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LE
LIVRE
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- L’alcool, comme la dépression et les
chagrins d’amour, ça fait des dégâts. Philippe
Cohen-Grillet a survécu aux trois. Ce récit, écrit
sous forme de journal, raconte ces combats contre
soi-même.
- Rédigé au jour le jour, avec un humour
féroce et une bonne dose d’auto-dérision, l’ouvrage
commence dans la chambre d’un hôpital parisien.
Comment traite-t-on les alcooliques ? A l’hosto comme
dans la vie, plutôt mal. Le livre débute donc dans le
quotidien d’un service de désintox, raconté en
détails et de façon plutôt cocasse. Mais attention,
il ne s’agit pas d’un énième bouquin de journaliste
narrant ses plaies et ses états d’âme.
Car très vite, on sort de l’hôpital. Nous voilà
plongés dans les salles de rédaction de grands
journaux, dans la vie politique mais aussi dans les
arcanes de ventes aux enchères (outre l’alcool,
l’auteur ayant un sérieux penchant bibliophilique).
On rencontre également M, cette compagne éperdument
aimée et perdue. Intime, certains dirons impudique,
le livre raconte cet amour décomposé, les tentatives
pour le reconquérir, presque comme une autopsie
sentimentale. Comment arrête-t-on de boire, d’avaler
des psychotropes et comment cesse-t-on d’être aimé,
forment une trame au récit, à la fois drôle et
dramatique.
A coup sûr, les trentenaires, parfois un peu paumés,
sans illusion mais avec encore beaucoup d’espoirs, se
retrouveront dans ces pages.
Au détour des souvenirs, on croise aussi des visages
connus. Des politiques, des avocats, mais surtout des
écrivains : Jacques Laurent, Bernard Frank, Pauline
Réage ou Jean-Edern Hallier. Des connaissances, des
admirations ou des amis. Peut-être est-ce dû à ces
lectures, ou à ces (mauvaises) fréquentations, ce
livre offre d’authentiques moments de plaisirs
littéraires. Comme ça, surtout sans en avoir la
prétention.
A l’origine, ce journal n’a pas été écrit pour être
publié. D’où sa tonalité d’une rare franchise,
parfois brutale, qui n’épargne rien ni personne, pas
même l’auteur. Loin de l’auto-fiction, ici, tout est
vrai, raconté avec honnêteté et sans fioritures :
entre littérature à l’estomac, quotidien d’une
génération et lettre d’amour.
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Les
premières lignes du livre
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- Vendredi 13 octobre
2006
Ici, il faut être patient, dans tous le sens du
terme.
Deuxième jour d'hospitalisation et sans doute le
dernier. Heureusement, la majorité des malades du
service a perdu la notion du temps et pas la moindre
trace d'un calendrier. Ça doit éviter aux infirmières
d'augmenter la dose d'anxiolytiques certains jours,
comme celui-ci, pour ceux qui doublent leur
pathologie de superstition.
Ici, il faut être patient, dans tous le sens du
terme. C'est à dire " malade ", " cas à traiter " et,
surtout, préférer la locomotive à vapeur au TGV.
Hier, vu un jeune externe dont je frémis à l'idée
qu'il soit prochainement docteur en titre. Mal rasé,
confortablement installé dans le fauteuil de ma
chambre, il égrène les questions d'un listing type. A
mon tour de l'interroger, lui, l'homme à la bouse
blanche qui " sait ", ou devrait savoir : " J'ai
souvent lu qu'un alcoolique présentait un risque
accru de donner naissance à des enfants qui le
deviendront plus tard, quand bien même ce parent
serait-il devenu abstinent. Est-ce exact ? Si oui,
quelle est la probabilité de ce risque ? ". Réponse :
pas de réponse. " Je suis incapable de vous le dire
", a-t-il l'honnêteté de reconnaître avant d'ajouter,
" Mais vous savez, on écrit souvent n'importe quoi ".
C'était sensé me rassurer ? Raté. Bref, soit, certes.
" Mais alors pourquoi, et c'était votre deuxième
question, m'avez vous demandé si mes parents buvaient
ou si je connaissais des personnes présentant des
signes d'alcoolisme dans mon entourage familial ? ".
Plus de réponse du tout.
Voilà pour la journée, ponctuée toutefois par un
déjeuner dont le plat principal est du boudin-purée.
J'attends avec impatience la langue de boeuf en
sauce, les tripes à la mode de Caen et la panse de
brebis farcie. Pas vu en tous cas beaucoup de
cervelle aujourd'hui.
Batterie d'examens : sanguins, mesure du rythme
cardiaque aux chevilles, aux poignets et sur cinq
autres points situés sur mon torse, dont la majorité
à gauche. " C'est un ECG, m'a-t-on expliqué, ça ne
fait pas mal ". En effet. Ça fout juste les
jetons.
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L'AUTEUR
Philippe Cohen-Grillet, 34 ans, est journaliste,
collaborateur du Canard Enchaîné. Avec Les
Douleurs fantômes, il signe son premier récit,
après avoir publié trois ouvrages, tous parus aux
Éditions Le Bord De L’eau : Jean-Pierre Raffarin,
fulgurances et platitudes en 2003, Hymnes à la bêtise en 2002 et
Maurice Papon, de la
collaboration aux Assises en 1997, un document
qui fut unanimement salué par la presse.
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DANS LA PRESSE
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La
voie aux chapitres
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Plus
jeune, moins éprouvé sans doute que Madeleine
[Madeleine Melquiond pour Longtemps j'ai vécu,
éd. Albin Michel), pas moins menacé cependant,
finalement sauvé, mais pas des eaux, Philippe
Cohen-Grillet manifeste une égale force d'âme pour
passer lui aussi à l'aveu. Autour d'une chronique
sentimentalo-éthylique, un ouvrage aussi délicat que
la sensibilité de son très littéraire auteur. Sûr, le
combat contre les démons enfouis au fond de la
bouteille n'est pas du seul ressort de l'Etat, lequel
gagnerait pourtant à se mettre un peu de la partie.
Journaliste politique, Cohen-Grillet le rappelle à
juste titre : abstinent autoproclamé, fana d'apéros "
sans " (le plus souvent un jus d'abricot avec
glaçons), Sarko n'a pas tardé, pour motif électoral,
à verser, le temps d'un demi-verre, dans l'autre
camp. En visite à la Maison des Sancerres, fin
février 2007, le candidat favori oublie dans la
seconde l'anti-alcoolo qu'il abrite. Et, histoire de
se concilier le lobby pinardier, s'empresse de le
proclamer bruyamment : " Le vin n'est pas une
drogue. Assimiler le vin au tabac et à la drogue,
c'est une erreur. " D'ailleurs, on est bien
tranquille : notre fier-à-bras se fera sûrement un
devoir et un plaisir, un jour, d'expliquer " la
vérité " à des familles d'alcoolos.
P. L.
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DRÔLE, PARANO, DÉLIRANT
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- Si l'on en croit la quatrième de couverture, l'ami
Cohen n'a pas cessé de fumer. En tout cas pas devant
l'objectif des photographes. Comme Eudeline, comme
Dantec. Bravo! Mais si l'on prend pour argent
comptant l'attaque de ce premier vrai bouquin, il
aurait en revanche arrêté de picoler. Alors là,
chapeau bas! Toutefois, ces "douleurs fantômes" ne
sauraient se réduire à cette mise au wagon, car Cohen
se fend d'un bouquin totalement foutraque, long et
vain hurlement pour un amour enfui, avec coups de
gueule, flashback sur ses propres faits d'armes, ses
maîtres en tout (Jean-Edern Hallier), une furieuse
érotomanie honteusement drappée de bibliophilie et
des amitiés, hélas, sabordées. Un récit à la fois
délirant, drôlissime et de mauvaise foi.
- F.J.
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