou l’esprit public, mais aussi sur les solidarités, le droit au travail, les droits de l’homme, les services publics ou la propriété sociale peuvent trouver à s’alimenter, s’enrichir, s’éclairer.
De nombreuses œuvres, voire de nombreux auteurs, certains ignorés, d’autres travestis, doivent reprendre pieds dans nos bibliothèques et dans nos pensées. C’est l’ambition de la « Bibliothèque républicaine » d’essayer de restituer à un public plus large que celui des seuls spécialistes ces œuvres et ces auteurs, en accompagnant chaque ouvrage d’une introduction rédigée par un des meilleurs spécialistes actuels des études républicaines.


Vincent Peillon, agrégé de philosophie est également député européen, et fondateur de l'institut de formation Edgar Quinet.


La civilisation socialiste
Charles Andler

La République
Edgar Quinet

Quinze ans d'éducation
Félix Pécaut

Essai sur l'individualisme
Eugène Fournière

La propriété sociale et la démocratie
Alfred Fouillée

Solidarité
Léon Bourgeois

Les idées égalitaires
Célestin Bouglé

La Morale sociale
Benoît Malon

Anthologie de Pierre Leroux
Pierre Leroux

La Foi laïque
Ferdinand Buisson

Pour la laïque
Jean Jaurès
ReSPUBLICA | novembre 2009

Marianne | juin 2009

Le Nouvel Observateur | 31 mai - 6 juin 2007

Les boussoles de Peillon. Et si, avant de rénover la gauche, il fallait redécouvrir les grands classiques du républicanisme ? par François Bazin

C'est Philippe Chanial, un sociologue, secrétaire de la "Revue du Mauss", qui va dire l'essentiel en quelques mots. Il a livré une belle préface à la réédition de "la Morale sociale" de Benoît Malon. Sur cette figure oubliée de la gauche française de la fin du XIX' siècle, théoricien méconnu d'un socialisme réformiste et républicain, il est intarissable. Malon l'éclectique, comme disait Marx avec mépris ? Et alors... Avec lui, autour de lui, parfois même contre lui, c'est toute une école qu'on redécouvre. Pas simplement par goût de l'érudition académique. Derrière "la Bibliothèque républicaine" que lancent les Éditions du Bord de l'Eau, il y a un projet intellectuel et politique de première importance. Philippe Chanial en est conscient: "La droite s'est ressourcée, à partir des années 1970, dans une relecture critique des théoriciens du libéralisme français, Tocqueville ou Constant. Si la gauche réformiste, à son tour, ne fait pas ce travail avec les siens, alors..."
Refondation ? Dites plutôt redécouverte. Le chef d'orchestre de cette opération s'appelle Vincent Peillon. Il est parlementaire européen. C'est un des espoirs du PS, où l'on reste un jeune quand on n'a pas encore 50 ans. Philosophe et militant. Historien et élu. Peillon est un cas. Encore un éclectique... Le drame du socialisme français s'est noué à ses yeux en 1905, quand Jaurès, pour obtenir l'unité de l'organisation, a cédé l'essentiel au marxisme vulgaire de Guesde en comptant sur le temps pour rattraper le terrain perdu. Ce temps lui a manqué un jour d'août 1914. La gauche ne s'en est jamais remise.
C'est tout un continent intellectuel qui a ainsi disparu, il y a de cela un siècle. Des socialistes libertaires, des républicains de progrès, des utopistes, des laïques, des associatifs aussi... Tellement divers mais finalement si proches. Parfois datés mais souvent riches de problématiques qu'une gauche vaguement marxiste n'a eu de cesse de disqualifier. Quoi de commun entre Ferdinand Buisson et Pierre Leroux? Quel rapport entre Alfred Fouillée et Célestin Bouglé ? Quels liens entre Benoît Malon et Léon Bourgeois ? Ceux-là ne forment pas une école à proprement parler. Ils dessinent plutôt une communauté de pensée. Ils ont tous leur place dans la même bibliothèque.
Curieux hasard - mais en est-ce vraiment un ? - que ce retour à des auteurs oubliés au moment même où la gauche réformiste cherche, dans la défaite, de nouvelles boussoles. D'autant qu'avec Bourgeois, Malon, Fouillée and Co, c'est toute une génération de jeunes historiens, philosophes et sociologues qui s'affirme ou pointe le bout de son nez. Vincent Peillon réédite. Eux préfacent. Leurs noms ? Philippe Chanial mais aussi Jean-Fabien Spitz, auteur il y a quelques années d'un très remarquable " Moment républicain en France " (Gallimard), ou Serge Audier, dont l'ouvrage sur "le Socialisme libéral " (La Découverte) aurait mérité d'être davantage commenté, à gauche notamment. Tous disent finalement la même chose. Le réformisme, dans la tradition française, n'est pas qu'un pragmatisme au [d de l'eau. Le républicanisme est une école qui mérite mieux que les statues de marbre qui lui ont été consacrées. Le reconnaître, n'est-ce pas déjà reconstruire ?