EDITIONS LE BORD DE L'EAU
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Célestin Bouglé
 
Les Idées égalitaires

Présentation de Serge Audier
philosophie politique

Bibliothèque républicaine
dirigée par Vincent Peillon
Format: 13 x 20
300 pages
Date de parution : 28 août 2007
EAN : 9782915651683

Prix : 22 € TTC

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Dans la même collection:

Pour la laïque de Jean Jaurès, présentation de Laurence Loeffel.
La Foi laïque de Ferdinand Buisson, présentation de Mireille Gueissaz.
La Morale sociale de Benoît Malon, présentation de Philippe Chanial.
Anthologie de Pierre Leroux, présentation de Bruno Viard.
Qui est célestin bouglé ?

Il est temps de redécouvrir l’œuvre de Célestin Bouglé (1870-1940). Non seulement parce qu’il fut l’un des sociologues majeurs de son époque, aux côtés de Durkheim, mais aussi et surtout en raison de son infatigable combat pour une République laïque et sociale. Militant de la cause dreyfusarde, vice-président de la Ligue des droits de l’homme, radical-socialiste engagé dans les combats politiques de son temps, éditorialiste influent à la Dépêche de Toulouse, Bouglé a exploré des thèmes qui restent d’une étonnante actualité, près d’un siècle plus tard.

le livre

Son livre, Les Idées égalitaires, propose d’expliquer pourquoi, en Occident, se sont progressivement imposés les « idéaux égalitaires » affirmant l’égale dignité de tous les hommes et la valeur éminente de l’individu. Il montre aussi que ces idéaux humanistes nourrissent les meilleurs courants de la gauche républicaine : Jaurès lui-même n’affirmait-il pas que le « socialisme » est un « individualisme », mais « logique et complet » ? Ainsi, l’analyse sociologique de Bouglé est sous-tendue par un projet politique cohérent qui se revendique du « radicalisme », dans une proximité affichée avec le socialisme républicain. Ses thèmes clés sont la place centrale de la laïcité, le rôle de l’Ecole publique, l’exigence d’une politique active de solidarité, incarnée par la philosophie du « solidarisme ».
Toutes ces thèses présentent un singulier intérêt en ce début du XXIe siècle, alors que les idéaux de solidarité ont conquis une place nouvelle dans le débat public. Durant les années 1980, lors de la grande vague néo-libérale, le slogan : « Solidaire, si je veux ! », résumait bien cette idéologie hostile aux politiques de solidarité, accusées de niveler les différences de talent et d’étouffer le sens de la responsabilité individuelle. Or, la conception de l’égalité et de la solidarité défendue par Bouglé montre que la doctrine républicaine est irréductible à ces caricatures : son but est de promouvoir l’émancipation de tous, avec la conviction que la protection collective conditionne la liberté effective pour chacun de s’affirmer dans sa singularité. Si le républicanisme de Bouglé est attaché au développement de « l’individualisme », c’est donc à condition de comprendre que l’émancipation de tous les individus n’est possible que dans une société profondément solidaire.

l'auteur

Serge Audier, ancien élève de l’ENS-Ulm, agrégé et docteur en philosophie,  maître de conférences à l’Université Paris-IV Sorbonne. A publié notamment une traduction et présentation des Pensées sur la démocratie en Europe de Giuseppe Mazzini (Presses Universitaires de Caen, 2002), ainsi que Tocqueville retrouvé (Vrin/EHESS), Les Théories de la République (La Découverte, 2002), Machiavel, conflit et liberté (Vrin/EHESS, 2005), et Henry Michel : l’individu et l’Etat (Corpus, n°48, 2005 [dir.]), Le Socialisme libéral (La Découverte, 2006).


 

Le Nouvel observateur
31 mai - 6 juin 2007
Les boussoles de Peillon
Et si, avant de rénover la gauche, il fallait redécouvrir les grands classiques du républicanisme ?
par François Bazin
 
C'est Philippe Chanial, un sociologue, secrétaire de la " Revue du Mauss ", qui va dire l'essentiel en quelques mots. Il a livré une belle préface à la réédition de " la Morale sociale " de Benoît Malon. Sur cette figure oubliée de la gauche française de la fin du XIX' siècle, théoricien méconnu d'un socialisme réformiste et républicain, il est intarissable. Malon l'éclectique, comme disait Marx avec mépris ? Et alors... Avec lui, autour de lui, parfois même contre lui, c'est toute une école qu'on redécouvre. Pas simplement par goût de l'érudition académique. Derrière " la Bibliothèque républicaine" (1) que lancent les Éditions du Bord de l'Eau, il y a un projet intellectuel et politique de première importance. Philippe Chanial en est conscient : " La droite s'est ressourcée, à partir des années 1970, dans une relecture critique des théoriciens du libéralisme français, Tocqueville ou Constant. Si la gauche réformiste, à son tour, ne fait pas ce travail avec les siens, alors... "
Refondation ? Dites plutôt redécouverte. Le chef d'orchestre de cette opération s'appelle Vincent Peillon. Il est parlementaire européen. C'est un des espoirs du PS, où l'on reste un jeune quand on n'a pas encore 50 ans. Philosophe et militant. Historien et élu. Peillon est un cas. Encore un éclectique... Le drame du socialisme français s'est noué à ses yeux en 1905, quand Jaurès, pour obtenir l'unité de l'organisation, a cédé l'essentiel au marxisme vulgaire de Guesde en comptant sur le temps pour rattraper le terrain perdu. Ce temps lui a manqué un jour d'août 1914. La gauche ne s'en est jamais remise.
C'est tout un continent intellectuel qui a ainsi disparu, il y a de cela un siècle. Des socialistes libertaires, des républicains de progrès, des utopistes, des laïques, des associatifs aussi... Tellement divers mais finalement si proches. Parfois datés mais souvent riches de problématiques qu'une gauche vaguement marxiste n'a eu de cesse de disqualifier. Quoi de commun entre Ferdinand Buisson et Pierre Leroux ? Quel rapport entre Alfred Fouillée et Célestin Bouglé ? Quels liens entre Benoît Malon et Léon Bourgeois ? Ceux-là ne forment pas une école à proprement parler. Ils dessinent plutôt une communauté de pensée. Ils ont tous leur place dans la même bibliothèque.
Curieux hasard - mais en est-ce vraiment un ? - que ce retour à des auteurs oubliés au moment même où la gauche réformiste cherche, dans la défaite, de nouvelles boussoles. D'autant qu'avec Bourgeois, Malon, Fouillée and Co, c'est toute une génération de jeunes historiens, philosophes et sociologues qui s'affirme ou pointe le bout de son nez. Vincent Peillon réédite. Eux préfacent. Leurs noms ? Philippe Chanial mais aussi Jean-Fabien Spitz, auteur il y a quelques années d'un très remarquable " Moment républicain en France " (Gallimard), ou Serge Audier, dont l'ouvrage sur "le Socialisme libéral " (La Découverte) aurait mérité d'être davantage commenté, à gauche notamment. Tous disent finalement la même chose. Le réformisme, dans la tradition française, n'est pas qu'un pragmatisme au [d de l'eau. Le républicanisme est une école qui mérite mieux que les statues de marbre qui lui ont été consacrées. Le reconnaître, n'est-ce pas déjà reconstruire ?
 
François Bazin
 
(1) Déjà publié aux Éditions Le Bord de l'Eau : " Pour la laïque et autres textes ", de Jean Jaurès ; " la Morale sociale ", de Benoît Malan ; " la Foi laïque ", de Ferdinand Buisson.