LE BORD DE L'EAU
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Philippe COHEN-GRILLET
 
 
Les Douleurs fantômes
 
Récit
Format: 12 x 20,5
128 pages
Date de parution : 14 septembre 2007
EAN :978-2-915651-72-0
 
 
 
 
 
 

 


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LE LIVRE
 
L’alcool, comme la dépression et les chagrins d’amour, ça fait des dégâts. Philippe Cohen-Grillet a survécu aux trois. Ce récit, écrit sous forme de journal, raconte ces combats contre soi-même.
Rédigé au jour le jour, avec un humour féroce et une bonne dose d’auto-dérision, l’ouvrage commence dans la chambre d’un hôpital parisien. Comment traite-t-on les alcooliques ? A l’hosto comme dans la vie, plutôt mal. Le livre débute donc dans le quotidien d’un service de désintox, raconté en détails et de façon plutôt cocasse. Mais attention, il ne s’agit pas d’un énième bouquin de journaliste narrant ses plaies et ses états d’âme.
Car très vite, on sort de l’hôpital. Nous voilà plongés dans les salles de rédaction de grands journaux, dans la vie politique mais aussi dans les arcanes de ventes aux enchères (outre l’alcool, l’auteur ayant un sérieux penchant bibliophilique). On rencontre également M, cette compagne éperdument aimée et perdue. Intime, certains dirons impudique, le livre raconte cet amour décomposé, les tentatives pour le reconquérir, presque comme une autopsie sentimentale. Comment arrête-t-on de boire, d’avaler des psychotropes et comment cesse-t-on d’être aimé, forment une trame au récit, à la fois drôle et dramatique.
A coup sûr, les trentenaires, parfois un peu paumés, sans illusion mais avec encore beaucoup d’espoirs, se retrouveront dans ces pages.
Au détour des souvenirs, on croise aussi des visages connus. Des politiques, des avocats, mais surtout des écrivains : Jacques Laurent, Bernard Frank, Pauline Réage ou Jean-Edern Hallier. Des connaissances, des admirations ou des amis. Peut-être est-ce dû à ces lectures, ou à ces (mauvaises) fréquentations, ce livre offre d’authentiques moments de plaisirs littéraires. Comme ça, surtout sans en avoir la prétention.
A l’origine, ce journal n’a pas été écrit pour être publié. D’où sa tonalité d’une rare franchise, parfois brutale, qui n’épargne rien ni personne, pas même l’auteur. Loin de l’auto-fiction, ici, tout est vrai, raconté avec honnêteté et sans fioritures : entre littérature à l’estomac, quotidien d’une génération et lettre d’amour.

Les premières lignes du livre
 
Vendredi 13 octobre 2006

Ici, il faut être patient, dans tous le sens du terme.
Deuxième jour d'hospitalisation et sans doute le dernier. Heureusement, la majorité des malades du service a perdu la notion du temps et pas la moindre trace d'un calendrier. Ça doit éviter aux infirmières d'augmenter la dose d'anxiolytiques certains jours, comme celui-ci, pour ceux qui doublent leur pathologie de superstition.
Ici, il faut être patient, dans tous le sens du terme. C'est à dire " malade ", " cas à traiter " et, surtout, préférer la locomotive à vapeur au TGV.
Hier, vu un jeune externe dont je frémis à l'idée qu'il soit prochainement docteur en titre. Mal rasé, confortablement installé dans le fauteuil de ma chambre, il égrène les questions d'un listing type. A mon tour de l'interroger, lui, l'homme à la bouse blanche qui " sait ", ou devrait savoir : " J'ai souvent lu qu'un alcoolique présentait un risque accru de donner naissance à des enfants qui le deviendront plus tard, quand bien même ce parent serait-il devenu abstinent. Est-ce exact ? Si oui, quelle est la probabilité de ce risque ? ". Réponse : pas de réponse. " Je suis incapable de vous le dire ", a-t-il l'honnêteté de reconnaître avant d'ajouter, " Mais vous savez, on écrit souvent n'importe quoi ". C'était sensé me rassurer ? Raté. Bref, soit, certes. " Mais alors pourquoi, et c'était votre deuxième question, m'avez vous demandé si mes parents buvaient ou si je connaissais des personnes présentant des signes d'alcoolisme dans mon entourage familial ? ". Plus de réponse du tout.
Voilà pour la journée, ponctuée toutefois par un déjeuner dont le plat principal est du boudin-purée. J'attends avec impatience la langue de boeuf en sauce, les tripes à la mode de Caen et la panse de brebis farcie. Pas vu en tous cas beaucoup de cervelle aujourd'hui.
Batterie d'examens : sanguins, mesure du rythme cardiaque aux chevilles, aux poignets et sur cinq autres points situés sur mon torse, dont la majorité à gauche. " C'est un ECG, m'a-t-on expliqué, ça ne fait pas mal ". En effet. Ça fout juste les jetons.

L'AUTEUR

Philippe Cohen-Grillet, 34 ans, est journaliste, collaborateur du Canard Enchaîné. Avec Les Douleurs fantômes, il signe son premier récit, après avoir publié trois ouvrages, tous parus aux Éditions Le Bord De L’eau : Jean-Pierre Raffarin, fulgurances et platitudes en 2003, Hymnes à la bêtise en 2002 et Maurice Papon, de la collaboration aux Assises en 1997, un document qui fut unanimement salué par la presse.
DANS LA PRESSE

La voie aux chapitres
 
Plus jeune, moins éprouvé sans doute que Madeleine [Madeleine Melquiond pour Longtemps j'ai vécu, éd. Albin Michel), pas moins menacé cependant, finalement sauvé, mais pas des eaux, Philippe Cohen-Grillet manifeste une égale force d'âme pour passer lui aussi à l'aveu. Autour d'une chronique sentimentalo-éthylique, un ouvrage aussi délicat que la sensibilité de son très littéraire auteur. Sûr, le combat contre les démons enfouis au fond de la bouteille n'est pas du seul ressort de l'Etat, lequel gagnerait pourtant à se mettre un peu de la partie. Journaliste politique, Cohen-Grillet le rappelle à juste titre : abstinent autoproclamé, fana d'apéros " sans " (le plus souvent un jus d'abricot avec glaçons), Sarko n'a pas tardé, pour motif électoral, à verser, le temps d'un demi-verre, dans l'autre camp. En visite à la Maison des Sancerres, fin février 2007, le candidat favori oublie dans la seconde l'anti-alcoolo qu'il abrite. Et, histoire de se concilier le lobby pinardier, s'empresse de le proclamer bruyamment : " Le vin n'est pas une drogue. Assimiler le vin au tabac et à la drogue, c'est une erreur. " D'ailleurs, on est bien tranquille : notre fier-à-bras se fera sûrement un devoir et un plaisir, un jour, d'expliquer " la vérité " à des familles d'alcoolos.
P. L.

 

DRÔLE, PARANO, DÉLIRANT
 
Si l'on en croit la quatrième de couverture, l'ami Cohen n'a pas cessé de fumer. En tout cas pas devant l'objectif des photographes. Comme Eudeline, comme Dantec. Bravo! Mais si l'on prend pour argent comptant l'attaque de ce premier vrai bouquin, il aurait en revanche arrêté de picoler. Alors là, chapeau bas! Toutefois, ces "douleurs fantômes" ne sauraient se réduire à cette mise au wagon, car Cohen se fend d'un bouquin totalement foutraque, long et vain hurlement pour un amour enfui, avec coups de gueule, flashback sur ses propres faits d'armes, ses maîtres en tout (Jean-Edern Hallier), une furieuse érotomanie honteusement drappée de bibliophilie et des amitiés, hélas, sabordées. Un récit à la fois délirant, drôlissime et de mauvaise foi.
F.J.